Adrian Wyld Adrian Wyld / La Presse Canadienne

C’est par hélicoptère privé que Justin Trudeau, sa famille et ses amis se sont rendus de Nassau à l’île privée de l’Aga Khan.

Le premier ministre, interrogé encore au sujet de ses vacances de fin d’année, lors d’un point de presse à Kingston en Ontario, jeudi, a dit croire que le cadeau du transport et du séjour ne l’a pas mis en situation de conflit d’intérêts.

«Le déplacement entre la ville de Nassau et l’île de l’Aga Khan se fait par hélicoptère privé. C’est la façon de se déplacer entre ces deux endroits-là et l’Aga Khan nous a offert un voyage sur cet hélicoptère», a d’abord admis M. Trudeau.

«C’est quelque chose que nous partageons avec les médias et quelque chose que je suis très ouvert à discuter avec la commissaire à l’éthique», a-t-il ajouté.

La loi fédérale sur les conflits d’intérêts prévoit ce genre de situations.

«Il est interdit à tout ministre, ministre d’État ou secrétaire parlementaire et à tout membre de leur famille, à tout conseiller ministériel ou à tout personnel ministériel de voyager à bord d’avions non commerciaux nolisés ou privés pour quelque raison que ce soit, sauf si leurs fonctions de titulaire de charge publique l’exigent ou sauf dans des circonstances exceptionnelles ou avec l’approbation préalable du commissaire», peut-on lire dans le texte de loi.

Il n’y a pas eu de contact préalable entre le premier ministre et la commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique, Mary Dawson, à ce sujet.

M. Trudeau s’est toutefois engagé à rembourser au trésor public la portion du voyage entre le Canada et Nassau.

Plus tôt cette semaine, les conservateurs ont demandé à la commissaire Dawson de se pencher sur ce séjour de la famille Trudeau sur l’île de Bells Cay, aux Bahamas.

Depuis, on a appris qu’un député libéral, Seamus O’Regan, son conjoint, ainsi que la présidente du Parti libéral du Canada, Anna Gainey, et son conjoint étaient aussi du voyage.

Les simples députés sont soumis à d’autres règles que la loi citée plus haut.

Depuis que cette affaire fait scandale, M. Trudeau offre toujours la même défense: l’Aga Khan est un ami de sa famille depuis des années. Encore jeudi, il a rappelé que le richissime philanthrope a été un des porteurs du cercueil aux funérailles de son père.

L’opposition rejette l’explication du premier ministre.

«Justin Trudeau a admis avoir enfreint la loi», a accusé le chef du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, dans un communiqué diffusé jeudi après-midi.

«Il ne s’agissait pas de circonstances exceptionnelles, alors cela ne justifie pas l’utilisation d’un hélicoptère privé. Il y a un conflit d’intérêts évident, et c’est préoccupant de voir à quel point le premier ministre a été vague sur les détails de ce voyage», a reproché M. Mulcair.

«Justin Trudeau savait que ce qu’il faisait était illégal. Il n’avait qu’à dire non, mais il n’a pas pu résister à l’envie de vivre comme un milliardaire», a lancé la leader par intérim des conservateurs, Rona Ambrose, sur Twitter, en fin de journée jeudi.

Le prince Karim Aga Khan IV est le chef spirituel héréditaire de quelque 15 millions de musulmans ismaéliens, et un philanthrope reconnu à travers le monde. En 2009, le premier ministre conservateur Stephen Harper l’avait fait citoyen d’honneur du Canada.

La Fondation Aga Khan a reçu des dizaines de millions de dollars du gouvernement canadien pour divers projets d’aide humanitaire.

Tournée de charme

Cette affaire a donc continué à hanter le premier ministre qui entamait, jeudi, une tournée du pays où se succèdent bains de foule et assemblées publiques.

Pour sa première journée, la tournée l’a mené de la banlieue d’Ottawa à Trenton, en passant par Kingston et Belleville. Les visites de cafés, restaurants, et même d’un aquarium, lui ont permis de prendre multitude d’égoportraits avec des citoyens. À Kingston, il a répondu à des questions dans une assemblée publique, certaines hostiles, pendant plus d’une heure.

Plus tard, il s’est défendu d’utiliser cette tournée pour faire oublier la controverse de ce voyage chez l’Aga Khan ou encore celle de ses dîners privés avec des gens qui contribuent à la caisse du Parti libéral du Canada.

«Cette tournée démontre aussi le niveau d’ouverture et d’accessibilité que j’ai, sur lequel j’ai fait campagne et que les Canadiens exigent de leur gouvernement. Nous écoutons tout le monde», a-t-il pourtant dit, contribuant à la théorie qui veut que cette tournée est un exercice pour faire diversion.

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