Adrian Wyld Adrian Wyld / La Presse Canadienne

OTTAWA — Le gouvernement injectera 62 milliards $ de plus en 20 ans dans les budgets militaires, a indiqué mercredi le ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan, en dévoilant la très attendue nouvelle politique de défense du Canada.

L’essentiel de ces sommes ne sera cependant pas dépensé avant les prochaines élections en 2019. Les responsables soutiennent que ce délai d’allocation est nécessaire pour s’assurer que l’argent sera disponible au moment opportun.

Mais ceux qui attendaient impatiemment de nouveaux investissements en défense craignent maintenant que ce délai puisse permettre au gouvernement de changer d’avis un jour, dans un effort plus large pour réduire son déficit. Ainsi, le gouvernement conservateur avait présenté une ambitieuse politique de défense en 2008, mais avait dû rapidement revoir ses promesses de dépenses, en adoptant des mesures de réductions budgétaires généralisées.

La nouvelle politique de défense, qui se projette sur un horizon de 20 ans, prévoit que les nouvelles sommes promises serviront notamment à recruter 5000 militaires supplémentaires et à rehausser la capacité du Canada, notamment pour lutter contre les cyberattaques. On savait déjà qu’Ottawa prévoit acquérir 88 nouveaux avions de chasse: on confirme qu’il achètera aussi des drones armés pour mener des opérations aériennes.

Le gouvernement libéral souhaite par ailleurs accorder plus de ressources pour soutenir le personnel, en particulier les militaires blessés ou malades, ainsi que leurs proches.

Financement prévisible

La nouvelle politique de défense du Canada, élaborée depuis un an, représente la première mise à jour, en plus de dix ans, des Forces armées canadiennes. Les libéraux souhaitent rehausser considérablement la capacité militaire du Canada pour trois raisons: tensions croissantes entre les puissances mondiales, nature différente des conflits, et avancées technologiques extrêmement rapides.

Le ministre Sajjan a résumé la politique en quelques mots: l’armée canadienne doit être forte au pays, à l’aise au sein de l’Amérique du Nord, et capable d’assumer ses responsabilités internationales. «Il s’agit d’investissements majeurs dans la défense: 70 pour cent d’ici 10 ans», a-t-il rappelé en conférence de presse à Ottawa, flanqué du chef d’état-major de la défense, le général Jonathan Vance.

Le ministre Sajjan a joué d’esquives lorsque les journalistes lui ont demandé si ces hausses substantielles des budgets militaires, qu’il qualifie de «pleinement financées» et de «rigoureusement chiffrées», seraient payées par des déficits ou par des coupes dans d’autres enveloppes.

«Le budget de la défense a été négligé — il était imprévisible, a indiqué le ministre Sajjan. Notre gouvernement propose un financement pérenne et prévisible, parce que c’est ce que souhaite la défense.»

Pressions de Washington

Cette nouvelle politique de défense est dévoilée alors que le Canada et d’autres pays membres de l’OTAN subissent les pressions de Washington pour porter leurs budgets consacrés à la défense à deux pour cent de leur PIB. Le Canada consacre actuellement environ un pour cent de son PIB à la défense, en queue de peloton de l’OTAN, avec quelques autres pays.

Dans sa nouvelle politique de défense, Ottawa soutient cependant que le Canada sous-évalue depuis des années sa contribution réelle, en ne prenant pas en compte des dépenses engagées par d’autres ministères pour des enveloppes comme le maintien de la paix ou les prestations pour anciens combattants. Par conséquent, le budget canadien de la Défense serait plutôt cette année d’environ 1,19 pour cent du PIB, et atteindrait 1,4 pour cent d’ici 2026-2027, estime le gouvernement.

En chiffres réels, cela signifie que le budget de la Défense passera d’environ 18,9 milliards $ cette année à 32,7 milliards $ en 2026-2027 — avec la plus forte hausse, du moins à court terme, prévue en 2020-2021. Ces hausses tiendraient compte du fait que le gouvernement commencera éventuellement à dépenser pour l’achat de 15 destroyers et frégates, qui devaient coûter à l’origine 26 milliards $, mais dont la facture estimée atteindrait plutôt maintenant 60 milliards $.

Ottawa compte aussi finalement acheter ses 88 nouveaux avions de chasse, qui pourraient coûter au total entre 15 et 19 milliards $, soit beaucoup plus que les 9 milliards $ prévus par les conservateurs pour 65 chasseurs F-35.

En toile de fond de cette nouvelle politique — et comme le rappelait mardi la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland —, le gouvernement admet que le Canada ne peut plus compter autant qu’avant sur les États-Unis en matière de défense.

Note aux lecteurs: Ceci est une version corrigée. Une version antérieure rapportait une hausse des budgets militaires annuels de 13,9 milliards $ d’ici dix ans.

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