THE CANADIAN PRESS Ece Heper

Une Canadienne a été arrêtée en Turquie pour des commentaires «insultants» envers le président Recep Tayyip Erdogan qu’elle aurait publiés sur Facebook.

Ece Heper a été arrêtée dans la ville de Kars, dans le nord-est du pays, et a été accusée le 30 décembre, a indiqué son avocat jeudi.

Âgée de 50 ans, Mme Heper détient la double citoyenneté canadienne et turque et se trouvait en Turquie depuis la mi-novembre, selon ses proches.

Le 28 décembre, elle avait écrit sur Facebook que le président Erdogan emprisonne les journalistes qui laissent entendre que la Turquie soutiendrait Daech (le groupe armé État islamique).

Affaires mondiales Canada dit avoir pris connaissance de la détention d’un citoyen canadien en Turquie et fournir de l’aide consulaire. Le ministère a toutefois refusé de fournir plus de détails, évoquant des lois relatives à la protection de la vie privée.

Insulter le président turc peut valoir jusqu’à trois ans de prison, a exposé son avocat turc, Sertac Celikkaleli, à La Presse canadienne. Les accusations de ce genre sont d’ailleurs devenues fréquentes, a-t-il précisé, par l’entremise d’un traducteur.

Ece Heper possède une maison en bois rond à Norwood, en Ontario, à environ 150 kilomètres au nord-est de Toronto. Elle y habite avec cinq chiens secourus en Turquie, affirme son amie torontoise Birgitta Pavic.

Mme Pavic soutient que puisque ses parents sont décédés et qu’elle s’est éloignée de son frère, il revient à ses amis de se pencher sur sa détention.

Birgitta Pavic s’inquiète de son accès aux médicaments en raison de ses «quelques problèmes de santé».

Un intérêt pour le peuple kurde

Elle affirme que Mme Heper est une personne «campée sur ses positions», alors qu’un autre de ses amis, Emrah Bayram, souligne que la liberté d’expression est un «énorme problème» en Turquie.

Les proches d’Ece Heper rapportent qu’elle s’était liée d’amitié avec un homme dans le sud de la Turquie, à proximité de la frontière syrienne. Elle leur avait confié que l’homme provenait d’un territoire kurde du nord de la Syrie et qu’il était en exil.

«Elle porte un véritable intérêt aux problèmes du peuple kurde dans le pays», a avancé Emrah Bayram, qui vit à Seattle.

Birgitta Pavic indique que ce nouvel ami a lui-même été emprisonné en sol turc, au mois de septembre, pour de présumés liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan, qui est considéré comme une organisation terroriste en Turquie.

Les amis de Mme Heper expliquent qu’elle demeurait dans le sud-est du pays, dans la ville de Mardin, avant de se rendre à Kars pour rejoindre la femme du détenu, dans le but de le visiter en prison. Elle a été arrêtée au domicile de l’épouse en question vers 10 h du matin, rapportent-ils.

Son avocat estime que son procès pourrait prendre des mois à s’amorcer.

L’an dernier, un tribunal avait reconnu une ex-Miss Turquie coupable d’avoir insulté le président sur les réseaux sociaux.

Depuis son arrivée à la présidence en 2014, M. Erdogan a eu recours à une loi qui interdit toute insulte contre le président à quelque 2000 reprises.

Les défenseurs de la liberté d’expression soutiennent qu’il emploie cette loi — auparavant rarement évoquée — pour intimider et faire taire ses opposants.

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