THE CANADIAN PRESS Le ministre de l’Industrie, Navdeep Bains.

MONTRÉAL — Québec et Ottawa se sont montrés satisfaits lundi de la réponse de Bombardier, qui, au terme d’une tempête médiatique de plusieurs jours, a décidé de retarder d’un an, soit jusqu’en 2020, plus de la moitié de la rémunération de ses patrons pour l’année 2016.

Ni le premier ministre Philippe Couillard ni son homologue fédéral Justin Trudeau n’ont réclamé que le constructeur d’avions et de trains aille encore plus loin.

De passage à Laval, lundi, M. Couillard a estimé qu’il s’agissait d’un «geste satisfaisant», ajoutant avoir été «déçu», comme «tous les Québécois», de constater la hausse importante de la rémunération des six plus hauts dirigeants de Bombardier.

En mêlée de presse, il a affirmé que l’erreur à éviter était de «commencer à gérer les entreprises au Québec».

«Si le gouvernement donne le signal que lorsque vous venez au Québec avec une entreprise, le gouvernement met ses grosses pattes dans votre compagnie et la gère à votre place, on n’ira pas loin, a dit M. Couillard. Il y a beaucoup d’emplois qui vont être perdus ou qui ne seront pas créés.»

Plusieurs avaient fait part de leur indignation en raison du montant global — qui tient compte des primes, de la rémunération en actions et de la valeur du régime de retraite — de 32,6 millions $ US, en hausse de 50 pour cent sur un an, octroyé aux six plus hauts dirigeants. Ce montant était jugé indécent, alors que Québec a injecté 1,3 milliard $ dans la CSeries et que le gouvernement Trudeau vient de consentir un prêt de 372,5 millions $. D’ici la fin de 2018, Bombardier devrait en plus avoir éliminé quelque 14 500 postes à travers le monde.

La pression populaire avait incité le président directeur du conseil de Bombardier, Pierre Beaudoin, à renoncer à son augmentation de salaire pour 2016. Cela n’avait toutefois pas empêché la tenue d’une manifestation dimanche à Montréal pour dénoncer les salaires octroyés aux patrons de la société.

Malgré la controverse des derniers jours, il n’est pas question pour Québec de réviser l’entente conclue avec Bombardier (TSX:BBD.B), a tranché M. Couillard.

«Je comprends l’insatisfaction, la frustration, mais gardons le contact avec la réalité de l’entreprise et de son importance pour le Québec», a-t-il lancé.

À Ottawa, pressé par les partis d’opposition, M. Trudeau a rappelé que le prêt consenti par son gouvernement allait protéger des emplois en plus d’être remboursé par l’avionneur.

«C’est certain que par rapport à la décision de Bombardier, les Québécois ont très clairement exprimé leurs préoccupations et je suis content de noter que Bombardier a réagi», a-t-il expliqué aux Communes.

Néanmoins, ces commentaires n’ont pas convaincu le chef néo-démocrate Thomas Mulcair, qui croit que M. Trudeau devrait exiger de savoir ce que l’entreprise fera avec l’argent prêté par Ottawa. Il affirme que le premier ministre devrait cesser de défendre les dirigeants de Bombardier.

Motion: le PQ maintient le cap

Par ailleurs, en dépit du report salarial annoncé par Bombardier, l’opposition péquiste a décidé de maintenir la pression et déposera mardi, comme prévu, sa motion visant à faire annuler les augmentations salariales.

Soulignant que l’entreprise est «un fleuron de l’industrie québécoise», la motion indique que «l’importante aide financière de l’État à l’entreprise aurait dû limiter l’octroi de bonis aux dirigeants». Elle demande à tous les dirigeants de Bombardier de renoncer à l’augmentation de leur rémunération et invite M. Couillard à faire «une demande formelle en ce sens à la direction de l’entreprise».

Le Parti québécois dit déjà avoir l’appui de la Coalition avenir Québec et de Québec solidaire.

En mêlée de presse, M. Couillard n’a pas voulu préciser sa position, affirmant que le sujet sera abordé mardi à l’Assemblée nationale.

De son côté, l’Association internationale des machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale (AIMTA) a «accueilli favorablement» le «geste d’ouverture et de flexibilité» fait par Bombardier.

Son coordonnateur québécois, David Chartrand, a toutefois souligné que les événements des derniers jours rappelaient que le gouvernement Couillard n’avait pas pris soin d’aménager des clauses spécifiques avant d’aider l’avionneur en investissant dans la CSeries.

Finalement, la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui détient 30 pour cent de Bombardier Transport et environ 47,6 millions d’actions de l’entreprise, a indiqué qu’elle attendait la circulaire de sollicitation modifiée qui doit être déposée par l’avionneur pour analyser «en profondeur» les changements annoncés.

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