THE CANADIAN PRESS Catherine McKenna.

OTTAWA — Les libéraux ont été «profondément déçus» par l’annonce du retrait américain de l’Accord de Paris, mais ils semblent avoir l’intention d’en tirer le maximum, tant sur le terrain de l’économie que dans l’arène politique qu’est la Chambre des communes.

Le ministre du Commerce international, François-Philippe Champagne, a lancé vendredi le même message que le président français Emmanuel Macron: pour les pays qui demeurent signataires du traité, ce retrait est une mauvaise nouvelle, mais une occasion d’affaires.

Dans les couloirs du parlement, à Ottawa, il a dit avoir discuté avec sa collègue à l’Environnement, Catherine McKenna, de la possibilité de lancer une opération séduction pour attirer des investisseurs et des investissements.

Le ministre Champagne a expliqué en mêlée de presse qu’il envisageait mettre sur pied «une initiative commerciale pour démontrer que nous, au Canada, nous allons continuer de façon très ferme à faire la promotion des technologies environnementales».

Cette réaction fait écho à celle offerte la veille par le président Macron, qui a en quelque sorte fait un pied de nez à un homologue américain ayant fait campagne en promettant de sauver les emplois américains, et qui a dit être sorti de l’Accord de Paris pour remplir cette promesse.

Le locataire de l’Élysée a courtisé ouvertement les Américains déçus par la direction que prenait leur pays à mettre le cap vers la France, assurant «scientifiques, ingénieurs, entrepreneurs, citoyens engagés» qu’ils trouveraient «dans la France une seconde patrie».

L’annonce de Donald Trump a semé la consternation au sein de la communauté internationale. Au Canada, le bureau du premier ministre Justin Trudeau a publié jeudi deux déclarations pour signaler sa désapprobation, dont un compte rendu d’une conversation entre les deux leaders.

«Nous sommes profondément déçus que le gouvernement fédéral des États-Unis ait décidé de se retirer de l’Accord de Paris», a déclaré le premier ministre canadien dans un communiqué transmis environ dix minutes plus tard.

Puis, vendredi, Justin Trudeau s’est entretenu au téléphone avec Emmanuel Macron pour discuter de la situation.

Les deux hommes ont «convenu de continuer à travailler en proche collaboration avec des partenaires qui partagent leurs vues afin d’assurer la mise en œuvre de l’Accord de Paris sur les changements climatiques (…)», selon un compte rendu de l’appel préparé par le bureau du premier ministre du Canada.

Une motion potentiellement embarrassante pour Scheer?

Dans les heures ayant suivi l’annonce de Washington, les libéraux ont aussi déposé une motion stipulant que «malgré le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris, le Canada demeure résolu à mettre en œuvre l’Accord, car cela est dans l’intérêt de tous les Canadiens».

Au moment où ils seront invités à se prononcer sur cette motion, la semaine prochaine, les conservateurs et leur nouveau chef devront décider s’ils se rangent du côté des États-Unis, a indiqué la ministre McKenna.

À son entrée à la période des questions, vendredi, elle a dit espérer que «tous les députés» l’appuieront, puisqu’elle permettra selon elle de «démontrer le leadership du Canada et son soutien au monde entier pour notre planète».

Lorsqu’on lui a demandé ce qu’un vote en défaveur de la part du nouveau leader conservateur, Andrew Scheer, enverrait comme message, elle n’a pas répondu directement, mais a signalé que cela placerait le chef de l’opposition officielle en porte-à-faux avec le reste du monde.

«On va attendre de voir qui va voter pour l’Accord de Paris. J’espère que tout le monde votera pour», a-t-elle offert lors d’une mêlée de presse.

«Nous savons que le monde entier va de l’avant, les États-Unis vont dans une différente direction avec la Syrie et le Nicaragua, qui vont être hors de l’Accord de Paris, mais tout le monde va de l’avant. Mais on va voir», a enchaîné Mme McKenna.

La Syrie et le Nicaragua ne sont pas signataires de l’entente conclue en décembre 2015, le premier — plongé dans une guerre civile — n’ayant pas dépêché d’émissaire à la conférence parisienne, et le second ayant refusé de signer un texte qu’il jugeait trop peu ambitieux.

Le nouveau dirigeant des troupes conservatrices a affirmé dimanche dernier lors d’un entretien avec La Presse canadienne que «si les États-Unis se retiraient de l’accord, on doit avoir une conversation», et que «comme opposition, ce sera notre rôle à ce moment-là».

Andrew Scheer avait aussi signalé lors de cette entrevue accordée quelques heures après sa victoire électorale, qu’il y avait selon lui dans cette entente internationale «des aspects dans l’accord qui placent le Canada en désavantage et qu’on doit regarder».

Son porte-parole, Marc-André Leclerc, a fait savoir vendredi après-midi que «comme c’est le cas avec tous les motions du gouvernement, les députés conservateurs vont discuter de cette motion et la position du caucus sera connue au moment opportun».

«Les conservateurs supportent les efforts internationaux concernant les changements climatiques», a-t-il ajouté dans un courriel transmis à La Presse canadienne.

Il est difficile pour les conservateurs de renier le traité paraphé par 195 pays en décembre 2015, car le gouvernement de Justin Trudeau s’est présenté à la conférence sur le climat avec les cibles établies par la précédente administration, celle de Stephen Harper.

Le libellé de la motion libérale

«Que, de l’avis de la Chambre, le changement climatique constitue un problème mondial qui nécessite une solution mondiale; malgré le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris, le Canada demeure résolu à mettre en oeuvre l’Accord, car cela est dans l’intérêt de tous les Canadiens.»

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