CORIM/Sylvie-Ann Paré Dr Detlev Ganten

Invité pour une conférence lundi par le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), le Dr Detlev Ganten, président et fondateur du prochain World Health Summit qui se déroulera à Montréal, veut convaincre gouvernements et institutions publiques de traiter la santé comme une priorité.

Devant un parterre d’une centaine de spécialistes de la recherche médicale, le Berlinois de 76 ans, qui a étudié l’hypertension artérielle à Montréal entre 1969 et 1973, a clamé l’importance d’une action mondiale concertée pour venir à bout des différentes problématiques de santé publique. Prévention et éducation sont les maîtres-mots de ce chercheur mondialement connu qui s’est confié à Métro.

Quelles sont vos attentes pour ce prochain Sommet à Montréal?
On veut que le plus de personnes possibles comprennent l’importance de la santé. On le dit facilement, mais que fait-on réellement pour la santé? Ce n’est pas qu’une affaire réservée à la science. La science est indépendante, elle est ouverte, mais il faut avoir le soutien et la participation de l’industrie, la société civile, la politique. Il faut créer un mouvement pour la santé.

Le vieillissement de notre société est-il la grande problématique actuelle du point de vue de la médecine?
C’est vrai, la société devient plus âgée et il y a des problèmes biologiques qu’on ne peut négliger. Il y a une nécessité d’agir. C’est avant tout une question de bien-être. Chaque période dans le temps a eu ses problèmes spécifiques. Avant, il y avait des infections, maintenant, il y a l’Alzheimer, la démence, les cancers qui viennent avec l’âge. Il faut aider les gens à mieux vivre.

Vous prônez la nécessité d’une aide qui soit à la fois globale mais aussi locale. Pourquoi?
Les initiatives et les recherches globales sont importantes. Mais nous devons agir plus localement, notamment dans les pays sous-développés. Soyons francs, certains de ces pays n’ont pas les meilleurs gouvernements, il y a beaucoup de corruption et la façon dont nous dépensons cet argent n’est pas efficace. Il faut investir dans les infrastructures, comme le font déjà les Nations Unies, mais aussi dans l’éducation.

C’est-à-dire?
En Afrique, on ne pense pas de la même façon qu’en Europe ou qu’au Canada. Si on ne parle pas au chef du village, l’action ne sera pas efficace. Dans les pays arabes, on ne peut pas dire: «Le gras n’est pas bon pour votre santé, vous risquez d’avoir du diabète». Sinon, les femmes maigres ne trouvent pas de maris. Il faut prendre en compte la réalité sur le terrain pour faire passer le message, pour éduquer les gens. La santé s’inscrit dans le long terme, les progrès ne se voient pas très rapidement.

Comment placer la santé en priorité dans les prochains sommets mondiaux, face à tant d’instabilité politique et d’insécurité?
C’est difficile. Il faut travailler et ne pas désespérer si l’on n’arrive pas à trouver des solutions aussi vite que l’on aimerait. Lorsque Angela Merkel a fêté son 60e anniversaire, on lui a demandé ce qu’elle souhaitait. Elle a répondu: «la santé». Tout le monde comprend que c’est important, tout le monde aimerait que l’on trouve des solutions. Mais intéresser tout le monde, y compris les journalistes, c’est un défi. La science, c’est très abstrait, c’est vrai. C’est pour ça qu’il faut communiquer avec un langage qui n’est pas scientifique.

Craignez-vous qu’aux États-Unis des investissements dans la recherche soient remis en question avec l’élection de Donald Trump?
Je pense que les Américains ont fait une erreur en élisant Donald Trump. Il est dans une position très puissante, il peut faire beaucoup de mal et il va probablement le faire. Il le fait déjà. Mais quatre années dans l’Histoire, ce n’est pas long. Le monde et les États-Unis vont survivre à Donald Trump, comme nous avons survécu à George Bush, mais avec beaucoup de malheurs.

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