Mario Beauregard/Métro

Alexandre Taillefer a contribué en 2016 à façonner le visage de Montréal. Alors qu’il faisait le deuil de son fils, il a mis la main sur 40% de la flotte de taxis de Montréal, lancé un collectif culturel et inauguré l’observatoire de la Place Ville-Marie. L’homme d’affaires risque de nous surprendre encore en 2017, ayant plusieurs projets dans les cartons. Il compte notamment s’engager dans la promotion de la santé mentale chez les jeunes 
et investir dans le commerce électronique. Rencontre avec notre personnalité de l’année Métro.

À quel point 2016 a-t-elle été une grosse année pour vous?
De grands projets ambitieux ont vu le jour. C’est notamment cette année que Téo Taxi a réellement commencé ses activités. Je me suis aussi beaucoup engagé dans l’écriture d’une chronique mensuelle dans Voir. Ça a suscité beaucoup de discussions importantes. Je suis content, parce qu’on a la capacité de changer les choses à titre d’entrepreneur, autant d’un point de vue économique que social.

Combien avez-vous de projets d’affaires en même temps?
Comme investisseur, je participe à une douzaine de projets différents. Je suis aussi très engagé socialement dans plusieurs causes.

Est-ce que vous vous éparpillez ou vont-ils tous dans la même direction?
Si vous voyiez le plan là, aujourd’hui… Il y a une vision derrière ça. Elle inclut le commerce électronique, la logistique, le transport, les médias.

Quel objectif vous guide?
Est-ce qu’on est capable de mettre en place des solutions pour améliorer la situation sociale et économique des Montréalais? Est-on capable de développer des contrepoids aux géants américains qui sont en train de tout absorber sur leur passage, comme Amazon? Amazon est très pratique, tu appuies sur un bouton et n’importe quoi dans le monde peut t’être livré en 48 heures. Mais quel genre d’impact ça va avoir sur les commerces locaux, sur les emplois ici au Québec? Je réfléchis aujourd’hui à comment aider les entreprises québécoises à devenir aussi performantes en ce qui a trait au commerce électronique.

Comment comptez-vous 
y arriver?
On pourrait mettre ensemble les infrastructures logistiques et technologiques de plusieurs entreprises pour nous permettre d’offrir un service équivalent à celui d’Amazon. Téo peut devenir un acteur important dans cette victoire. Il va beaucoup plus loin que le taxi, en incluant de la livraison, du camionnage, des autobus scolaires et de ville. Les médias sont importants parce qu’on y met de la publicité. Après Voir, [on a fait l’acquisition] du magazine L’actualité. On a vu une belle occasion de mettre la main sur des actifs qui parlent quotidiennement à des centaines de milliers de Québécois.

Les médias traversent une crise. De quelle manière peut-on les rendre de 
nouveau profitables?
Quand on regarde le lectorat de Voir ou de L’actualité, il ne s’est pas effrité. Ces magazines ont choisi de maintenir la qualité comme un vecteur important. On a perdu de la publicité parce qu’elle a migré vers Facebook et Google. Mais on ne peut pas baisser les bras. La Média boutique que nous avons mise en place est un modèle extrêmement porteur. Les magasins paient [pour la publicité] en bons d’achat. On revend les bons d’achat à notre lectorat, moins cher que leur valeur marchande. Ça fonctionne, puisque 80% des revenus de Voir viennent de la Média boutique. Le modèle d’Infopresse est aussi extrêmement intéressant. Ils exploitent des conférences dont ils font la promotion à même le lectorat de leur magazine.

Vous vous lancez dans plusieurs secteurs en difficulté. Voulez-vous vous positionner en sauveur?
C’est une bonne question. Peut-être. Je n’avais jamais vu ça de cette façon. L’autre perspective est de dire qu’on entre dans des secteurs moins prisés. Comme les gens ne voient pas comment rendre ces secteurs attrayants, ça permet de faire des acquisitions intéressantes. Quand tu fais la job de réinvention des modèles d’affaires, tu peux créer de la valeur pour tes actionnaires.

