Adrian Wyld Adrian Wyld / La Presse Canadienne

OTTAWA — Le gouvernement canadien n’a pas l’intention de revoir son plan d’accueil des réfugiés malgré ce qu’en a dit le premier ministre depuis samedi.

Au lendemain du décret du président américain Donald Trump interdisant l’accès à tous les réfugiés dans les 120 prochains jours et aux réfugiés syriens pour une période indéterminée, Justin Trudeau envoyait, samedi, un tweet avec le mot-clic #BienvenueAuCanada.

«À ceux qui fuient la persécution, la terreur et la guerre, sachez que le Canada vous accueillera indépendamment de votre foi», lançait M. Trudeau dans son gazouillis applaudi un peu partout sur la planète.

Lundi, il disait aux Communes avoir demandé à son ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté «de considérer les différentes façons dont nous pouvons aider».

Mardi après-midi, ce ministre, Ahmed Hussen, a mis les choses au clair.

«Nous avons un plan pour l’immigration et nous allons le respecter», a-t-il tranché à sa sortie de la réunion du conseil des ministres.

Pas question de revoir la politique canadienne sur l’immigration ni la cible pour le nombre de réfugiés à accueillir cette année. Cette cible a été fixée à 40 000. Il n’y aura donc pas de mesures exceptionnelles en réaction au décret américain.

«Nous ne décidons pas de nos politiques à la sauvette», a lâché le ministre aux journalistes qui insistaient.

Il a souligné que, mardi, les États-Unis ont décidé d’accueillir quelques centaines de réfugiés dont les démarches avaient été complétées et qui s’étaient vu claquer la porte au nez à cause du décret signé par M. Trump vendredi soir. Selon des médias américains, ce sont 872 réfugiés qui bénéficieraient d’une exemption accordée par le département de la Sécurité intérieure.

«Ça prouve que la situation est fluide. Elle évolue constamment», a plaidé le ministre Hussen.

«La chose responsable à faire est de maintenir les contacts (…) et de continuer à surveiller la situation de près», a-t-il ajouté.

Le ministre Hussen refuse également de revoir le statut des États-Unis comme tiers pays sûr. Le Canada n’accepte pas les demandes des réfugiés venant de tels pays parce qu’ils ne sont pas considérés comme étant en danger s’ils viennent de là.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD), tout comme Amnistie internationale et l’Association des libertés civiles de la Colombie-Britannique, réclament que le Canada retire ce statut au voisin américain.

«Ce n’est plus certain que les réfugiés sont en sécurité là-bas», a estimé Jenny Kwan au cours d’un point de presse où la députée néo-démocrate a présenté la liste de ce que son parti réclame comme réaction canadienne au décret de M. Trump.

Le NPD veut aussi voir augmenter le nombre de réfugiés parrainés par le secteur privé. Et il demande à Ottawa d’accueillir les réfugiés qui se dirigeaient vers les États-Unis et dont les dossiers ont presque abouti.

Un débat d’urgence

Le débat d’urgence tenu mardi soir pour discuter du décret de M. Trump et de ses implications sur les réfugiés n’a rien changé aux positions des uns et des autres.

«Nous n’avons pas peur d’appeler un chat un chat. Il est temps de dire non à Donald Trump (…) Il est temps que le gouvernement du Canada dise non à ces politiques racistes», a lancé le chef néo-démocrate Thomas Mulcair dans le discours d’ouverture de ce débat.

«Est-ce que de rester positif, inclusif, à ce stade-ci, ce n’est pas la meilleure façon de faire, avant de présumer un futur qui n’est pas si négatif que ça?», lui a demandé Stéphane Lauzon, député libéral d’Argenteuil–La Petite-Nation, sans manifestement le convaincre.

Le ministre Hussen, lui, s’est contenté de répéter que rien ne changerait aux politiques canadiennes en matière de réfugiés pour l’instant. Il a promis de maintenir le contact avec les Américains pour «minimiser l’impact» du décret du président Trump.

«Notre gouvernement est en contact avec l’administration des États-Unis et nous allons travailler avec eux pour nous assurer que les citoyens canadiens et les résidents permanents du Canada reçoivent de l’information à jour. Et le Canada va aider ceux qui se retrouvent coincés au Canada en route vers les États-Unis», a répété le ministre Hussen.

Rappelons que le décret, signé par Donald Trump une semaine après son investiture, interdit également aux citoyens de sept pays à majorité musulmane d’entrer aux États-Unis pendant les trois prochains mois, le temps de revoir les mesures de sécurité. Les pays visés sont la Syrie, la Libye, le Soudan, la Somalie, l’Iran, l’Irak et le Yémen.

Le débat parlementaire à Ottawa a attiré quelque 160 spectateurs dans les tribunes publiques, ce qui est rare pour un débat en soirée.

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