Fred Chartrand Fred Chartrand / La Presse Canadienne

OTTAWA — La glace est brisée: le nouveau chef des troupes conservatrices, Andrew Scheer, a lancé ses premières salves en Chambre, lundi, chaudement applaudi par un caucus qui a cherché à minimiser l’influence de l’aile droite sociale ayant contribué à l’élection du Saskatchewanais.

Après avoir réuni en matinée ses députés et sénateurs pour leur lancer le même appel à l’unité qu’il avait formulé dans son discours de victoire, samedi, le nouveau dirigeant a enfilé pour la première fois ses habits de chef de l’opposition officielle à la Chambre des communes.

Il a ramené dans les banquettes de la première rangée six collègues qui ont plié l’échine, se faisant accueillir par une poignée de main de Maxime Bernier, contre qui il a remporté une victoire à l’arraché avec un peu moins de 51 pour cent des voix au 13e tour de scrutin.

Ce couronnement a été rendu possible, en partie, grâce au transfert des votes de deuxième choix des candidats antiavortement Brad Trost et Pierre Lemieux, qui se sont rabattus sur Andrew Scheer, lui-même antiavortement.

Dans les couloirs du parlement, les députés conservateurs insistaient sur le fait que leur nouveau capitaine n’avait pas l’intention de rouvrir cet épineux débat — une garantie que disent d’ailleurs avoir obtenue les quatre élus du Québec ayant appuyé Andrew Scheer.

L’un d’entre eux, Luc Berthold, disait ne pas s’inquiéter. Il a fait valoir que «chaque frange se retrouvait dans le vote final» et qu’il ne voyait pas «un signe quelconque» dans cet appui de la droite sociale.

«Ce que je cherchais, c’était un chef qui était capable de garder ces gens-là avec nous autres, leur donner une place, mais en respectant les principes de base qui avaient été votés par les membres, et à date, c’est ce qu’il fait», a indiqué le député de Mégantic—L’Érable.

De son côté, Brad Trost s’est montré très prudent à l’entrée de la réunion du caucus conservateur, lundi matin, refusant de dire ce qu’il attend maintenant de son nouveau chef et lui assurant son appui à «110 pour cent».

Les libéraux jubilent

Dans le camp libéral, l’élection d’Andrew Scheer semble être accueillie comme une bénédiction. Le whip du gouvernement en Chambre, Pablo Rodriguez, cachait mal son plaisir en offrant son analyse des résultats du vote de samedi.

«C’est définitivement une victoire de la droite sociale au sein du caucus conservateur (…) Posez-vous la question: est-ce que M. Scheer aurait gagné sans le vote de la droite sociale? La réponse est non. Alors il leur doit beaucoup», a-t-il raillé en mêlée de presse.

Le député néo-démocrate Alexandre Boulerice a lui aussi voulu dépeindre un portrait négatif du nouveau chef, qui «vient vraiment de la famille antichoix des femmes, contre les droits reproductifs des femmes».

À plusieurs reprises, pendant la course, Andrew Scheer a assuré qu’il ne rouvrirait pas le débat sur l’avortement. Débattre d’un enjeu qui divise autant ne ferait que donner plus de chances à Justin Trudeau de décrocher un deuxième mandat en 2019.

«Je pense que c’est le rôle du chef d’encourager nos députés à proposer des idées, des enjeux, qui vont maintenir l’unité de notre caucus», a-t-il insisté dimanche matin en entrevue avec La Presse canadienne.

Les députés et sénateurs conservateurs ont voulu afficher cette unité lors de la rencontre de caucus à laquelle ils ont été conviés, lundi matin, au parlement.

Dans la salle, les candidats défaits dans cette course ont été félicités et consolés avant que n’entre le nouveau leader. Une fois au podium, M. Scheer a remercié ses adversaires, particulièrement Maxime Bernier.

Chaudement applaudi à plusieurs reprises, l’ancien président de la Chambre des communes souriait beaucoup et rougissait souvent, alors que la salle scandait son prénom.

Il a attaqué de front le gouvernement de Justin Trudeau — un «mal temporaire», d’après lui.

Et lorsqu’il a promis une meilleure option, quelqu’un dans la salle lui a lancé, à la blague, «qui?», rappelant que l’élection de ce député peu connu lui a valu la manchette «Andrew qui?» dans un journal de Toronto.

Aussi dans National :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!