Quels seront donc vos 
projets phares pour 2017?
On va annoncer trois ou quatre acquisitions dans des segments différents du taxi. On va démontrer la rentabilité de Téo. Mishmash va aussi grossir en 2017. C’est un consolidateur d’entreprises culturelles, qui va les aider avec leur financement et leurs stratégies et leur donner des moyens pour procéder elles-mêmes à des acquisitions. On veut développer un gros groupe de divertissement qui à terme pourra générer 250M$. Beaucoup d’autres entreprises vont se joindre à nous.

Qu’en sera-t-il de votre engagement social?
2016 est l’année où j’ai digéré le départ de mon fils [qui s’est enlevé la vie en décembre 2015] et je me suis dit que j’allais m’engager pour faire une différence sur les enjeux liés à la santé mentale. Il y a trois projets auxquels je travaille beaucoup. Tout d’abord, comment s’assurer que les réseaux sociaux jouent un rôle plus important dans la détection des cas problématiques pour les diriger vers les ressources compétentes? Deuxièmement, il faut faire plus de promotion dans les écoles pour que les jeunes puissent reconnaître qu’ils souffrent de maladie mentale et qu’ils sachent où chercher de l’aide. Troisièmement, il y a le programme sentinelle [avec l’Association québécoise de prévention du suicide]. Ce sont des cours pour former les gens aux enjeux de santé mentale afin qu’ils deviennent des personnes-ressources. Ce programme a fait ses preuves, mais il faut le rendre plus visible. Je vais aussi être porte-parole, à la fin de janvier, de la Semaine nationale de prévention du suicide.

Vous n’avez pas nié votre intérêt pour la politique. Qu’est-ce qui vous interpelle là-dedans?
On a l’obligation de redonner au Québec son ambition. Des choses doivent être faites pour s’assurer qu’on devienne une société plus riche et plus juste. Mais je ne suis pas convaincu que je vais aller en politique. Est-ce que je ne vais pas plutôt continuer à me servir de mon rôle d’influenceur?

Si vous étiez premier ministre, quel serait votre premier geste?
Il faut réinvestir en éducation et en prévention en santé mentale et physique. Ce sont des vecteurs importants d’enrichissement collectif. Un autre élément, c’est qu’il faut un plan plus ambitieux pour Hydro-Québec. On n’en fait pas assez pour l’électrification des transports. Des milliards de dollars quittent le Québec annuellement pour acheter du matériel roulant et des carburants fossiles. On a l’obligation écologique et économique de s’affranchir des énergies fossiles. Si on ne le fait pas, on est une gang de cabochons.

Que feriez-vous si vous étiez maire de Montréal?
Un maire aujourd’hui n’a pas assez de pouvoir pour mettre en place des politiques sociales nécessaires pour la ville, notamment pour réduire l’écart entre les riches et les pauvres. Ça passerait par l’éducation, par l’investissement dans le milieu culturel, par une modification de la façon dont on opère le budget de la santé, mais ce ne sont pas des responsabilités municipales. J’ai très peu d’intérêt pour la chose municipale. D’autant plus que l’entente que Montréal a signé avec Québec sur le statut de métropole n’est pas un pétard mouillé, mais pas loin.

Êtes-vous heureux? Si oui, qu’est-ce qui vous rend heureux?
Je suis très heureux, parce que j’ai le sentiment d’accomplir des choses. L’honneur que vous faite de me nommer personnalité de l’année, ça fait partie de cette reconnaissance de mes accomplissements et c’est un mécanisme important dans le bonheur. Par contre, le bonheur ne tient parfois pas à grand chose. C’est un état d’esprit, ce n’est pas nécessairement la réalité. Il faut comprendre à quel point la chimie est aussi un des ingrédients du bonheur et y faire bien attention.

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