OTTAWA — Le gouvernement Trudeau pourrait ne pas dépenser toutes les sommes qu’il devait allouer aux infrastructures dans sa première année de mandat, selon le directeur parlementaire du budget (DPB).

Une nouvelle analyse du bureau du DPB indique que les investissements prévus par Ottawa pour les infrastructures ne se sont pas matérialisés dans la première moitié de l’année, et qu’il existe un risque croissant que ces dépenses doivent être reportées à l’exercice 2017-2018.

«Il existe donc un risque de plus en plus important que les fonds que le gouvernement a d’abord prévu dépenser en 2016-2017 soient reportés aux exercices ultérieurs», souligne le rapport, rendu public mardi par le directeur parlementaire du budget, Jean-Denis Fréchette.

Un retard dans les dépenses gouvernementales pourrait avoir un impact sur la réalisation de l’objectif premier des investissements: stimuler la croissance lente de l’économie du pays.

Dans le budget de l’an dernier, le gouvernement avait prévu des investissements en infrastructures afin de hausser le produit intérieur brut (PIB) réel — une mesure de la croissance économique — de 0,2 pour cent cette année, puis de 0,4 pour cent en 2017-2018. On ne peut clairement indiquer si le report des investissements aura un impact sur la croissance économique pendant l’exercice 2016-2017.

Le PIB réel du Canada devrait augmenter de seulement 1,2 pour cent en 2016 et de 2 pour cent en 2017, selon la moyenne des prévisions du secteur privé rendue publique par Ottawa l’automne dernier.

Le rapport du DPB souligne que le budget fédéral de l’an dernier prévoyait le transfert de 3,5 milliards $ à l’intention des autres ordres de gouvernement pour des investissements dans les infrastructures en 2016-2017.

Un porte-parole du ministre de l’Infrastructure Amarjeet Sohi a affirmé par courriel, mardi, que les dépenses du gouvernement pouvaient tarder à être inscrites pour des projets en cours car les coûts sont remboursés après la réception par le ministère des réclamations de dépenses.

L’été dernier, M. Sohi a signé des ententes bilatérales sur les infrastructures avec toutes les provinces et tous les territoires, a écrit Brook Simpson. Le porte-parole a ajouté que le ministre avait approuvé plus de 1000 projets à travers le Canada, et que plus de 65 pour cent d’entre eux étaient en branle.

M. Simpson a fait valoir qu’il s’agissait d’un nombre plus important que celui combiné des cinq années précédentes.

Des dépenses plus lentes que prévu

L’analyse du DPB révèle que les dépenses actuelles pourraient être plus lentes que ce que prévoyait le gouvernement. On y note les risques potentiels énumérés dans le dernier rapport financier trimestriel d’Infrastructure Canada, notamment celui que présente la capacité limitée du personnel d’absorber une charge de travail croissante.

Le DPB rapporte aussi que les transferts en infrastructures administrés par Transports et Infrastructure Canada dans la première moitié de l’exercice 2016-2017 ont reculé de 100 millions $ par rapport à l’exercice précédent.

Il note toutefois que de tels retards ne sont pas rares et qu’ils correspondent aux plans d’investissements dans les infrastructures qui ont aussi été plus lents que prévu dans le passé.

L’analyse du bureau du DPB des mesures du Fonds de stimulation de l’infrastructure — mis en place par le gouvernement conservateur précédent — indique qu’il a fallu attendre environ six mois avant d’observer une augmentation notable des immobilisations dans le secteur public.

«Deux trimestres après le budget de 2016 (déposé en mars), il n’y a pas de hausse notable non plus, lit-on dans le document de M. Fréchette. Il y a donc un risque croissant que l’argent que le gouvernement voulait dépenser au départ en 2016-2017 suscite plutôt de l’activité économique dans les exercices suivants.»

Le DPB affirme qu’Infrastructure Canada peine depuis longtemps à dépenser tous les fonds que le Parlement lui alloue chaque année. Depuis 2009-2010, il a ainsi laissé chaque année pas moins de 400 millions $ devenir périmés. Ce montant a même atteint près de 3 milliards $ en 2010-2011, lit-on dans le rapport.

Mardi, le site web d’Infrastructure Canada indiquait que des projets évalués à environ 2,5 milliards $ au total avaient été approuvés à travers le Canada. Ce total n’indique toutefois pas combien d’argent a véritablement été dépensé.

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