AUSTIN, Texas — Avec les menaces qui planent à l’horizon d’un «Buy American» renforcé et la renégociation prévue de l’ALÉNA par les États-Unis, la ministre de l’Économie et de l’Innovation Dominique Anglade en mission économique au Texas affirme vouloir passer en mode «offensif» pour assurer une place aux entreprises québécoises sur le marché américain.

Histoire de prendre le taureau texan par les cornes avant qu’il ne piétine les possibilités d’affaires.

La ministre est en mission économique dans la capitale du Texas pour deux jours. La Presse canadienne l’a rencontrée lundi matin en banlieue d’Austin, à San Marcos, peu après un déjeuner d’affaires avec des entreprises du Québec ayant déjà leurs racines chez le voisin du Sud.

Le Québec vole d’ailleurs la vedette parmi les provinces canadiennes lors du festival de nouvelles technologies et d’innovation South by SouthWest (SXSW) – l’un des plus importants du genre dans le monde – qui se tient chaque année à Austin.

Le Québec y prend une place importante; près d’une soixantaine d’entreprises québécoises sont sur place et il s’agit de la plus grande représentation à ce jour de la province à SXSW.

L’État québécois a même aménagé une Maison du Québec, la cabane à sucre — le «Québec sugar shack» comme les festivaliers l’appellent. Le bungalow loué au coeur du village du festival pour des présentations d’innovations technologiques et de nouveaux produits est aussi le lieu de conférences. La maison avait été occupée par le réseau de nouvelles télévisé CNN au cours des derniers jours.

Selon Mme Anglade, il est très important d’être à l’offensive pour démontrer les forces du Québec, a-t-elle indiqué en entrevue. La mission a évidemment comme objectif d’être une vitrine pour le Québec pour dénicher des débouchés aux États-Unis, mais aussi pour attirer des entreprises et des investissements au Québec.

Et il ne s’agit pas d’une histoire uniquement montréalaise. Des entreprises d’un peu partout au Québec — de l’Estrie, du Saguenay et de la Mauricie — sont présentes dans la capitale du Texas pour le festival, insiste-t-elle.

Cette méthode forte ne découle pas uniquement de l’élection de Donald Trump à la tête des États-Unis. Et d’ailleurs, elle la précède, dit la ministre Anglade. On s’attendait à ce qu’un gouvernement plus protectionniste soit élu, dit-elle.

La stratégie du Québec? Accentuer les liens avec les États-Unis, martèle la ministre.

Celle-ci refuse de se dire «inquiète» des bouleversements qui sont en cours au sud de la frontière. Mais elle affirme mettre les bouchées doubles, en lien avec cette montée du protectionnisme et des changements anticipés à l’ALENA.

«Peu importe le protectionnisme, les gens vont acheter nos produits s’ils sont innovants», soutient-elle.

«Le Québec gagne quand on est à l’offensive, quand on est proactifs». Les liens doivent être resserrés, à la fois avec le Canada et avec les États-Unis, vu le niveau d’intégration de ces économies.

Le Texas est d’ailleurs l’État américain avec lequel le Québec réalise le plus d’échanges commerciaux — estimés par Québec à 10 milliards $ par année — après l’État de New York.

Démontrant son intention de ne pas attendre, le Québec a d’ailleurs nommé en février l’ex-ministre des Finances libéral Raymond Bachand en tant que conseiller principal pour l’ALÉNA. La stratégie québécoise sur l’exportation a auparavant été lancée.

La mission de la ministre en sol texan a aussi des visées diplomatiques. Elle a rencontré lundi après-midi à Austin le maire Steve Adler et le secrétaire d’État du Texas, Rolando B. Pablos.

Si l’on s’attend à des discussions sur l’aérospatial, une force du Québec, les échanges porteront aussi sur le secteur de la santé afin d’y faire valoir le savoir-faire québécois. Il y a un gros boom en santé au Texas, et le Québec entend en profiter, souligne Mme Anglade.

Les entreprises rencontrées par la ministre en matinée — CGI, CAE, Skyfold et Enerkem — lui ont manifesté leurs préoccupations par rapport à la renégociation anticipée de l’ALÉNA et aussi sur la mobilité de la main-d’oeuvre. Pour des entreprises basées au Québec mais qui font autant d’affaires aux États-Unis, il est primordial d’assurer que leurs employés puissent aller y travailler sans trop d’obstacles.

Des entreprises québécoises déjà bien implantées au Texas

Alors que SXSW est un lieu de prédilection pour des entreprises québécoises en démarrage et d’autres qui viennent y présenter des produits inédits, certaines entreprises du Québec ont déjà pris racine aux États-Unis, certaines dans l’État de l’or noir.

Skyfold

L’entreprise réalise des paravents déployables automatisés. Ses produits vendus notamment pour des hôpitaux — mais aussi pour des salles de conférence, entre autres — sont bien positionnés pour participer au boom de santé au Texas auquel Mme Anglade faisait référence. La clé de son succès aux États-Unis? Une équipe de vente solide, a souligné Aaron Olmsted, un gérant des ventes régional.

CAE

L’entreprise aéronautique est loin d’être un petit nouveau sur le marché américain. Ses simulateurs de vols sont vendus aux États-Unis depuis des décennies. Ses ventes et ses services fournis au sud de la frontière représentent 35 pour cent de ses revenus et l’entreprise a 2500 employés aux États-Unis sur un total de 8000. Une entreprise américaine a aussi été incorporée et a son propre conseil d’administration américain. Selon Benoit Rocheleau, un directeur des finances basé au Texas, CAE continue de bien performer en raison de la qualité et de l’innovation des produits et services offerts. Le plus grand centre de formation au monde — avec 44 simulateurs de vols — se trouve à Dallas au Texas, a-t-il ajouté.

CGI

L’entreprise québécoise de services en technologies de l’information compte plus de 1000 employés au Texas uniquement. Sa performance est due à son leadership, à des services flexibles et adaptables à toutes sortes de situations et à une proximité avec la clientèle, a soutenu James B. Pearke, un vice-président de l’entreprise.

Enerkem

L’entreprise transforme des déchets urbains en biocarburants et d’autres produits chimiques renouvelables. Sa première usine pilote a été installée à Edmonton en Alberta et est maintenant commercialement opérationnelle. L’entreprise s’est depuis frayée un chemin aux États-Unis.

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