Adrian Wyld Adrian Wyld / La Presse Canadienne

LONDON, Ont. — Le premier ministre Justin Trudeau a été confronté à plusieurs questions épineuses, à l’occasion de sa tournée d’assemblées publiques, vendredi, allant de ses vacances passées sur une île de l’Aga Khan, aux coûts d’électricité, en passant par l’élection de Donald Trump aux États-Unis.

M. Trudeau continue à défendre son voyage à bord de l’hélicoptère privé du richissime chef spirituel, bien que la loi fédérale sur les conflits d’intérêts interdise de tels déplacements.

Le premier ministre affirme que les Canadiens s’attendent à avoir confiance en leur gouvernement et s’est engagé à répondre à toute question de la commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique, Mary Dawson.

«Être premier ministre, ce n’est pas un emploi de 9 à 5», a déclaré M. Trudeau, lors d’une conférence de presse à Peterborough, en Ontario, faisant probablement référence au fait que son comportement soit sous les projecteurs même lorsqu’il est en vacances.

«Je suis premier ministre chaque minute de chaque jour… Ça fait partie du travail et je l’accepte complètement», a-t-il poursuivi.

La question a ressurgi lors d’un événement qui se tenait en soirée à London, en Ontario, où des centaines de personnes s’étaient déplacées pour voir le premier ministre.

«Quand vous êtes arrivé au pouvoir, j’ai senti comme un vent de fraîcheur et je me suis dit: « Wow, ce jeune homme sera comme (Barack) Obama… » Mais on en vient à cette affaire de conflits d’intérêts», s’est désolée Lori Hisson.

M. Trudeau a remercié la citoyenne de London et lui a dit qu’il prenait «très au sérieux» la confiance que lui portent les Canadiens.

Or, l’Aga Khan ne représentait pas la préoccupation principale des citoyens de Peterborough.

Kathy Katula, originaire de Buckhorn, en Ontario, s’est plainte de l’augmentation des coûts d’électricité — une critique qui concerne en grande partie le gouvernement provincial — et de l’intention du gouvernement Trudeau de forcer les provinces à imposer une taxe sur le carbone.

«Je sens que vous m’avez déçue et je vous demande aujourd’hui de rectifier le tir», a lancé la mère monoparentale, qui était très émotive lors de son allocution.

«Mon chauffage et mon hydroélectricité me coûtent plus cher que mon hypothèque», a-t-elle ajouté.

Ce n’est pas tout le monde qui est d’accord à l’idée d’imposer un prix sur le carbone au Canada, a reconnu M. Trudeau, mais il appartiendra aux provinces de s’assurer que les mesures ne soient pas trop coûteuses pour les citoyens en difficulté, a-t-il fait valoir.

«Ce sera au gouvernement de l’Ontario de s’assurer que vous ne soyez pas pénalisés, des gens comme vous. Je suis sûr qu’ils feront cela de façon responsable pour ne pas vous pénaliser davantage», a-t-il soutenu.

Mme Katula semble avoir minimisé l’importance de tout le débat sur les vacances du premier ministre chez l’Aga Khan. «Il a prouvé aujourd’hui qu’il ne se tient pas seulement avec de riches millionnaires. Je ne suis pas une riche millionnaire et il est venu et m’a parlé aujourd’hui», a-t-elle confié en entrevue.

Une controverse persistante

La controverse suscitée par ce séjour chez l’Aga Khan, que le premier ministre continue de qualifier de «vacances en famille», l’a hanté tout au long de la semaine.

M. Trudeau et son entourage, dont la présidente du Parti libéral du Canada et l’un de ses députés, auraient voyagé aux frais de l’Aga Khan à partir de Nassau puisqu’il s’agissait de l’unique moyen de se rendre à leur destination, dans les Bahamas.

La loi sur les conflits d’intérêts, de même que sa propre directive en matière d’éthique, interdisent tout déplacement parrainé à bord d’avions privés, sauf dans des circonstances exceptionnelles relatives aux fonctions de premier ministre et avec l’approbation préalable de la commissaire à l’éthique.

Mercredi, le député conservateur Blaine Calkins s’est fait l’écho de son collègue et candidat à l’investiture, Andrew Sheer, qui avait exhorté la commissaire Mary Dawson à ouvrir une enquête la veille.

Les deux conservateurs souhaitent attirer son attention sur les fonds fédéraux versés à la fondation de l’Aga Khan. Le gouvernement canadien a financé plusieurs de ses projets d’aide humanitaire à la hauteur de dizaines de millions de dollars.

L’Aga Khan, qui ne figure pas au registre des lobbyistes, est le chef spirituel héréditaire de quelque 15 millions de musulmans ismaéliens et un philanthrope reconnu à travers le monde.

En 2009, le premier ministre conservateur Stephen Harper l’avait fait citoyen d’honneur du Canada.

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