Chantal Levesque/Métro Eliane Gagnon

À l’occasion du lancement de son projet Soberlab, une entreprise à vocation sociale qui fait la promotion de la sobriété heureuse et durable, la comédienne Éliane Gagnon organise dimanche soir un party à jeun. Métro s’est entretenu avec elle pour discuter de son expérience et de ce qui la pousse à porter un tel projet.

Quelle est la différence entre un buveur social et un alcoolique dépendant?
La frontière entre les deux peut être mince. J’aurais bien voulu être buveuse sociale, mais un verre pour moi m’amenait à en boire beaucoup plus, je cherchais même les occasions pour aller prendre un verre. Le buveur social ne boit pas pour geler une émotion, mais la dépendance peut se développer. L’alcool c’est insidieux.

Quand ta dépendance est-elle devenue problématique?
Je pense que ça l’était depuis le début, même si je ne m’en rendais pas compte, parce que c’était ma vie. Je trouvais ça normal à l’époque. J’ai l’impression que c’est dès la première fois que j’ai bu. J’ose croire que j’étais prédisposée à la dépendance. À certains moments, je me laissais croire que je pouvais la contrôler, mais c’est progressif. Tu ne t’en rends pas compte tout de suite, et ça ne va jamais en s’améliorant.

D’un point de vue social, quel a été le problème majeur de ta dépendance?
Quand je consommais, les relations intimes et familiales en ont pris un coup. J’étais toujours en fuite géographique, en pensant que j’allais être heureuse ailleurs. Quand je voyageais, comme j’arrêtais de consommer de l’alcool, je me sentais forte, et une fois revenue à Montréal, tout recommençait.

Et maintenant?
Ça va quand même bien, mais ce n’est pas parce que j’ai arrêté de consommer que tout est parfait. Il y a encore des zones grises, au niveau émotif, affectif. J’ai encore des trucs à réparer, des deuils à faire.

Te sens-tu aujourd’hui plus forte face à l’alcool?
Je me sens plus forte. Mais je ne suis pas à l’abri d’une rechute, parce que je suis un être humain. J’ai simplement des outils pour être capable de gérer mes émotions, en méditant, en en parlant avec quelqu’un. Avant, lorsque j’avais des émotions fortes, je voulais simplement me péter la face. Je sais aujourd’hui ce que l’alcool peut me donner. Je suis vigilante.

Est-ce que tu considères que l’envie de boire beaucoup débute dès notre premier verre?
Non, à partir d’un verre, on peut être à risque. D’où l’importance de retarder la première consommation, que ce soit alcool ou pot. Je pense qu’il y a des gens qui peuvent le contrôler toute leur vie. Il y a moyen aussi de dire non.

Quel est le message le plus important à transmettre aux jeunes, qui sont les principaux consommateurs d’alcool?
Ce qui me vient en tête tout de suite, c’est de s’aimer, au quotidien. C’est de cela que j’ai manqué. C’est fou comment l’amour propre vient changer la donne. C’est la faute de personne, mais il n’y a que nous pour nous le donner. Si le jeune s’aime, il n’aura pas envie de se détruire. Ensuite, la sobriété c’est plus sexy qu’on pense. Sans dire que tout le monde doit être sobre, je pense qu’il y aurait des bienfaits sur la société d’une façon globale.

La sobriété émotive permet juste d’être, sans devoir consommer pour être heureux. Je ne veux pas sonner alarmiste, mais quand les gens prennent conscience, il y a moyen de changer les choses. Ça permet aussi de montrer qu’ils ne sont pas seuls. L’impact de la prévention n’est pas chiffrable, mais on gagnerait vraiment à investir là-dedans.

Est-ce que ton militantisme contre l’alcoolisme prend le pas sur ta carrière?
Oui, j’ai clairement moins d’appels, mais je crée beaucoup. Je suis depuis plusieurs années sur un projet de long métrage bilingue, My life without you, qui traite de l’alcoolisme et des dysfonctions familiales. C’est un film que j’ai commencé à écrire quand je consommais encore. Mais je n’avais pas assez de recul, alors qu’aujourd’hui je peux plonger au cœur de ce que je veux dire. L’écriture, c’est ce qui me garde en vie.

Le Soberlab, c’est aussi une façon de faire rayonner la culture, avec projets créatifs en lien avec l’image, l’expression de soi, avec aussi des conférenciers inspirants. J’ai eu l’idée de ce projet en avril 2016, et quand j’ai rencontré Josiane Vallière en décembre 2016, on s’est lancée sur les réseaux sociaux. Il faut d’abord créé la communauté web, toucher un maximum de personnes. Ce qui est intéressant c’est que ça n’existe pas ailleurs, c’est à l’ère du temps et ça sera bénéfique pour notre société. Il n’y a pas de compétition [avec les centres de thérapie], il faut coopérer. On veut être en appui, comme un outil post-cure, parce qu’après, on est un peu laissé à nous-mêmes. La réinsertion sociale est compliquée pour ceux qui souffrent de dépendance. Il ne faut pas stigmatiser le dépendant.

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