Adrian Wyld/La Presse canadienne La nouvelle ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.

OTTAWA — Ce qui s’annonçait comme un léger jeu de chaises musicales s’est transformé en remaniement majeur du conseil des ministres du gouvernement Trudeau.

Le tiers du conseil des ministres a été touché par les changements annoncés mardi, alors que deux ministres ont quitté non seulement le cabinet, mais ont également renoncé à leur siège aux Communes.

Ainsi, Stéphane Dion, qui occupait le prestigieux poste de ministre des Affaires étrangères, a dû céder sa place à Chrystia Freeland, chargée jusque-là du Commerce international. Cette élue de Toronto, une ex-journaliste qui parle cinq langues, deviendra une sorte de super-ministre, puisqu’elle conservera la responsabilité des dossiers commerciaux avec les États-Unis.

François-Philippe Champagne, député de Mauricie qui s’est fait remarquer dans son rôle de secrétaire parlementaire aux Finances, fait son entrée dans le cabinet et reprendra le flambeau au Commerce international. L’importance de ce ministère sera toutefois moindre qu’auparavant, avec l’exclusion de son plus gros morceau, soit la relation Canada-États-Unis.

M. Trudeau a expliqué sa décision de laisser à Mme Freeland le dossier du commerce avec le voisin du sud en évoquant l’arrivée imminente de Donald Trump à la Maison-Blanche.

«Je trouve que d’avoir une (seule) voix par rapport à ça, c’est la bonne façon d’y aller, parce qu’on sait très bien que M. Trump veut toujours parler commerce, toujours parler croissance économique et emploi», a-t-il noté en point de presse.

Mme Freeland devra faire face à un président américain aux opinions protectionnistes qui souhaite renégocier l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), et elle devra continuer de piloter l’épineux dossier du bois d’oeuvre.

L’autre grand départ est celui de John McCallum, nommé ambassadeur en Chine. Son collègue ontarien Ahmed Hussen quitte l’arrière-ban pour devenir ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté. Il est, lui-même, un réfugié d’origine somalienne, arrivé au Canada en 1993.

Le premier ministre a par ailleurs renvoyé MaryAnn Mihychuk au rôle de simple députée, alors que Patricia Hajdu aura dorénavant le portefeuille de l’Emploi, du Développement de la main-d’oeuvre et du Travail.

Il a rétrogradé Maryam Monsef au ministère de la Condition féminine que détenait jusque-là Mme Hajdu. C’est l’Ontarienne Karina Gould, aussi nouvelle venue au cabinet, qui a obtenu le ministère des Institutions démocratiques, portefeuille qui inclut la réforme du mode de scrutin, un dossier pour lequel Mme Monsef a été vivement critiquée.

Deux grosses pointures s’en vont

L’arrivée de nouveaux visages s’est faite aux dépens de vétérans des Communes, à commencer par l’ancien chef libéral Stéphane Dion, qui a annoncé par communiqué qu’il se retirait de la vie politique. «La politique n’est pas la seule façon de servir son pays. Heureusement!», a-t-il écrit.

M. Trudeau a eu de bons mots pour celui à qui il a montré la porte, ajoutant qu’il lui avait proposé un poste important, alors qu’une rumeur courant depuis des mois l’envoyait ambassadeur en Europe.

«M. Dion a servi de façon extraordinaire son pays depuis bien des années. Il va continuer de servir son pays. Je lui ai demandé d’entreprendre une tâche extrêmement importante pour moi, et comme c’est tout à fait approprié, il est en train d’y réfléchir», a-t-il signalé.

Le départ de M. Dion, une grosse pointure du cabinet, marque une baisse du poids politique du Québec au sein du cabinet Trudeau qui ne saura être compensée par l’arrivée de M. Champagne, ayant hérité d’un portefeuille quelque peu amputé. M. Trudeau a toutefois affirmé que le Québec continuait «d’être une grande préoccupation pour (lui)».

Au contraire de M. Dion qui soupèse encore ses options, John McCallum, dont la femme est d’origine chinoise, a semblé accepter de bon coeur le poste d’ambassadeur en Chine. Il s’est présenté devant les caméras en affirmant qu’il était ravi de commencer ce nouveau chapitre de sa vie, à la demande de M. Trudeau.

«J’ai eu au cours des années beaucoup de liens avec la communauté chinoise (…). J’étais très content d’être d’accord avec le premier ministre», a-t-il lancé.

L’opposition peu enthousiaste

L’opposition conservatrice n’a pas tardé à juger sévèrement le remaniement. Selon le député Gérard Deltell, si M. Trudeau procède à un remaniement après moins d’un an et demi au pouvoir, c’est qu’il a «manqué de jugement» dans ses choix au départ. En entrevue, il a affirmé que de brasser ainsi les cartes aura peu d’impact. «Le gouvernement a beau vouloir changer les têtes, si les têtes gardent la même politique et la même approche, ce ne sera rien de neuf», a-t-il noté.

Le Bloc québécois n’était pas plus enthousiaste à l’égard du remaniement, son chef intérimaire Rhéal Fortin qualifiant le changement de «purement cosmétique».

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