SAINT-JEAN-SUR-RICHELIEU, Qc — Un député de la Coalition avenir Québec (CAQ) a déclaré qu’il n’a tiré aucun avantage financier d’un contrat confié à sa conjointe pour aménager son bureau et de fausses réclamations de frais de déplacement alors qu’il faisait du covoiturage avec un autre élu de l’Assemblée nationale.

Claude Surprenant a reconnu lundi que l’embauche de sa conjointe présentait un problème de perception et qu’il ne reprendrait plus la même décision.

«On devait agir vite, ma conjointe était compétente pour le faire et finalement c’est elle que j’ai engagée et ça s’est fait très rapidement», a-t-il dit dans un point de presse, en marge d’un caucus caquiste.

Des honoraires de 700 $ ont été versés à la conjointe du député de Groulx, une architecte, juste après la dernière élection générale.

Du 7 mai au 30 juin 2014, elle s’est chargée des visites, des rencontres, des esquisses et plans d’aménagement, pour un mandat d’une durée de 15 heures.

M. Surprenant a affirmé qu’il avait agi en toute transparence avec l’Assemblée nationale, qui a approuvé cette dépense.

«On a présenté la facture à l’Assemblée nationale tout en déclarant qu’il s’agissait de ma conjointe, a-t-il dit. Comme il s’agissait d’une compétence spécifique reliée à ma conjointe, ils ont accepté qu’elle soit payée.»

M. Surprenant a expliqué qu’il n’a pas profité personnellement de cette situation ni de fausses réclamations de frais de déplacement qu’il a finalement dû rembourser.

«Je n’ai pas de tort, a-t-il dit. J’ai peut-être commis des erreurs de bonne foi. Mais je ne me suis pas avantagé financièrement.»

M. Surprenant juge inutile de rembourser les honoraires de sa conjointe, puisque la dépense a été approuvée. Mais, à la demande du commissaire à l’éthique, qui conseille les députés, il a dû rendre près de 500 $ pour des déplacements qu’il n’a pas faits, à la demande du commissaire à l’éthique de l’Assemblée nationale.

Le député, élu pour la première fois en 2014, avait plutôt fait du covoiturage avec deux collègues députés lors de deux allers-retours Montréal-Québec entre 2014 et 2015.

«J’ai voulu compenser des frais de déplacement pour lesquels je n’avais pas réclamé de remboursement à deux reprises entre Montréal et Québec, c’était une erreur et je le reconnais», a-t-il dit.

M. Surprenant a également remboursé 150 $ la nuit pour une chambre d’hôtel adjacente à la sienne, du 7 au 8 août 2015, dans l’établissement qu’il fréquente, alors qu’il n’y avait pas de travaux parlementaires.

L’Assemblée nationale a jugé que le député aurait dû louer une seule chambre plus grande pour accueillir ses enfants, même si cela coûtait plus cher, a-t-il expliqué.

«Afin d’éviter des frais pour une suite à 400 $, j’ai choisi de prendre deux chambres adjacentes à 150 $ et ainsi économiser 100 $ à l’Assemblée nationale», a-t-il dit.

Selon la porte-parole Émilie Toussaint, cette présence avec ses enfants était nécessaire pour permettre au député de travailler sur le dossier Uber, dont les documents étaient à son bureau de la capitale.

Mme Toussaint a indiqué que de toute manière, les députés ne sont pas tenus de motiver leur présence à Québec.

«Un député peut demander à se faire rembourser une chambre d’hôtel à n’importe quel moment sans nécessairement avoir un motif, a-t-elle répondu par écrit. Ils ont un montant maximum qu’ils ne peuvent dépasser, mais Claude Surprenant ne l’a pas dépassé.»

M. Surprenant a expliqué que toutes ces informations qui circulent au sujet de sa gestion sont le résultat d’une vendetta de la part d’une ex-attachée politique de son bureau de circonscription, Julie Nadeau, qu’il a congédiée en décembre dernier après avoir conclu qu’elle avait détourné 9500 $ de son budget de fonctionnement.

«Je ne considère pas que j’ai commis des fautes graves, a-t-il dit. C’est quelqu’un qui essaie de prendre un élément ici et là, de faire une histoire et de nous rendre très mal à l’aise.»

M. Surprenant a soumis la semaine dernière à la police les faits concernant ses allégations de détournement visant Mme Nadeau.

Le chef caquiste François Legault a refusé d’exclure temporairement son député d’ici à ce que toute la lumière soit faite sur ces dépenses.

«Le commissaire à l’éthique, on va collaborer, M. Surprenant va collaborer pour faire une enquête sur l’ensemble de son fonctionnement, mais ce sont des erreurs qui n’auraient pas dû être faites mais qui ont été corrigées, a-t-il dit. Je pense que ce sont des erreurs qui ont été faites de bonne foi pour des petits montants.»

La CAQ a tout de même écrit au bureau de l’Assemblée nationale, présidé par Jacques Chagnon, afin qu’il vérifie, en collaboration avec le commissaire à l’éthique Jacques Saint-Laurent, les dépenses des 125 députés. La période visée n’a pas été précisée par la CAQ.

Le whip du gouvernement, Stéphane Billette, a réclamé lundi la suspension de M. Surprenant d’ici la fin de l’enquête.

«C’est assez préoccupant, il y a une enquête qui doit être faite là-dessus, c’est assez grave, c’est la Loi de l’Assemblée nationale», a-t-il dit dans une entrevue téléphonique.

M. Surprenant, ainsi que le whip caquiste Donald Martel, sont déjà l’objet d’une enquête du commissaire à la suite d’allégations de Mme Nadeau qui dit avoir été obligée de faire du travail partisan tout en étant rémunérée par l’Assemblée nationale.

M. Legault a affirmé lundi que des vérifications lui ont permis de conclure l’inverse des allégations de Mme Nadeau.

«Notre enquête nous a montré que c’est comme ça qu’effectivement c’est géré par nos députés», a-t-il dit.

La députée caquiste Lise Lavallée a affirmé que les libéraux sont entachés par des scandales plus gros que celui de M. Surprenant.

«Au niveau des scandales, ils en ont pas mal plus que notre petit scandale», a-t-elle dit.

Sa collègue Claire Samson a tout de même reconnu que les démêlés de M. Surprenant nuisent à l’image des députés.

«C’est sûr que ce n’est pas positif, ce n’est pas souhaitable», a-t-elle dit.

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