THE CANADIAN PRESS Mélanie Joly.

OTTAWA — La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, refuse de poser un jugement sur une série télé controversée portant sur l’histoire canadienne diffusée sur les ondes de CBC dans laquelle le champion d’arts martiaux mixtes Georges St-Pierre fait une apparition.

Quatre universitaires du Québec spécialisés en histoire et en littérature dénoncent l’anglocentrisme de la série «Canada: The Story of Us», dans une lettre publiée dimanche dans le Globe and Mail.

«Ce qui est le plus problématique, c’est d’en faire une série officielle dans le cadre des festivités du 150e anniversaire de la Confédération, alors qu’on oublie de larges pans de l’histoire dans le premier épisode», explique Samuel Mercier, l’un des signataires de la lettre, qui est chargé de cours en études littéraires à l’Université du Québec à Montréal.

Le collectif d’universitaires reproche à la série de condenser 12 000 ans d’histoire autochtone en quelques minutes et de faire peu de place au fait français en ne consacrant qu’un épisode sur dix à l’histoire de la Nouvelle-France. La série passe également sous silence la déportation des Acadiens.

Il dénonce également la façon dont sont représentés les personnages historiques francophones comme Samuel de Champlain et Pierre-Esprit Radisson. Leurs costumes, par exemple, sont sales et peu formels contrairement à ceux que portent les personnages historiques anglophones.

«Ce sont des choses qui, historiquement, sont impensables, c’est-à-dire que Champlain est un administrateur colonial, il participe à des rendez-vous officiels avec les Premières Nations et donc c’est impossible qu’il soit sale», explique Samuel Mercier.

«Qu’on le représente de cette façon, un peu primitif d’une certaine manière, ça reconduisait certains clichés dans la manière de représenter les francophones — le latin aux moeurs douteuses, toujours un peu sale», poursuit-il.

Ces universitaires écrivent aussi que Samuel de Champlain est dépeint comme un homme obscur et mystérieux tandis que le général James Wolfe est présenté comme un homme rusé et intelligent.

La série fait intervenir diverses célébrités dont le champion d’arts martiaux mixtes Georges St-Pierre et la danseuse Louise Lecavalier. Le premier ministre Justin Trudeau apparaît également en ouverture du premier épisode.

Le collectif s’oppose à ce que la série soit utilisée comme matériel pédagogique dans les écoles pour enseigner l’histoire.

Questionnée sur ce qu’elle pensait de la série, Mélanie Joly a indiqué qu’elle ne voulait pas commenter le contenu présenté par CBC en raison de son rôle de ministre.

«Je pense que de façon générale, c’est important que l’on puisse avoir ces conversations difficiles sur notre histoire, a-t-elle affirmé à la sortie de la réunion du cabinet des ministres. Je ne commenterai pas davantage la programmation à CBC/Radio-Canada parce que, bien entendu, c’est indépendant de mes responsabilités.»

Lundi, Mélanie Joly s’était prononcée sur les propos de l’humoriste Russell Peters durant la cérémonie des prix Juno. Celui-ci avait commenté sur l’apparence des jeunes femmes dans la salle en disant qu’il s’agissait d’un «crime en attente de se produire». Il avait également commenté l’apparence physique de la ministre Joly en la présentant au public.

Un genre d’humour qui n’avait pas sa place à la cérémonie, selon la ministre. «Je pense que c’était un commentaire inapproprié», avait-elle affirmé.

Son porte-parole a ajouté mardi en fin de journée que la ministre respectait la liberté des médias et qu’elle ne ferait aucun commentaire sur le contenu et la programmation de CBC/Radio-Canada.

«De ne rien dire, à mon sens, c’est un manque de courage, affirme Samuel Mercier. Oui, la ministre a un devoir de réserve, mais il s’agit d’une série politique, même le premier ministre y donne son aval. À partir de là, je trouve que de vouloir jouer cette indépendance-là, c’est plus ou moins crédible.»

Des députés indignés

La série télévisée de CBC a soulevé l’indignation de députés conservateurs et bloquistes.

«C’est mal connaître le fait francophone, a dit la porte-parole conservatrice en matière de francophonie, Sylvie Boucher. Il faut qu’à un moment donné, on arrête de penser qu’on est de second ordre. Les francophones ont bâti ce pays-là et je pense que c’est à nous maintenant de le dire haut et fort.»

Le chef parlementaire du Bloc québécois, Xavier Barsalou-Duval, estime que la série présente une version partisane de l’histoire canadienne.

«On dirait que c’est la vision de Trudeau sur l’histoire du Canada, a-t-il noté. C’est lui qui a présenté la série. Je ne comprends pas qu’on présente une vision de l’histoire comme ça. Je pense que c’est la vision du Parti libéral, c’est-à-dire la vision où on présente les francophones de manière plus ou moins éloquente, où on exclut les Acadiens et où on fait des raccourcis.»

La CBC a réagi aux critiques par écrit. «La série n’est pas censée être un compte-rendu exhaustif et linéaire de l’histoire canadienne, ni une version définitive de cette histoire», affirme son chef des affaires publiques, Chuck Thompson.

Il ajoute que la série a été conçue avec l’aide d’historiens et que «comme c’est souvent le cas, les historiens sont parfois en désaccord».

Dans un communiqué, la maison de production Bristow Global Media soutient que la série vise à raconter l’histoire du Canada en reproduisant certains événements dramatiques qui ont contribué à façonner le pays. Elle ajoute que la série a été commandée par les services anglais de CBC pour un public anglophone.

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