Denis Germain | TC Media Dominique Anglade.

MONTRÉAL — Québec entend être présent à la table de renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) pour y défendre ses acquis.

La ministre de l’Économie, Dominique Anglade, a clairement indiqué, lundi, que le gouvernement Couillard réclamera une place au sein de l’équipe de négociation, comme c’est le cas dans les discussions sur le bois d’oeuvre.

«Nous voulons absolument que les intérêts du Québec soient bien représentés, soient véhiculés de manière très forte et très claire comme c’est le cas avec le bois d’oeuvre», a-t-elle affirmé en point de presse.

Mme Anglade a également précisé que le Québec défendra sa position historique de protection de la gestion de l’offre dans le secteur agricole, un contentieux qui revient constamment dans les négociations de libre-échange avec l’ensemble des partenaires internationaux.

«Ça reste une position historique et traditionnelle que l’on compte conserver», a indiqué la ministre.

Mme Anglade s’est montrée plutôt confiante face à l’arrivée du nouveau président américain malgré l’idéologie protectionniste que celui-ci a déjà commencé à mettre en oeuvre.

Dès lundi, Donald Trump a mis fin à la participation américaine au traité de Partenariat transpacifique (PTP), lui qui avait déjà signifié son intention de renégocier l’ALÉNA.

Dominique Anglade fait valoir que le Québec a déjà prévu ajouter des attachés commerciaux aux États-Unis et intensifier le soutien à l’exportation des entreprises.

De plus, elle se dit convaincue de pouvoir recruter des alliés au sein des entrepreneurs américains dont elle s’attend à un lobbying auprès de la nouvelle administration, car ceux-ci ont beaucoup à perdre.

«Les gens vont se rendre compte que la volonté protectionniste détruit même leur propre intérêt. Le protectionnisme, ça n’enrichit pas les sociétés et ç’a été démontré au fil du temps», a affirmé la ministre, tout en reconnaissant que le nouveau président semblait peu enclin à s’encombrer d’une démonstration factuelle qui contredit son discours.

Mme Anglade a tenu son point de presse en compagnie de la vice-présidente de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), Martine Hébert, dont l’organisme représente les PME canadiennes.

Mme Hébert a reconnu que ses membres étaient préoccupés, mais elle a précisé qu’il n’y avait «pas de mouvement de crainte généralisée» chez les exportateurs canadiens et québécois.

Elle a fait valoir qu’il y avait des limites au protectionnisme que pourront imposer nos voisins du Sud, rappelant que le Canada était le principal partenaire commercial de 35 des 50 États américains.

«On perçoit une certaine limite jusqu’où les Américains pourront aller dans les intentions annoncées par M. Trump», a-t-elle confié.

Selon elle, une montée du protectionnisme américain pourrait même s’avérer une occasion unique pour le Canada, qui pourrait profiter du vide créé par l’isolationnisme économique des États-Unis.

«Les Américains viennent de dire qu’ils ne feront pas partie de l’accord européen, qu’ils ne feront pas partie du Partenariat transpacifique, mais il y a des avantages à signer des accords avec des pays à l’international», a fait valoir Mme Hébert.

«Ces avantages, c’est le Canada qui va les avoir. On va peut-être aussi profiter de l’occasion pour signer certains accords bilatéraux; je pense au Japon, par exemple, qui pourrait devenir un partenaire important», a-t-elle ajouté.

Il s’agit là, selon elle, d’une belle occasion de diversifier les marchés d’exportation des entrepreneurs québécois et canadiens.

«Comme nos grand-mères disaient, il ne faut pas mettre tous nos oeufs dans le même panier… Elles avaient raison!», a imagé la lobbyiste.

De plus, elle estime que le Canada, en raison de son ouverture commerciale, pourrait accroître son pouvoir d’attraction des investissements étrangers.

Par ailleurs, Mme Hébert fait valoir que les marchés ont leur propre pouvoir d’ajustement, de sorte qu’une éventuelle «taxe à la frontière» (border tax) évoquée par Donald Trump pourrait être contrebalancée par les variations qu’une telle taxe entraînerait sur la valeur du dollar canadien.

Jean Charest voit une «occasion» pour le Québec

L’ex-premier ministre du Québec Jean Charest abonde dans le sens de Mme Hébert, estimant que le Canada et le Québec pourraient profiter de cette vague de protectionnisme aux États-Unis.

«Il y a une occasion d’être un contrepoids des États-Unis vis-à-vis la Chine et l’Europe. Il y a déjà des indices très importants que les Chinois nous voient nous, le Canada, comme une réponse à ce qui se passe chez M. Trump», a-t-il souligné en entrevue avec La Presse canadienne.

Quant à la renégociation de l’ALÉNA, M. Charest tient à rappeler que le Canada et le Québec ne sont pas visés directement par les propos de Donald Trump.

«Il y a deux pays sur son radar: la Chine et le Mexique. Ce sont deux pays qui vendent davantage aux États-Unis que ce qu’ils achètent. Au Canada, en 2015, nos échanges commerciaux (avec les États-Unis) sont à peu près en équilibre», a-t-il expliqué.

Or, si les règles changent, cela pourrait se faire au détriment du Canada, notamment dans le secteur automobile.

«La règle actuelle dit que si 60 pour cent de l’automobile est fabriquée en Amérique du Nord, peu importe, un des trois pays, il n’y a pas de tarif. M. Trump dit: dorénavant, on veut qu’il y ait un pourcentage spécifique de la voiture qui est fabriquée aux États-Unis pour qu’on puisse dispenser de tarif», a illustré M. Charest.

«Si ça devait être le cas, ça ne peut pas se faire autrement qu’aux dépens du Canada et du Mexique», a-t-il prévenu.

Aussi dans National :

Nous sommes présentement en train de tester une nouvelle plateforme de commentaires sur notre site web. Grâce à Facebook Comments, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!