Hannah Yoon THE CANADIAN PRESS

OTTAWA — Daniel Derksen était, sur tous les points, un modèle de parfaite santé.

Puis, un jour, il a commencé à se plaindre de maux d’estomac et est allé voir un médecin. Quatre mois plus tard, il est mort des suites d’une tumeur cancéreuse agressive qui ne répondait pas aux traitements de chimiothérapie, aux radiations et aux nombreuses chirurgies. Il avait 38 ans.

La femme avec qui il était marié depuis 11 ans, Jilian, s’est fait refuser les prestations de survivants par le Régime de pensions du Canada (RPC). Elle porte maintenant en appel le jugement du tribunal d’appel du gouvernement fédéral, le Tribunal de la sécurité sociale, affirmant qu’il se base sur une logique déficiente.

Toute personne âgée de moins de 35 ans qui perd son époux reçoit les prestations du RPC seulement si elle a un enfant ou un handicap. Jilian Derksen n’avait pas fêté ses 35 ans lors de la mort de son mari; il lui manquait dix semaines. Et elle n’avait pas d’enfant ni de handicap.

Elle devra plutôt attendre 30 ans avant de pouvoir collecter les prestations — qui équivalent à 60 pour cent du montant pour lequel son défunt mari était admissible à sa retraite ajusté à l’inflation depuis la date de sa mort — et ce, même si elle a besoin des fonds maintenant.

Jillian Derksen a dû débourser 20 000$ pour les frais funéraires. M. Derksen ne disposait d’aucune assurance-vie ni de prestations liées à son emploi puisqu’il avait dû prendre une pause du travail avant l’arrivée de sa maladie à la suite d’un accident de voiture. Le couple n’avait pas non plus d’assurance hypothécaire.

«J’ai dû vendre la maison qu’il avait construite pour nous. C’était notre maison de rêve que nous avons construite ensemble et j’ai dû perdre cela aussi, en plus de toutes les autres choses», a-t-elle confié.

Cette règle liée à l’âge est en place parce qu’un survivant sans enfant ni handicap devrait être capable de s’adapter financièrement à la perte de son partenaire en réintégrant le marché du travail, souligne le gouvernement.

Les prestations de survivants sont censées profiter à ceux qui peuvent le moins s’en remettre financièrement.

Une étude de Statistique Canada datant de 2004 révélait que dans l’année suivant la mort de leurs maris, les veuves dans les tranches de revenus supérieures avaient vu une baisse draconienne de leur revenu. Mais à long terme, «leur situation pourrait être bien différente», signalait l’organisme fédéral.

Les experts contactés pour cet article n’ont pas pu rediriger La Presse canadienne vers des études qui suggéreraient que les veuves plus jeunes auraient un meilleur sort financier à long terme.

Lorsque les ministres des Finances se sont entendus, l’an dernier, pour modifier le Régime de pensions du Canada, ils avaient changé la façon dont les prestations de survivants étaient calculées, mais pas l’âge d’admissibilité. Le RPC fait l’objet de fréquentes révisions et les résultats de la dernière devraient être dévoilés l’année prochaine.

Lors d’un événement sur les modifications apportées au RPC, le ministre des Finances Bill Morneau a affirmé que les mesures comme les prestations de survivants feraient partie des discussions avec ses homologues des provinces, dont l’approbation est requise pour tout changement.

«Pour d’autres améliorations ou changements au Régime de pensions du Canada, cela nécessite de les considérer dans leur ensemble avec les provinces et de réfléchir aux impacts, tant positifs que négatifs. Comment affecteront-ils positivement les gens? Quel sera le coût pour les gens en termes des économies qu’ils mettent en place?», a souligné M. Morneau.

Dans le cadre de ces modifications apportées au RPC, les ministres ont accepté de faire des changements sur le calcul des prestations de survivants — mais seulement pour la nouvelle portion améliorée du régime public de pension.

Jilian Derksen avait fait sa demande pour les prestations de survivants en 2016 et Service Canada a affirmé que tous les formulaires avaient été dûment remplis.

Après une conversation téléphonique avec un agent de Service Canada, une lettre de refus et un appel du bureau de son député, Marwan Tabbara, Service Canada a réexaminé sa requête, mais a finalement maintenu sa décision.

Le ministère a pu discuter des détails de son dossier puisque Mme Derksen a accepté de renoncer à son droit à la vie privée pour que La Presse canadienne vérifie certaines parties de son récit.

«Malheureusement, elle n’était pas admissible aux prestations de survivants du RPC parce qu’elle était âgée de moins de 35 ans au moment du décès de son mari, qu’elle n’était pas handicapée et qu’elle n’élevait pas un enfant», a expliqué une porte-parole d’Emploi et Développement social Canada.

«Mme Derksen pourra réappliquer pour les prestations de survivants lorsqu’elle aura 65 ans, ou plus tôt si elle devient handicapée», a-t-elle ajouté.

Jilian Derksen ne sait même pas le montant qu’elle touchera lorsque ce moment viendra.

«Ils ne veulent même pas me dire à quoi ressemblera la (somme). Ils ne veulent même pas le calculer», a-t-elle déploré.

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