OTTAWA — L’Assemblée des Premières Nations (APN) demande au gouvernement fédéral de changer le nom de l’édifice Langevin, qui abrite notamment le cabinet du premier ministre Justin Trudeau.

L’APN déplore que cet immeuble de bureaux, situé en face de la colline du Parlement, à Ottawa, porte le nom d’Hector-Louis Langevin, un des pères de la Confédération, qui a été par ailleurs un des architectes du système de pensionnats fédéraux pour Autochtones.

La Commission de vérité et réconciliation du Canada avait conclu dans son rapport, en décembre 2015, que l’«établissement et le fonctionnement des pensionnats ont été un élément central de (la politique indienne du Canada), que l’on pourrait qualifier de « génocide culturel »».

Dans une lettre adressée au gouvernement de Justin Trudeau, que La Presse canadienne a obtenue, le chef de l’APN, Perry Bellegarde, souhaite qu’Ottawa, pour «démontrer sa bonne foi», trouve un nouveau nom à l’édifice, en consultant les Autochtones eux-mêmes. M. Bellegarde estime qu’en cette ère de réconciliation nationale, le Canada doit pouvoir regarder bien en face la dure réalité de son passé colonialiste.

Cette initiative est appuyée par des députés fédéraux autochtones, dont l’indépendant Hunter Tootoo, les néo-démocrates Romeo Saganash et Georgina Jolibois, et même tout le caucus libéral autochtone. Un groupe de députés des quatre partis a aussi écrit une lettre à la ministre des Services publics, Judy Foote, pour lui demander de corriger cette «incongruité».

M. Saganash, qui a passé 10 ans de son existence en pensionnat pour Autochtones, a expliqué jeudi en conférence de presse que les anciens résidants de ces institutions luttent toute leur vie pour panser leurs blessures. «Tous les jours, lorsque j’arrive au travail, je passe à côté de cet édifice, et ça me rappelle, tous les jours, cette personne qui était l’architecte des pensionnats autochtones. Les survivants des pensionnats autochtones n’ont plus besoin de ça.»

«On n’a pas besoin de se faire rappeler le souvenir du principal architecte» de cette pratique, a-t-il dit. «C’est un traumatisme qui vous poursuit toute la vie (…) Je me rappelle encore les lieux, l’odeur.» Selon le député du Nord québécois, les excuses offertes aux Autochtones en 2008 au Parlement ne suffisent pas: il faut aller au-delà des paroles et faire des gestes «importants», a-t-il dit.

Le député Tootoo a de son côté soutenu que le premier ministre poserait un geste symbolique fort en logeant dans un immeuble qui porte un nom rendant plutôt hommage aux Autochtones.

Selon le chef Bellegarde, ces gestes revêtent une importance toute particulière en cette année du 150e anniversaire de la fédération canadienne.

Roméo Saganash, lui, n’a pas l’intention de souligner cet anniversaire, alors que des jeunes Autochtones continuent à se suicider et que des femmes et des filles sont toujours assassinées ou disparaissent encore. «Je dois admettre que je n’ai jamais célébré de ma vie la fête du Canada le 1er juillet», a-t-il avoué.

Hector-Louis Langevin, mort en 1906, était un avocat de Québec qui a été maire de la ville puis député conservateur à Ottawa, où il a oeuvré pendant plus de 25 ans. À titre de ministre des Travaux publics, il a milité en faveur de pensionnats séparés pour les Autochtones, dans le but avoué d’assimiler les enfants.

Le cabinet de la ministre Foote a indiqué jeudi que la décision devra être prise en tenant compte des recommandations de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, qui a documenté pendant six ans les séquelles causées par les pensionnats fédéraux pour Autochtones.

Le mois dernier, la Ville de Calgary a annoncé qu’elle renommerait le pont Langevin, qui deviendra le pont de la Réconciliation.

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