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MONTRÉAL — Une des pires choses est de faire traîner un débat sur le vivre-ensemble sans jamais décider, a déclaré le chef péquiste Jean-François Lisée, mardi, dans la foulée de l’attentat meurtrier dans une mosquée de Québec.

Il a expliqué que le 21e siècle n’était «pas un bon moment pour les musulmans» et qu’il fallait faire attention et être empathique, comprendre leur malaise.

Lors d’une conférence de presse avant une réunion de ses députés à Montréal pour préparer la rentrée parlementaire de la semaine prochaine, il ainsi répondu à de nombreuses questions sur la détérioration des relations avec la communauté musulmane.

M. Lisée a reconnu que la classe politique avait sa part de responsabilité. Durant la course à la direction du PQ, il avait eu recours à l’exemple d’une burka qui pouvait cacher une arme à feu et il le regrette.

«Ce n’était pas une bonne idée de l’amener dans le débat québécois», a-t-il admis, en demandant aussi à ses adversaires de reconnaître leurs torts.

«Ce n’est pas une bonne idée pour François Legault de dire qu’une loi qui n’interdit pas le tchador est une loi qui fait la promotion du tchador. Je pense que ce n’est pas une bonne idée pour M. (Philippe) Couillard de dire que tout débat sur les seuils d’immigration, c’est de l’intolérance», a-t-il ajouté.

Le chef de l’opposition a aussi été interrogé sur les liens à faire entre la Charte de la laïcité défendue par le précédent gouvernement péquiste et les tensions avec les musulmans.

«Il faut savoir qu’une des pires choses, en plus de l’État islamique et Donald Trump, c’est de faire traîner un débat sur les règles du vivre-ensemble sans jamais décider», a-t-il répondu, en faisant allusion au débat sur les accommodements raisonnables _ un débat qui perdure depuis 2007 et qui a généré plusieurs projets de loi qui n’ont jamais été adoptés.

Il a cité le dicton qui affirme que tout ce qui traîne se salit. Selon lui, dans un débat délicat, il faut prendre le temps nécessaire pour évaluer, mais aussi trancher.

«C’est clairement ce que nous n’avons pas fait. Nous ne l’avons pas fait sous les libéraux. Nous avons manqué le coche sous les péquistes», a-t-il dit.

M. Lisée promet qu’un éventuel gouvernement péquiste qui serait élu en 2018 agirait dans les deux premières années de son mandat pour régler cet enjeu.

Il a rappelé que le PQ est favorable à l’adoption rapide du projet de loi 62 du gouvernement sur la neutralité religieuse de l’État en autant que certains amendements soient apportés.

Des élus péquistes ont reconnu qu’un dialogue est nécessaire à la suite du débat sur la charte de la laïcité. «Ce serait le moment de s’assoir avec eux pour clarifier la situation», a commenté le député de Sanguinet, Alain Therrien, en mêlée de presse.

Quant à savoir si la charte avait pu entraîner des dérives xénophobes, M. Therrien a répondu: «je n’en ai aucune idée de ce qui s’est produit dans la tête de cette personne-là (le présumé meurtrier)».

Son collègue, le député de Verchères, Stéphane Bergeron, a pour sa part reconnu qu’il y a un courant d’islamophobie au Québec.

«Je sens qu’il y a un terreau pour ce genre de phénomène et cela doit faire partie de notre réflexion», a-t-il lancé aux journalistes.

La députée de Taschereau, Agnès Maltais, a quant à elle affirmé que «tous les partis doivent regarder comment ils parlent», en ajoutant qu’elle était à l’aise avec le ton de sa formation et le débat de la laïcité qui est «nécessaire».

Cependant, elle a ajouté que son parti a été lui-même ciblé, notamment lors de l’attentat contre Pauline Marois en 2012.

«Nous avons aussi été parfois stigmatisés. Dans tout ça, j’ai de douloureux souvenirs de Richard Henry Bain et l’attentat contre Mme Marois. Globalement, il y a les hommes et les femmes politiques et il y a aussi les médias», a-t-elle dit en appelant à attendre les résultats de l’enquête.

Rappelons que les relations du Parti québécois avec la communauté musulmane n’ont pas toujours été faciles au cours des dernières années.

Le PQ a été attaqué par ses adversaires pour avoir été à l’origine de la charte de la laïcité, du temps du gouvernement de Pauline Marois, entre 2012 et 2014. Ce projet de loi interdisait notamment le port de signes religieux ostentatoires dans la fonction publique, notamment le voile, que ce soit le hidjab, le tchador, etc.

Plus récemment, pendant la dernière course à la direction du parti, M. Lisée, alors candidat, avait été critiqué pour avoir laissé entendre qu’un imam radical, Adil Charkaoui, appuyait les positions d’Alexandre Cloutier, un autre prétendant à la succession de Pierre Karl Péladeau.

En novembre, le chef péquiste a tenté de rééquilibrer les positions identitaires de sa formation en ajoutant les enseignants et les éducatrices en garderie à la liste des employés de l’État qui devraient s’abstenir de porter des signes religieux.

Durant la course à la direction du PQ, M. Lisée avait limité cette interdiction aux seuls fonctionnaires en autorité dont les juges et policiers, tel que recommandé par la commission Bouchard-Taylor en 2008.

M. Lisée a justifié ce resserrement en affirmant que les discussions en caucus ont permis de déterminer qu’il fallait élargir les restrictions aux personnes en position d’autorité dans les écoles primaires et secondaires.

Sous un gouvernement péquiste, les enseignants et les éducatrices en garderie actuellement au service de l’État disposeraient d’un droit acquis, ce qui limiterait l’interdiction aux nouveaux employés seulement.

Cette disposition ne s’appliquerait toutefois pas aux fonctionnaires en position d’autorité, à qui le port de signes religieux serait interdit sans exception.

Concernant sa prise de position sur la nécessité de réfléchir à la place du voile intégral dans l’espace public en général, alors qu’il était candidat à la direction, M. Lisée a affirmé qu’un comité formé de parlementaires et d’experts se penchera sur la question.

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