MONTRÉAL — Le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Philippe Pichet, juge que les allégations au sujet d’une enquête criminelle bloquée sur deux députés libéraux sont «préoccupantes», et estime que ceux qui détiennent de telles informations doivent les communiquer aux autorités compétentes avant quoi que ce soit d’autre.

M. Pichet réagissait ainsi vendredi à la sortie publique du président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur, qui a déclaré jeudi sur les ondes du 98,5FM que ces deux députés, dont un siégerait toujours à l’Assemblée nationale, auraient évité de faire face à la justice grâce à leur allégeance politique.

Les allégations ont aussitôt déclenché une onde de choc à l’Assemblée nationale.

Interrogé à ce sujet vendredi, lors d’un point de presse visant à souligner les 30 ans du programme Info-Crime, le directeur des forces policières à Montréal a commencé par dire que ce dossier «n’était pas à son niveau» et ne relevait pas des responsabilités du SPVM.

«Maintenant, c’est préoccupant quand on entend ce type d’information-là», a-t-il immédiatement enchaîné.

«Ce qui est important, c’est de relayer cette information-là rapidement aux autorités compétentes pour qu’on puisse vérifier et valider le tout», a martelé M. Pichet.

Et dans le cas présent, l’autorité compétente est l’UPAC (Unité permanente anticorruption), a-t-il précisé.

C’est d’ailleurs ce qu’il aurait fait, a-t-il indiqué, si l’information lui avait été transmise. Aussitôt, il a précisé qu’il ne savait pas si M. Francoeur avait déjà parlé aux autorités au moment où il a accordé l’entrevue radiophonique.

«Je pense que lui a reçu une information privilégiée, comme n’importe quel citoyen pourrait avoir une information privilégiée. C’est sûr que le premier réflexe qu’on devrait avoir dans ce temps-là, c’est de la refiler à l’autorité compétente», a dit M. Pichet.

«Puis, s’il a n’importe quelle autre information qui regarde le service de police, juste à me la transmettre et je vais m’assurer de la traiter», a-t-il lancé.

Le responsable syndical devait d’ailleurs rencontrer l’UPAC vendredi.

M. Pichet a évité de blâmer M. Francoeur pour sa sortie publique. Le tout survient dans un contexte particulier: les policiers montréalais sont en conflit et les révélations de M. Francoeur sont arrivées le jour même du dépôt d’un projet de loi pour les forcer à abandonner le port de leurs pantalons de camouflage — au lieu de leur uniforme régulier — ce qu’ils font pour protester contre les changements imposés à leur régime de retraite.

M. Pichet ne croit toutefois pas que les propos du chef syndical nuisent à l’image du SPVM et dit ignorer s’il s’agit d’une tactique de négociation. «Pour moi, c’est deux dossiers tellement différents», a-t-il dit.

Questionné à savoir si M. Francoeur avait manqué de professionnalisme en passant par un média, M. Pichet a calmement répondu que «c’est son choix».

Selon le président de la Fraternité des policiers de Montréal, les deux élus libéraux, qu’il n’a pas identifiés, ont fait l’objet en 2012 d’une enquête policière approfondie qui aurait dû normalement les conduire devant les tribunaux, mais ce ne fut pas le cas. La preuve obtenue par la police comportait des éléments de filature et d’écoute électronique. Le dossier était complet, selon lui.

Les faits reprochés auraient trait au financement politique impliquant une firme immobilière proche de la mafia italienne, d’après le chef syndical.

Yves Francoeur a affirmé qu’il ignorait pourquoi aucune accusation n’avait été portée, compte tenu de la solidité de la preuve. Selon lui, les deux personnes en cause auraient été accusées depuis longtemps, n’eût été de leur allégeance politique.

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