Sean Kilpatrick Sean Kilpatrick / La Presse Canadienne

WASHINGTON — L’administration Trump pourrait devoir très bientôt procéder à un choix cornélien dans le dossier de l’ALÉNA: conclure rapidement un accord plus restreint, ou négocier plus longuement un accord global.

Le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, a déjà laissé entendre que la Maison-Blanche visait les deux objectifs à la fois: conclure rapidement une entente globale pour remplacer l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA).

M. Ross a en effet souhaité de grands changements dans plusieurs secteurs: le lait, le bois d’oeuvre, les brevets pharmaceutiques, les pièces automobiles, le règlement des litiges et les services numériques. Et du même souffle, l’ancien banquier et investisseur veut que ça se fasse vite. Comme s’il voulait fouetter les acteurs de ce dossier, le président Donald Trump a même menacé d’abolir purement et simplement l’ALÉNA.

Le secrétaire Ross rappelle souvent qu’il souhaite conclure un accord avant les élections générales de juillet 2018 au Mexique. Le gouvernement mexicain partage tout à fait cet échéancier — ce qui mènerait à une entente au printemps de l’an prochain.

Le ministre canadien de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique a discuté avec M. Ross cette semaine au détour d’une conférence en Californie. À l’issue de cette rencontre, Navdeep Bains ne peut cependant pas dire si la Maison-Blanche a choisi un accord rapide ou un accord à large portée pour trancher ce dilemme. Le ministre canadien rappelle que l’administration Trump doit d’abord aviser officiellement le Congrès afin que s’amorce la période de consultations de trois mois prévue par la loi américaine pour toutes négociations commerciales majeures.

Six mois pour s’entendre?

Si la Maison-Blanche s’entendait demain matin avec le Congrès pour fixer les priorités des négociations, ce qui amorcerait la période de consultations, les pourparlers entre les capitales ne commenceraient donc pas avant le mois d’août. Il resterait alors à peine six mois environ pour conclure une entente avant le début de la campagne électorale au Mexique.

Selon Christopher Wilson, directeur adjoint de l’Institut mexicain au Centre Woodrow-Wilson de Washington, «la fenêtre de négociation se rétrécit de jour en jour». Car aucun politicien mexicain ne voudra, en pleine campagne électorale, donner ne serait-ce que l’impression d’accorder une concession aux Américains, soutient l’analyste.

Par ailleurs, le pronostic n’est guère plus reluisant après ces élections de juillet 2018: le gouvernement mexicain entre alors dans une période de transition des pouvoirs, qui dure cinq mois. Pendant ce temps, aux États-Unis, des élections de mi-mandat auront lieu en novembre 2018. Et nous voilà arrivés, mine de rien, en 2019.

D’après Christopher Wilson, il est techniquement possible de conclure une entente pendant cette période de transition des pouvoirs — les États-Unis l’ont déjà fait à la fin de 2016, lorsque le Congrès a adopté le Partenariat transpacifique (PTP), ensuite signé par le président sortant, Barack Obama. Mais encore faudrait-il que le vainqueur des élections au Mexique endosse l’accord négocié, et qu’il sente un appui populaire dans le pays. Aux États-Unis, concernant le PTP, la réponse avait été: non. Donald Trump a depuis retiré les États-Unis du PTP.

En privé, certains responsables canadiens à Ottawa craignent que les négociations pour réformer l’ALÉNA ne meurent de vieillesse, après d’interminables pourparlers, tergiversations, spéculations et marchandages.

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