OTTAWA — La tournée nationale de Justin Trudeau pour «renouer avec les Canadiens» s’amorce jeudi et certains observateurs se demandent si le Parti libéral du Canada ne se sert pas de cette campagne pour raffiner sa banque de données sur de potentiels partisans ou donateurs.

La tournée du premier ministre Trudeau est organisée par le gouvernement et payée par les contribuables. Les députés libéraux de plusieurs villes qui seront visitées par M. Trudeau cette semaine ont pris la peine d’inviter en ligne les citoyens à venir rencontrer leur premier ministre lors de séances de discussion ouvertes.

Or, les personnes intéressées doivent répondre en ligne par le biais d’un formulaire, dans lequel ils doivent obligatoirement fournir leurs nom, adresse courriel, code postal et numéros de téléphone.

Au cabinet du premier ministre, on soutient que les députés, en vertu des règlements, ont le droit d’utiliser leur site internet parlementaire afin d’annoncer des événements politiques ou de lancer des invitations. On insiste aussi pour dire qu’aucun renseignement recueilli sur les sites internet des députés n’est partagé avec le Parti libéral.

«Nous voulions nous assurer que la participation à ces événements ne se limiterait pas aux partisans ou aux libéraux. Pour ce faire, les députés ont profité de l’occasion pour se manifester auprès de tous les électeurs de leur circonscription — indépendamment de leur affiliation politique — et pour relayer de l’information sur les événements à venir», a indiqué le porte-parole du premier ministre, Cameron Ahmad.

Le porte-parole a mentionné que l’inscription n’était pas obligatoire, mais que les députés demandaient des coordonnées personnelles afin que des mises à jour puissent être envoyées aux personnes intéressées dans l’éventualité de modifications du lieu ou de l’heure d’un événement. Par exemple, M. Ahmad a souligné que le lieu d’une assemblée citoyenne prévue vendredi à London, en Ontario, avait dû être changé en raison du grand intérêt pour l’événement.

Soupçons de partisanerie

Mais la leader en Chambre de l’opposition officielle conservatrice, Candice Bergen, a dit trouver «presque impossible de croire» que les renseignements personnels recueillis par les députés libéraux fédéraux ne seront pas utilisés à des fins partisanes.

«Est-ce qu’ils laissent entendre qu’après avoir obtenu ces renseignements, ils les effacent au grand complet et ne les relaient pas au parti?», a-t-elle affirmé, disant que cela s’apparentait beaucoup aux garanties du Parti libéral selon lesquelles les affaires gouvernementales ne sont pas discutées lors des activités de financement payantes auxquelles participe le premier ministre.

M. Trudeau a reconnu que les donateurs, en fait, lui parlaient des enjeux les concernant lors des activités de financement.

Mme Bergen a dit croire que la tournée du premier ministre ressemblait «de plus en plus à un événement politique partisan».

«Il semble bien qu’il s’agira d’un rassemblement où le premier ministre se lèvera et sera en mesure de se faire acclamer pour ensuite envoyer des images et des communiqués de presse montrant à quel point il est aimé. Écoutez, il ne s’agit pas d’une séance de discussion ouverte. Il s’agit d’un rassemblement», a-t-elle fait valoir.

La première étape de cette tournée du premier ministre s’amorce jeudi à Ottawa pour se terminer le lendemain à London. Tout au long de ce parcours ontarien, M. Trudeau fera plusieurs escales dans de petites municipalités comme Belleville, Kingston et Peterborough.

La tournée, qui doit s’arrêter au Québec, en Colombie-Britannique et dans les Prairies au cours des prochaines semaines, avant de se diriger vers les provinces de l’Atlantique et dans le Nord, doit inclure des discussions informelles avec les Canadiens dans des cafés et des sous-sols d’églises, en plus des assemblées populaires plus traditionnelles de questions et de réponses.

Plusieurs députés libéraux ont publié en ligne des invitations à des assemblées citoyennes prévues dans leur circonscription sur leur site web parlementaire. Des soupçons d’activités partisanes étaient d’abord reliés au fait que les coordonnées sur ces sites incluent l’adresse de leur site web avec l’identification «liberal.ca».

Bien que les règles de la Chambre des communes interdisent les éléments partisans sur les sites web parlementaires, M. Ahmad a souligné que celles-ci permettaient l’inscription de l’affiliation politique du député.

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