OTTAWA — Le Canada reporte d’au moins trois ans la réduction prévue des émissions de méthane dans l’industrie du pétrole et du gaz.

Ce n’est pas une coïncidence si cette décision survient moins d’un mois après le décret-loi signé par le président américain, Donald Trump, qui suspendait les engagements de Washington en matière de réduction des émissions de méthane.

Le ministre des Ressources naturelles, Jim Carr, a admis vendredi que le Canada ne peut ignorer ce qui se passe au sud de la frontière s’il veut que l’industrie demeure concurrentielle au sein d’économies aussi intégrées.

Même si le gouvernement libéral est toujours partisan de la production écologique d’énergie, il exercerait une pression indue sur l’industrie s’il persistait à vouloir suivre l’échéancier prévu, a estimé M. Carr en entrevue à La Presse canadienne.

En janvier 2015, l’ex-président Barack Obama avait annoncé une réduction des émissions de méthane dans l’industrie pétrolière et gazière de 40 à 45 pour cent d’ici 2025 par rapport aux niveaux de 2012. L’année suivante, lors de sa visite d’État à Washington, en mars 2016, le premier ministre Justin Trudeau s’était engagé dans la même voie.

L’administration Obama avait imposé de nouvelles normes en mai 2016 et obligé les entreprises américaines à dévoiler des données pour déterminer leurs émissions de méthane. Mais depuis l’élection de Donald Trump, les temps ont changé: l’Agence américaine de l’environnement (EPA) a annulé cette obligation au début de mars et quelques semaines plus tard, le président Trump a signé le décret-loi qui exige un réexamen des normes mêmes d’émissions.

Pendant ce temps, au Canada, le gouvernement devait dévoiler dès cette année les nouvelles normes d’émissions, qui seraient entrées en vigueur entre 2018 et 2020. Or, Marie-Pascale Des Rosiers, une porte-parole de la ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, a confirmé cette semaine que le gouvernement libéral avait accepté de reporter de plusieurs années l’entrée en vigueur des nouvelles normes d’émissions.

L’entrée en vigueur de ces nouvelles règles est maintenant reportée au moins jusqu’en 2020, et leur mise en place complète n’est pas prévue avant 2023. Si l’échéancier a changé, le gouvernement s’en tient par ailleurs aux cibles de réduction de 40 à 45 pour cent d’ici 2025.

«Le changement d’échéancier donnera plus de temps à l’industrie pour modifier ses façons de faire et pour trouver le financement», a expliqué Mme Des Rosiers. «Cela permettra aussi aux provinces d’élaborer leurs propres règles en vue de discussions sur d’éventuelles normes communes.»

La décision d’Ottawa a fait bondir Dale Marshall, de l’organisme Environmental Defence. «Il est complètement insensé de vouloir arrimer nos décisions environnementales à celles de l’administration Trump», a estimé l’écologiste.

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