TORONTO — L’année qui vient devrait être cruciale pour le secteur émergent de la marijuana, alors que le gouvernement fédéral planifie déposer un projet de loi au printemps pour établir les règles de base d’un marché récréatif légal.

Brendan Kennedy, président du producteur de marijuana Tilray, établi en Colombie-Britannique, rappelle que le Canada sera le premier pays du G7, en 2017, à légaliser, réglementer et encadrer l’accès général au cannabis.

Les «yeux du monde» seront tournés vers le Canada, et ce sera «extrêmement important» pour le pays de bien faire les choses, fait valoir M. Kennedy.

Et il y a aussi beaucoup d’argent à faire avec la marijuana.

Un rapport publié par la firme de consultants Deloitte en octobre estime que la légalisation de l’usage récréatif de la marijuana pourrait créer une industrie de 22,6 milliards $ au Canada.

Cela inclut les ventes de produits de la marijuana, de même que les éléments auxiliaires comme la sécurité, le transport et les laboratoires.

«L’argent se trouve vraiment dans la marijuana récréative», dit Jay Currie, auteur du livre «Start & Run a Marijuana Dispensary or Pot Shop: Wherever it is Legal».

«Ces gens qui ont des millions et des millions de dollars investis dans les usines de bonbons qui ont été transformées en installations pour la culture veulent s’assurer d’avoir une large part du côté récréatif», poursuit l’auteur et consultant.

M. Currie fait ainsi référence à Tweed, qui est établie dans une ancienne usine de Hershey Chocolate à Smiths Falls, en Ontario, au sud-ouest d’Ottawa. L’entreprise de production de la marijuana est une filiale de Canopy Growth (TSX:CGC), et avec sa valeur sur les marchés d’environ 1 milliard $, elle constitue la plus importante société de marijuana inscrite en bourse au pays.

Pendant que les producteurs certifiés pour la marijuana thérapeutique augmentent leur capacité de production en vue de la hausse attendue de la demande, les magasins de produits du cannabis s’empressent aussi de se positionner pour une part du gâteau.

«J’aimerais personnellement voir une approche qui s’apparente à la Californie, où il y a 17 différentes certifications possibles, incluant le microtraitement, qui conviendrait probablement à la plupart des petites entreprises», affirme Christa Schadt.

Mme Schadt a fondé Bliss en Colombie-Britannique, une entreprise certifiée par Santé Canada depuis plusieurs années qui s’attarde aux symptômes de la ménopause, et qui fabrique des lubrifiants infusés au cannabis.

Virginia Vidal, qui vend du thé contenant de la marijuana sous la marque Mary’s Wellness, soutient que le secteur des boutiques offre aux consommateurs un beaucoup plus grand choix en termes de produits.

«Je ne verrais pas ma grand-mère de 80 ans rouler un joint pour la première fois. Mais elle serait intéressée d’essayer le thé», fait valoir Mme Vidal.

À Montréal, le 16 décembre, six boutiques de «Cannabis Culture» ont fait l’objet de descentes du Service de police de la Ville de Montréal, au lendemain de leur ouverture illégale. Plus de 40 livres de marijuana ont été saisies, ainsi que de l’argent et de l’équipement.

Le SPVM a effectué dix arrestations, quatre femmes et six hommes, dont le copropriétaire des boutiques, Marc Emery, surnommé communément «le prince du pot».

On ignore encore comment la marijuana à des fins récréatives sera distribuée. En vertu du programme médical, les producteurs certifiés acheminent le produit aux patients par courrier.

Le doute plane sur le sort des centaines de dispensaires de marijuana illégale au pays, souligne M. Currie.

Une avenue possible serait que les producteurs certifiés vendent leurs produits par l’entremise de dispensaires, plutôt que d’établir leur propre réseau de magasins, croit-il.

«Constituer un réseau de dispensaires ne peut pas se faire (sans des investissements importants)», affirme l’auteur et consultant.

Un groupe de travail mis sur pied par le gouvernement fédéral recommande la vente par courrier, et en magasin, et estime que des réseaux comme celui de la Société des alcools du Québec (SAQ) ne seraient pas propices à la commercialisation du produit.

Son rapport, dont les recommandations ne sont pas contraignantes pour Ottawa, recommande aux provinces et territoires d’«éviter et dissuader fortement la co-implantation de la vente au détail de cannabis et d’alcool ou de tabac».

Bien que les entreprises, petites et grandes, se préparent pour les débuts du marché à des fins récréatives, les consommateurs intéressés ne devraient pas retenir leur souffle. Il est probable que la vente légale de marijuana aux consommateurs ne se concrétisera pas avant 2018, ou plus tard encore.

«Il y aura un certain blocage, il faut croire, de la part des conservateurs, car ils n’ont jamais été en faveur de (la légalisation)», rappelle Vic Neufeld, chef de la direction du producteur de marijuana thérapeutique Aphria, établi à Leamington, en Ontario.

«Une fois les règles fédérales adoptées, les provinces doivent conjuguer celles-ci avec leurs propres règles provinciales particulières, sur l’endroit et la manière (de commercialiser le produit) par exemple. Il s’agit d’un long processus», souligne-t-il.

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