MONTRÉAL — C’est une lutte impitoyable entre promoteurs qui aurait finalement poussé la police de Montréal à faire appliquer le Code criminel et à interdire sur son territoire la tenue de tous combats d’arts martiaux amateurs comme le kick-boxing, la boxe thaïlandaise, les arts martiaux mixtes et le jiu-jitsu, soutiennent des membres de cette communauté.

Les organisateurs d’un gala amateur de jiu-jitsu brésilien qui devait avoir lieu à Montréal dimanche dernier tentent maintenant de trouver une nouvelle ville pour accueillir leur événement — qui se tenait chaque année dans la métropole depuis huit ans. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) les avait prévenus qu’il pourrait cette année procéder à l’arrestation de participants à cette compétition, à la suite d’une plainte.

Selon le porte-parole des organisateurs, Danny Vu, la police a fait valoir que le jiu-jitsu n’était pas un art martial reconnu par le Comité international olympique.

Le Code criminel canadien interdit depuis 2013 la tenue de galas présentant ce type de «combats concertés», à moins qu’ils ne soient sanctionnés par les autorités provinciales. Les sports olympiques reconnus, comme le judo et le taekwondo, sont cependant permis.

La police n’a pas identifié le plaignant, mais le promoteur montréalais d’arts martiaux Jamie McGowan croit que cette personne «avait certainement des intentions malicieuses et voulait se venger». Selon lui, des concurrents tentent de se nuire en portant plainte à la police.

Car même si ces galas sont interdits depuis 2013, ils étaient jusqu’à tout récemment tolérés par les autorités. Mais depuis que des plaintes ont été déposées, le SPVM a dû mener une enquête, ce qui a mené à l’application stricte et universelle de la loi, selon M. McGowan, qui dit organiser des combats d’arts martiaux depuis une dizaine d’années. Il soutient qu’un partenaire d’affaires mécontent a ainsi porté plainte contre lui à la police, en 2015, pour faire dérailler un de ses galas.

Un an plus tard, raconte M. McGowan, la Corporation de kick-boxing amateur du Québec et Disciplines associées a aussi porté plainte à la police pour tenter de l’éliminer — une version confirmée par le président de cette association. Pierre Breton explique en entrevue que la Corporation de kick-boxing amateur veut conserver jalousement la responsabilité d’organiser des galas amateurs au Québec. Et il rappelle que sa plainte a été suivie d’autres déposées à la police, notamment contre son association.

Cette escalade visant à éliminer un concurrent s’est cependant retournée contre l’arroseur, note M. McGowan. «Ils ont découvert brutalement qu’ils étaient eux aussi illégaux.» Ce que Pierre Breton réfute en partie, en transmettant une copie d’un document du ministère québécois de l’Éducation, du Loisir et du Sport. Le ministère y explique que Québec tente actuellement d’élaborer une politique qui clarifierait quels sports de combat amateurs seraient permis sur son territoire. M. Breton a bon espoir de retrouver un jour son accréditation.

Martin Nguyen, un des organisateurs du gala de jiu-jitsu brésilien annulé dimanche dernier, ne détient aucune preuve que la plainte provient d’un concurrent qui souhaitait faire dérailler l’événement. Il soutient par ailleurs que cette discipline n’est pas comparable aux arts martiaux mixtes ou à d’autres sports de combat amateurs: les participants ne se frappent pas mais se colletaillent, comme des lutteurs olympiques.

«Ceux qui pratiquent le jiu-jitsu (brésilien) sont des avocats, des policiers, des professionnels — ce n’est pas comme les arts martiaux mixtes», soutient-il. «On nous met tous dans le même sac et s’il y a vraiment une guerre entre promoteurs, ce serait vraiment dommage que nous en soyons des victimes collatérales.»

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