Mario Beauregard / Métro Martine Ouellet

MONTRÉAL — Martine Ouellet fait quasiment l’unanimité, mais pas dans le sens où elle l’aurait souhaité, alors que son intention de vouloir conserver quand même son siège de députée de Vachon si elle est élue chef du Bloc québécois suscite un profond malaise.

Tant le chef du Parti québécois (PQ) que celui qui occupe le poste par intérim au Bloc québécois (BQ) ne sont pas d’accord avec cette position.

Mme Ouellet a officialisé dimanche sa candidature à la direction du Bloc, une décision qui, en elle-même, est bien accueillie dans le milieu souverainiste.

Par contre, son chef actuel, Jean-François Lisée, n’a pas caché lundi qu’il n’est pas très chaud face aux plans de la députée de Vachon.

«Je pense qu’il serait préférable qu’elle ne siège pas à l’Assemblée nationale tout en étant chef du Bloc et je pense qu’il est tout à fait possible de trouver, au Bloc québécois, une façon de financer un salaire adéquat pour Martine en attendant l’élection de 2019», a déclaré M. Lisée en conférence de presse, lundi.

En contrepartie, M. Lisée a ajouté que «c’est son choix» et qu’il le respecterait, soulignant qu’un des arguments avancés par Mme Ouellet était aussi très valable, soit le fait que si elle demeure à Québec, elle permettrait d’éviter le déclenchement d’une élection partielle coûteuse alors qu’il reste moins de deux ans avant la prochaine élection.

Le chef péquiste en a profité pour faire part d’une «nouvelle méthode» de fonctionnement, qui lui donnera les coudées franches tout en faisant de même pour Mme Ouellet si elle devait être élue à la tête de la formation souverainiste fédérale. «Le chef du Parti québécois ne critiquera pas publiquement le chef du Bloc québécois et vice-versa», a-t-il dit.

De son côté, le chef intérimaire du Bloc, Rhéal Fortin, a également fait part de son malaise face à cette possibilité.

«J’aurais préféré qu’elle n’occupe pas les deux fonctions, mais je n’irai pas plus loin parce que je ne veux pas me mêler de la course à la chefferie», a-t-il dit prudemment aux Communes, à Ottawa.

«Martine Ouellet, c’est une personne respectable, une femme intelligente qui a tout ce qu’il faut pour faire un bon chef. Elle arrive avec des plus et des moins, les membres vont apprécier et décider», a-t-il ajouté avec diplomatie avant de clore le sujet en disant qu’il ne partagerait pas son opinion sur la course à la direction avec les médias.

«Ça ne me fatigue pas trop», a pour sa part déclaré le bloquiste et doyen de la Chambre des communes, Louis Plamondon, rappelant que le commissaire à l’éthique a donné sa bénédiction à la démarche en autant que le personnel de Mme Ouellet à l’Assemblée nationale ne soit pas impliqué dans son travail sur la scène fédérale.

Sans surprise, le premier ministre Philippe Couillard n’a pas raté l’occasion de lancer quelques flèches en direction non seulement de Martine Ouellet, mais aussi du PQ.

«Je trouve ça assez surprenant, surtout de la part du Parti québécois, de voir qu’on envisage d’utiliser des budgets de l’Assemblée nationale pour financer une activité politique sur la scène fédérale. (…) Si c’était nous qui faisions cela, je pense que j’entendrais le Parti québécois déchirer sa chemise», a déclaré M. Couillard, qui se trouvait à Saint-Félicien, dans sa circonscription.

Selon lui, la question ne devrait même pas se poser, bien qu’il comprenne tout à fait qu’elle demeure en poste jusqu’à ce qu’elle soit élue, si tel devait être le cas. «Ça c’est correct, les gens comprennent ça. Mais une fois élu chef d’un parti fédéral, on ne peut pas être en même temps à l’Assemblée nationale du Québec et recevoir des budgets de l’Assemblée nationale du Québec», a tranché le premier ministre.

Plus tôt dans la journée, la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, avait soulevé ses propres objections, déclarant dans un point de presse que le double mandat ne faisait pas partie des moeurs politiques au Québec et au Canada et invitant l’aspirante chef à se poser des questions sur le rôle d’un député auprès de ses électeurs.

«Si elle emporte cette course, elle doit se questionner sur sa capacité à représenter les gens de Vachon», a soulevé la députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques.

«Le gros du travail, c’est sur le terrain, en lien avec des dossiers dans nos circonscriptions. (…) Je pense que ses concitoyens sont à même de pouvoir s’attendre à ce que leur député soit là à plein temps», a-t-elle dit.

Pas de problème

Mais à Montréal, Mme Ouellet a répété qu’elle ne voyait pas de contradiction entre les deux fonctions, au contraire. «Je ne vois pas où est le problème», s’est-elle exclamée, au cours d’une conférence de presse dans l’est de Montréal.

«C’est même un avantage de pouvoir faire la courroie de transmission, parce qu’actuellement, les deux gouvernements travaillent en silo. En ayant un pied à chaque place, je vais pouvoir mieux faire la courroie de transmission, faire de la fluidité», a-t-elle commenté.

«C’est même plus qu’un avantage, ça devient quasiment une nécessité avec tous les dossiers, actuellement, qui sont en cours», a-t-elle ajouté.

Mme Ouellet a ainsi cité des dossiers d’intérêt commun aux deux ordres de gouvernement, notamment le transport de pétrole par train et le dossier Énergie Est.

Martine Ouellet a fait connaître sa décision dimanche de se lancer dans la course à la direction du Bloc québécois et a signifié du même coup qu’elle se retirait du caucus péquiste pour siéger à titre d’indépendante.

Elle s’est d’ailleurs présentée lundi aux côtés du député bloquiste de Joliette, Gabriel Ste-Marie, qui lui accorde son appui.

Les bloquistes doivent choisir leur chef le 22 avril.

Jusqu’ici, Félix Pinel — un candidat bloquiste défait dans la circonscription de Rivière-des-Mille-Îles lors de l’élection fédérale de 2015 — est le seul autre candidat à avoir manifesté son intention de se présenter dans la course.

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