LONDON, Ont. — General Motors supprimera 625 emplois à son usine près de London, en Ontario, une décision qui illustre, selon des responsables syndicaux, combien l’ALÉNA a été une mauvaise entente pour l’industrie canadienne de la construction d’automobiles, qui voit des emplois migrer vers des pays à plus faibles coûts, comme le Mexique.

«L’annonce de l’usine CAMI est un brillant exemple de tout ce qui ne va pas avec l’ALÉNA, qui doit être renégocié», a affirmé vendredi le président du syndicat Unifor, Jerry Dias, dans une déclaration.

«Il est impératif que nous ayons des règles commerciales qui nous assurent de bons emplois au Canada.»

Les mises à pied auront lieu en juillet à l’usine CAMI d’Ingersoll, qui emploie actuellement 2800 travailleurs syndiqués auprès d’Unifor.

GM Canada a dit avoir informé à l’avance Unifor de la façon dont les changements de produits affecteraient les employés de trois usines ontariennes, ajoutant qu’il continuerait à travailler avec le syndicat pour aider à gérer cet ajustement.

L’installation d’Ingersoll construit la Chevrolet Equinox et la GMC Terrain. Le constructeur a récemment annoncé qu’il transférerait la production du GMC Terrain au Mexique.

Lorsque questionnée à savoir si d’autres mises à pied étaient envisagées dans d’autres installations en Ontario, une porte-parole a indiqué que l’annonce de vendredi n’était liée qu’à «un impact sur l’emploi à CAMI en raison d’un changement d’un vieux modèle Equinox à un Equinox de nouvelle génération».

Le président américain Donald Trump a souvent répété qu’il avait l’intention de réviser l’Accord de libre-échange nord-américain, qu’il considère être le pire accord commercial jamais signé par les États-Unis.

Certains observateurs se sont demandé si les commentaires protectionnistes de M. Trump ne nuiraient pas à l’industrie automobile canadienne, particulièrement si une taxe frontalière devait être imposée sur les biens canadiens.

Mais plusieurs acteurs de l’industrie ont fait valoir que le Canada n’était probablement pas la cible de M. Trump.

«M. Trump parle des pays qui ont volé des emplois américains», a expliqué M. Dias, plus tôt cette semaine. «Les emplois ne quittent pas les États-Unis pour aller au Canada. Les emplois vont du Canada vers le sud des États-Unis, puis au Mexique.»

Le secteur automobile canadien compte environ 141 000 emplois, dans des usines d’assemblage ou de fabrication de pièces, selon le Conference Board du Canada. C’est environ 60 000 personnes de moins qu’il y a une décennie, puisque certaines tâches ont été automatisées, tandis que d’autres ont été transférées au Mexique, où les coûts de main-d’oeuvre sont moins élevés.

Entre-temps, l’excédent dont le Canada profitait avec le reste du monde pour le commerce automobile est maintenant un déficit qui s’accroît. Avant 2006, le secteur automobile canadien affichait un excédent commercial annuel d’environ 10 milliards $. Au quatrième trimestre de 2016, ce secteur affichait un déficit commercial net de 25,6 milliards $, selon le Conference Board.

Même si plusieurs éléments de la politique commerciale de M. Trump restent nébuleux, certains acteurs de l’industrie croient que le Canada pourrait profiter d’une renégociation de l’ALÉNA.

Par exemple, si M. Trump réussit à rapatrier des emplois du secteur automobile à Detroit, cela créerait davantage d’occasions pour les fournisseurs de pièces canadiens, a estimé le président de l’Association des fabricants de pièces d’automobile du Canada, Flavio Volpe.

«Si le Michigan est le nouveau Mexique, alors l’Ontario gagne», illustre M. Volpe.

Mais Dennis DesRosiers, président de la firme DesRosiers Automotive Consultants, est moins optimiste quant à la politique de M. Trump — qu’il s’agisse d’une renégociation de l’ALÉNA ou de l’imposition de tarifs sur les biens mexicains.

En raison de l’intégration des industries automobiles du Canada, des États-Unis et du Mexique, l’arrivée de tarifs sur les importations mexicaines entraînerait des augmentations significatives du coût de tous les véhicules nord-américains, a estimé M. DesRosiers.

«De toute façon, le marché est fragile en ce moment et les consommateurs cesseraient assez rapidement d’acheter beaucoup de véhicules», croit-il. «Cela entraînerait des dizaines de milliers de pertes d’emplois en Amérique du Nord.»

Selon Mike Van Boekel, porte-parole de l’unité locale 88 d’Unifor, les mises à pied annoncées vendredi toucheront principalement les jeunes travailleurs. La nouvelle a nui au moral de l’usine, et les employés, qui, depuis des années, travaillent même les samedis pour répondre à la demande, sont furieux, a-t-il indiqué.

«C’est frustrant en maudit», a-t-il dit. «C’est une décision d’affaires stupide, stupide, faite par une entreprise qui veut toujours faire plus d’argent.»

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