La Presse Canadienne Le chef de la CAQ, François Legault.

QUÉBEC — Le gouvernement Couillard a protégé Bombardier mardi: les libéraux ont bloqué les motions des partis d’opposition dénonçant les augmentations de rémunération fulgurantes accordées aux hauts dirigeants de l’entreprise.

Le leader parlementaire adjoint du gouvernement, Marc Tanguay, a refusé de débattre de chacune des motions présentées par les trois partis d’opposition, autant celle du Parti québécois (PQ), que celle de la Coalition avenir Québec (CAQ) et celle de Québec solidaire (QS).

La motion du PQ, appuyée par les deux autres partis d’opposition, demandait au premier ministre Philippe Couillard d’adresser une requête officielle aux dirigeants de Bombardier afin qu’ils «renoncent à l’augmentation de leur rémunération pour 2016», parce que l’aide financière importante accordée à l’entreprise aurait dû limiter l’attribution des bonis à la direction.

Pour sa part, la CAQ exigeait dans sa motion la présence d’un représentant du gouvernement au conseil d’administration, tandis que Québec solidaire réclamait dans sa motion que l’aide attribuée par l’État soit assortie d’un plafonnement de la rémunération des dirigeants.

Rappelons que toute cette controverse est née lors de l’annonce d’une hausse de près de 50 pour cent de la rémunération globale de six hauts dirigeants de Bombardier la semaine dernière, à plus de 32 millions $ US, alors que l’entreprise a été sauvée de la faillite par une injection massive de plus de 3 milliards $ de fonds publics.

Le président du conseil d’administration, Pierre Beaudoin, a d’abord renoncé à son augmentation, puis le géant des transports a par la suite annoncé le report d’un an du versement des bonis prévus, de 2019 à 2020.

Durant la période de questions à l’Assemblée nationale, le premier ministre Philippe Couillard a défendu la volte-face de Bombardier, en affirmant que tout le monde allait être gagnant.

«Ils avaient déjà posé un geste qui n’était pas suffisant, le deuxième geste l’est, a-t-il déclaré. Pourquoi l’est-il? Parce que les augmentations qui ont été annoncées ne seront versées que si, et seulement si l’entreprise accroît ses activités, par exemple passe son chiffre d’affaires de 16 à 25 milliards $, et, si ça arrive, tout le monde est gagnant.»

Le chef de l’opposition officielle, Jean-François Lisée a condamné ces propos en soutenant que M. Couillard adhérait aux arguments des plus riches qui en demandent toujours plus, alors que des milliers de Québécois travaillant chez Bombardier vont perdre leur emploi.

«Neuf millions de dollars (en rémunération) par an, c’est déjà trop, 12 millions $, c’est encore trop, c’est clair qu’on est dans un autre univers et M. Couillard est dans cet univers-là, il trouve que cet univers est normal», a affirmé M. Lisée en conférence de presse après la période de questions.

Le porte-parole péquiste en matière de finances, Nicolas Marceau, a quant à lui rappelé que le gouvernement avait au surplus accordé une baisse d’impôt sur les options d’achat des dirigeants des grandes entreprises cotées en bourse, ce qui représenterait «un cadeau de près de 600 000 $» aux six grands patrons de Bombardier.

La CAQ soupçonne pour sa part les libéraux de protéger leurs amis dans l’entreprise. François Legault a rappelé que l’ancien premier ministre libéral Daniel Johnson siégeait au conseil d’administration et qu’il aurait touché 900 000 $ en rémunérations et en options en 2016.

«Les Québécois sont en droit de se demander si encore une fois il ne s’agit pas d’un passe-droit aux petits amis du Parti libéral», a dit M. Legault en conférence de presse avant la période de questions.

Quant à Québec solidaire, Amir Khadir a rappelé que ces majorations ont été rendues possibles seulement par le renflouement de Bombardier à même les fonds publics.

«Accepter les augmentations (…), c’est accepter la dilapidation de l’aide qu’on leur a donnée, a-t-il soutenu. C’est une forme de détournement de fonds publics.»

À l’origine de toute cette histoire: l’annonce d’une hausse de près de 50 pour cent de la rémunération globale de six hauts dirigeants de Bombardier la semaine dernière. Le pdg, Alain Bellemare, voyait sa rémunération passer de 6,4 millions $ US à 9,5 millions $ US, tandis que le président du conseil d’administration, Pierre Beaudoin, voyait la sienne gonfler de 3,8 millions $ US à 5,2 millions $ US.

Un tollé s’en est suivi dans l’opinion publique parce que l’entreprise a été sauvée de la faillite en 2015 par une injection massive de fonds publics, notamment 1,3 milliard $ d’Investissement Québec et 2 milliards $ de la Caisse de dépôt, en plus du prêt de 370 millions $ accordé par Ottawa.

De surcroît, la multinationale prévoit mettre à pied 14 500 employés d’ici à la fin de 2018. En 2016, elle a encaissé une perte de près de 1 milliard $.

Bombardier a dû faire marche arrière et a finalement reporté d’un an, de 2019 à 2020, l’attribution des bonis. La deuxième moitié des 32 millions $ US sera donc versée en 2020.

M. Bellemare devra donc se contenter de 4,2 millions $ US. Il a attribué cette tempête politique à une erreur de communication. Quant à M. Beaudoin, il a renoncé à la majoration de sa rémunération.

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