MONTRÉAL — Il est temps plus que jamais que la société québécoise assume sa diversité, soulignent plusieurs personnalités qui ont alimenté la réflexion autour de la tournée «Faut qu’on se parle», un appel qui peut selon eux difficilement être ignoré après la fusillade récente au Centre culturel islamique de Québec.

«Ça doit servir de « wake up call » pour la société québécoise, pour la classe politique québécoise», a dit à La Presse canadienne l’ex-leader étudiant Gabriel Nadeau-Dubois, qui a pris part à la série d’assemblées de cuisine et de consultations publiques, aux côtés, notamment, de la militante crie Maïtée Labrecque-Saganash, de l’ancien chef d’Option nationale Jean-Martin Aussant et de l’agronome Claire Bolduc.

«Il faut vraiment que ce soit un point de non-retour. Il faut qu’on se rende compte que de faire de la politique sur le dos d’une minorité, ça a un prix», a-t-il ajouté en parlant de l’attitude générale réservée à la communauté arabo-musulmane, alors qu’il prenait part au lancement du livre «Ne renonçons à rien», qui regroupe huit grandes propositions élaborées au cours de cet exercice.

Celui qui est pressenti pour se porter candidat à la succession de Françoise David comme députée de Gouin estime que le regard porté sur cette communauté s’est envenimé au milieu des années 2000, notamment avec le débat sur les accommodements raisonnables.

«J’ai rencontré des gens qui étaient au Québec depuis 30-40 ans et qui me disaient (…) « J’étais auparavant fièrement Québécois (ou même) indépendantiste (…) et à partir de 2007-2008, à partir de la montée de ce discours-là au Québec et du soi-disant scandale des accommodements raisonnables, non seulement je me suis mis à voter libéral, mais j’ai eu de plus en plus de difficulté à m’identifier comme Québécois »», a cité en exemple M. Nadeau-Dubois.

Si la question de la laïcité et du port de signes religieux est débattue au Québec depuis plusieurs années au sein de la classe politique, c’est un enjeu dont le collectif «n’a pratiquement pas entendu parler», a indiqué M. Nadeau-Dubois.

C’est d’inclusion et de diversité qu’il a surtout été question au cours des discussions, a-t-il affirmé, mentionnant qu’une grande partie des préoccupations entendues se rattachent à l’intégration sur le marché du travail.

En tout, 6980 propositions ont été reçues des citoyens, a indiqué Maïtée Labrecque-Saganash dans une conférence de presse précédant le lancement du livre, au café du Monument-National. Soixante pour cent des assemblées de cuisine se sont déroulées à l’extérieur de Montréal, a précisé la militante crie et étudiante en sciences politiques.

Au terme de plus de 150 assemblées de cuisine et d’une dizaine de consultations publiques qui l’ont fait sillonner les différentes régions du Québec cet automne, le collectif de la tournée «Faut qu’on se parle» dresse huit priorités afin que les Québécois ne «renoncent à rien».

Les événements qui ont fait six morts à la mosquée de Québec ont permis «de faire ressortir l’importance» des propositions déjà relevées au fil de la tournée en matière d’inclusion, croit le militant de Montréal-Nord Will Prosper, qui a participé à l’initiative.

Il a notamment mentionné en entrevue que la demande pour une commission d’enquête sur le racisme systémique fait partie des propositions énumérées dans le livre qui conclut l’initiative «Faut qu’on se parle».

«Dans toutes les différentes assemblées de cuisine et consultations publiques que j’ai faites, le thème d’apprendre chez l’autre revenait souvent, que ce soit d’apprendre chez l’Autochtone, à propos de la diversité (en général) et de la société québécoise. C’est quelque chose qui revenait constamment et ça passait beaucoup par (la question de) l’éducation.»

La nécessité de réinvestir massivement dans l’éducation prend d’ailleurs une place importante dans «Ne renonçons à rien», a souligné M. Nadeau-Dubois, indiquant qu’il s’agissait d’une préoccupation majeure des Québécois consultés. Un réinvestissent massif dans le secteur de l’éducation doit se faire, a-t-il plaidé, et cela passe par une diminution du nombre d’élèves par classe et l’embauche de plus de professionnels.

Le livre tiré de la tournée «n’est pas un rapport», a de son côté assuré la comédienne Véronique Côté, qui a prêté sa plume pour rassembler les multiples idées récoltées.

La tournée «Faut qu’on se parle» visait à donner la parole aux citoyens sur des enjeux qui les concernent, autour de 10 thèmes: la démocratie, l’économie, la place des régions, l’indépendance, l’éducation, la santé, les relations avec les Premières Nations, la diversité, la culture et le climat.

Les neuf membres du collectif — qui inclut aussi l’urgentologue Alain Vadeboncoeur, l’étudiante en droit et militante féministe Aurélie Lanctôt et l’écologiste Karel Mayrand — ont maintes fois répété que leur objectif n’était pas de former un parti politique.

N’empêche, ils espèrent que les constats qu’ils tirent de leur tournée permettront de stimuler le débat public, mais aussi de trouver un écho chez les partis politiques. «Le risque est réel, bien sûr, que ça n’ait pas de suite. Nous on va faire un travail pour pousser ces propositions-là», a assuré M. Nadeau-Dubois, qui a indiqué poursuivre sa réflexion quant à la possibilité qu’il joigne les rangs de Québec solidaire.

Note aux lecteurs: Version corrigée. Il faut bien lire que soixante pour cent des assemblées de cuisine se sont déroulées à l’extérieur de Montréal, et non à l’extérieur de Québec.

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