OTTAWA — L’extrémisme inspiré d’idéologies djihadistes a dominé le débat autour du terrorisme et de la prévention de la radicalisation au Canada ces dernières années, mais la fusillade survenue au Centre culturel islamique de Québec, dimanche soir, pourrait bien renverser cette tendance.

Il est trop tôt pour savoir ce qui a poussé le présumé tireur, Alexandre Bissonnette, à tuer des musulmans. Ce dernier a été accusé de meurtres et de tentatives de meurtre, mais aucun chef lié au terrorisme ne pèse pour l’instant contre lui.

Quoi qu’il en soit, l’historique qu’il a laissé sur les réseaux sociaux laisse présager qu’il était un partisan du mouvement d’extrême droite opposé à l’immigration mené par la politicienne française Marine Le Pen.

Les agences du renseignement canadien et les chercheurs ont fait plutôt discrètement la démonstration de l’existence d’un phénomène d’extrémisme de droite au Canada. Leurs inquiétudes figureront dans les plans du gouvernement fédéral en vue de la mise sur pied d’un bureau national de lutte contre la radicalisation.

Dans des notes de breffage adressées à des responsables fédéraux datant de septembre 2014, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRC) sonnait l’alarme quant aux menaces que représentaient des groupes tels qu’Al-Qaïda, le Hezbollah et Daech (le groupe État islamique).

Au chapitre de l’extrémisme «d’origine domestique», le SCRC soulignait en outre l’essor récent d’un mouvement anti-islam développé par le biais d’internet et similaire à ceux qui s’observent en Europe.

Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, affirme que le centre national de prévention de la radicalisation servira de centre d’expertise et permettra à des joueurs clés de comprendre ce qui pousse des personnes vulnérables à emprunter le chemin de la radicalisation.

L’idée est d’intervenir avec les bonnes personnes au bon moment et avant que des tragédies ne se produisent, a fait valoir le ministre au lendemain de la fusillade qui a fait six morts et plusieurs blessés à Québec.

«Pour être honnêtes, nous devons admettre que le coeur du problème est la radicalisation djihadiste, et c’est ce sur quoi nous nous concentrons», a relevé en entrevue avec La Presse canadienne Lorne Dawson, codirecteur du groupe de recherche Canadian Network for Research on Terrorism, Security and Society (TSAS), ajoutant toutefois que tous les intervenants reconnaissent «qu’il ne s’agit pas de la seule forme de radicalisation».

La Norvège, la Suède et l’Allemagne ont élaboré depuis longtemps des programmes visant à garder les jeunes loin du néonazisme, par exemple, a noté M. Dawson, qui est aussi professeur de sociologie à l’Université Waterloo. Les mêmes stratégies de prévention de la radicalisation ont ensuite été transposées aux cas d’islamisme radical.

«C’est un enjeu moindre que le djihadisme, mais c’est quelque chose qui ne peut être ignoré», a-t-il poursuivi.

De nombreux éléments pouvant mener à l’essor du terrorisme d’extrême droite observés en Europe et aux États-Unis se retrouvent au Canada, selon un récent bulletin politique publié par le TSAS.

«Tout en prédisant que l’avenir peut représenter un défi, les agences canadiennes de renseignement devraient revoir leurs positions publiques quant au potentiel de violence des terroristes d’extrême droite», soutient-on dans ce document.

Un ancien analyste du SCRS, Phil Gurski, a laissé entendre en entrevue qu’il était trop tôt pour évaluer à quel point le Canada doit s’inquiéter de cette menace précisément. «Je sais que cela n’attire pas l’attention que cela mérite», a-t-il admis, notant que des groupes tels que Daech dominent les manchettes.

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