Adrian Wyld Adrian Wyld / La Presse Canadienne

OTTAWA — Kevin O’Leary cherche-t-il à éviter d’avoir à débattre dans la langue de Molière en refusant de s’installer dès maintenant sur les blocs de départ pour la course à la chefferie du Parti conservateur? C’est en tout cas ce que soupçonne le candidat Andrew Scheer.

Le député bilingue de la Saskatchewan a lancé cette accusation à exactement deux semaines de la première joute oratoire qui se déroulera exclusivement en français, le 17 janvier, du côté de Québec.

«S’il attend seulement pour éviter le débat en français, je pense que c’est un très mauvais signal pour nos membres et pour les électeurs du Québec», a tranché M. Scheer en entrevue téléphonique depuis Regina, mardi.

«C’est essentiel pour un candidat sérieux d’être là, à Québec, et essayer de parler en français», a-t-il enchaîné, plaidant que le bilinguisme est un critère d’embauche jugé incontournable par la majorité des militants conservateurs d’un bout à l’autre du pays.

«Nos membres savent que nous sommes un parti national, que nous sommes un parti avec 12 députés du Québec. Ça a été la seule région où nous avons augmenté le nombre de nos sièges (lors de la dernière élection d’octobre 2015)», a relevé Andrew Scheer.

Or, Kevin O’Leary, un homme d’affaires né à Montréal, ne parle pas français. Il a déjà déclaré qu’il ne lui semblait pas essentiel de s’exprimer dans cette langue pour comprendre les enjeux du Québec et que de toute façon, «les Québécois de 18 à 35 ans sont presque tous bilingues».

Il a été impossible de rejoindre la vedette de la téléréalité «Dragon’s Den» pour obtenir une réaction, mardi. Sur Twitter, il s’est contenté de remercier «Andrew» pour son «soutien» et a inclus dans son gazouillis un lien vers le site internet créé avant Noël pour mesurer ses appuis.

Une percée au Québec?

L’élu saskatchewanais a de son côté profité de la période des fêtes pour bonifier son équipe de campagne en recrutant Marc-André Leclerc, un porte-parole bien branché sur le Québec qui était jusqu’à tout récemment au bureau de la leader intérimaire Rona Ambrose.

Est-ce là une tentative de réaliser une percée au Québec, de rallier à sa cause les députés conservateurs québécois? L’ancien président de la Chambre des communes ne le nie pas, mais refuse d’ouvrir davantage son jeu.

«Je ne peux pas en dire plus, mais il y aura une annonce très significative dans les prochaines semaines, alors restez à l’écoute», a lâché M. Scheer, promettant de dévoiler des appuis en provenance «de gens très bien connus dans notre parti».

Exception faite de Jacques Gourde, qui copréside la campagne de Maxime Bernier, et du chef adjoint Denis Lebel, qui demeurera neutre dans le processus, aucun des membres de la députation du Québec n’a publiquement appuyé un candidat à la chefferie.

Trois députés québécois — Pierre Paul-Hus, Luc Berthold et Sylvie Boucher — ont «retweeté» mardi le communiqué en français dans lequel Andrew Scheer exhortait Kevin O’Leary à clarifier ses intentions. «On en veux (sic) pas!!», a commenté Mme Boucher.

La date limite pour s’inscrire dans la course à la direction du Parti conservateur du Canada a été fixée au 24 février en prévision de l’élection du prochain chef de la formation, qui aura lieu le 27 mai.

Jusqu’à tout récemment, 14 candidats étaient en lice pour succéder à Stephen Harper. Ils sont maintenant 13 avec le retrait de Daniel Lindsay, un radiologiste du Manitoba qui n’avait aucune expérience politique.

Le dernier débat entre les candidats a permis de constater pour la première fois à quel point certains d’entre eux peinent à s’exprimer en français.

Sur l’estrade, Kellie Leitch, Lisa Raitt, Brad Trost et Deepak Obhrai ont fait étalage de leurs lacunes en cette matière.

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