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OTTAWA — Le député néo-démocrate Romeo Saganash réclame la démission d’une sénatrice conservatrice qui a affirmé qu’il y avait de bonnes intentions derrière les pensionnats autochtones.

L’élu, qui a lui-même été arraché à ses parents pour être envoyé dans une telle institution, est allé jusqu’à affirmer que tenir de tels propos revenait à dire que derrière le génocide des juifs par le régime du dictateur allemand Adolf Hitler se cachaient de nobles visées.

«À mon avis, dire que les pensionnats, c’était quelque chose quand même de bien, que ce n’était pas malintentionné comme institution, ça équivaut à dire que ce que Hitler a fait envers les juifs, c’était pas malintentionné», a-t-il dénoncé jeudi dans le foyer de la Chambre.

«Quand on parle des génocides, on ne peut pas dire qu’il y a des aspects qui sont bons, d’autres aspects moins bons», a ajouté le député du Nouveau Parti démocratique (NPD), citant la définition de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide.

Le texte adopté par les Nations unies en 1948 stipule que le «transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe» est l’un des actes qui définissent le génocide.

Les propos controversés qui ont provoqué l’ire de Romeo Saganash ont été prononcés pendant un débat au Sénat, mardi, alors que la sénatrice Lynn Beyak a pris la parole lors d’une discussion sur la surreprésentation des femmes autochtones dans les prisons canadiennes.

C’est pendant cet exposé que la sénatrice conservatrice a étayé sa théorie.

«Les personnes qui ont joué jadis un rôle dans les pensionnats indiens, dont certaines sont peut-être même vos ancêtres, avaient surtout de bonnes intentions, et nous devrions pardonner à celles pour qui ce n’était pas le cas», a-t-elle lâché.

«Comme pour toute chose dans la vie, le pardon contribuera énormément au processus de réconciliation», a poursuivi la sénatrice de l’Ontario.

Ces propos ont fait bondir le sénateur Murray Sinclair, un juge d’origine autochtone qui a présidé la Commission de vérité et réconciliation (CVR) avant d’être nommé à la chambre haute en mars dernier.

«Je suis un peu choqué (…) que vous croyiez encore des choses qui ont été prouvées fausses au fil des ans. J’accepte tout de même que vous ayez le droit de penser ainsi», a-t-il affirmé.

Dans un rapport publié en 2015 après sept années de travaux, la CVR a employé le terme «génocide culturel» pour décrire le sort qui a été infligé aux enfants autochtones.

Sur une période de 130 ans, environ 150 000 enfants ont été arrachés à leur famille et obligés à fréquenter ces écoles religieuses.

Les survivants ont raconté avoir été battus, agressés sexuellement, affamés et négligés.

Plusieurs — dont l’un des frères de Romeo Saganash — n’en sont jamais revenus.

Pour le député, la sénatrice Beyak a tenu des propos qui sont «totalement inacceptables» pour les survivants des pensionnats.

Il estime qu’elle devrait minimalement présenter des excuses, mais idéalement renoncer à son siège au Sénat.

«Pour les survivants, je pense qu’on préférerait qu’elle démissionne. C’est un manque de respect total et absolu», a plaidé le député d’Abitibi—Baie-James—Nunavik—Eeyou.

«Me dire à moi que c’était correct, qu’il y avait des bons côtés à t’enlever à tes parents, de te séparer de tes frères et soeurs, de m’envoyer dans une institution qui m’était complètement étrangère, que c’était correct, que c’était pas malintentionné, j’accepte pas», a-t-il pesté.

Lors de la période de questions en Chambre, jeudi, Romeo Saganash a demandé à la ministre des Affaires autochtones, Carolyn Bennett, si elle avait l’intention d’unir sa voix à la sienne et d’exiger la démission de la sénatrice Beyak.

La ministre a condamné les propos de la sénatrice — «des commentaires malavisés, offensants et tout simplement faux» — mais elle n’est pas allée jusqu’à réclamer son départ, faisant valoir que «c’est aux peuples autochtones de décider».

Le chef national de l’Assemblée des Premières Nations (APN), Perry Bellegarde, n’était pas disponible pour une entrevue, jeudi après-midi. Il a donc été impossible de lui demander son avis sur cet appel à la démission.

«Il veut en parler aux membres et il prévoit envoyer une lettre à la sénatrice pour lui faire part de sa déception et l’inviter à une rencontre avec les chefs et les survivants des pensionnats afin de l’aider à mieux comprendre l’enjeu», a dit un porte-parole de l’APN, Dan Kelly.

Son ancien collègue au caucus conservateur, Patrick Brazeau, a aussi attribué à un manque d’éducation ce commentaire qu’il a qualifié d’«épouvantable».

«Je pense que la sénatrice devrait faire de la recherche pour savoir c’était quoi les pensionnats autochtones», a dit celui qui fait maintenant partie du caucus des indépendants.

Le bureau de Lynn Beyak a décliné la demande d’entrevue de La Presse canadienne, jeudi.

«La sénatrice n’a rien à ajouter à ses remarques de mardi, alors qu’elle a commenté tant sur les aspects positifs que négatifs du système des pensionnats autochtones», a écrit son adjointe dans un courriel.

Dans une déclaration écrite, la porte-parole du Parti conservateur en matière d’affaires autochtones, Cathy McLeod, a soutenu que les propos «perturbants et blessants» de Mme Beyak «ne reflètent pas le point de vue» de la formation politique.

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