Colin Perkel Colin Perkel / La Presse Canadienne

OTTAWA — Empêtrée dans une controverse qui s’éternisait et qui faisait les choux gras de l’opposition, confrontée à un possible désaveu du Sénat, Madeleine Meilleur a retiré une épine du pied des libéraux en se récusant du poste de commissaire aux langues officielles.

L’ancienne ministre du gouvernement libéral à Queen’s Park a annoncé au gouvernement de Justin Trudeau qu’elle rendait les armes dans une lettre reçue mercredi par la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly.

«Comme vous le savez, ma nomination a fait l’objet de controverses, ce que je regrette beaucoup», écrit Madeleine Meilleur dans cette missive datée du 6 juin qu’a fournie à La Presse canadienne le bureau de la ministre.

«Considérant cette situation, j’en ai conclu que ma capacité d’assumer cette fonction pleinement et d’agir au nom des Canadiens serait grandement compromise», enchaîne celle qu’avait choisie le premier ministre à l’issue d’un processus qui a fait l’objet de maintes critiques.

La ministre Joly, qui demeurait convaincue, mercredi, que le gouvernement libéral avait déniché «une très bonne candidate», a accepté «bien entendu» la décision dont elle a été informée avec la réception de cette lettre

«Madeleine Meilleur m’a fait savoir qu’elle retirait sa candidature. Alors j’ai eu l’occasion de lui parler un peu plus tôt aujourd’hui. Et bien entendu, j’ai reconnu à quel point sa candidature était une candidature qui était fondée sur le mérite», a-t-elle dit en mêlée de presse.

L’annonce de cette récusation survient deux jours après la comparution de la commissaire désignée au Sénat. Elle y avait reconnu qu’elle avait évoqué «en passant» son intérêt pour le poste avec deux conseillers influents du premier ministre, Gerald Butts et Katie Telford.

Sa prestation devant le comité plénier avait laissé plusieurs membres du Sénat pantois, et le risque que sa candidature soit bloquée était «réel», car la «côte était vraiment impossible à remonter», a indiqué mercredi le sénateur libéral indépendant Serge Joyal.

«Elle a évité de placer les sénateurs dans la position du bourreau. Nous-mêmes, qui avions à prendre cette décision, on se sentait tous inconfortables, mais par ailleurs, on ne peut pas abdiquer notre responsabilité», a-t-il soutenu en entrevue avec La Presse canadienne.

Plusieurs sénateurs ont offert la même analyse: Madeleine Meilleur se dirigeait tout droit vers un mur. Le Sénat plus indépendant que souhaitait Justin Trudeau vient donc de lui servir une rebuffade en faisant avorter sa toute première nomination à un poste d’agent du Parlement.

Le représentant du gouvernement à la chambre haute, Peter Harder, n’a pas voulu se prononcer sur le niveau d’appui dont jouissait la commissaire désignée. «Je ne sais pas. Nous n’avons pas discuté», a-t-il dit en mentionnant que le débat devait reprendre jeudi.

Dans l’autre chambre, l’opposition officielle s’est réjouie de cette «bonne nouvelle» et en a profité pour passer à l’offensive, accusant le premier ministre de s’être «embarrassé lui-même» et d’avoir démontré qu’il avait moins de jugement que la candidate qui a retiré ses billes.

Les conservateurs ont demandé à maintes reprises à Justin Trudeau en Chambre si le processus de nomination serait revu. Le premier ministre, qui a répondu à toutes les questions comme il a pris l’habitude de le faire les mercredis, a esquivé chaque fois.

Lorsqu’elle a annoncé la rétractation de Madeleine Meilleur, tout juste avant la période des questions, la ministre Joly n’a pas précisé si le gouvernement avait exercé des pressions pour convaincre celle qu’il avait choisie de se désister afin de mettre fin à la saga.

Car à l’issue de son témoignage devant la chambre haute, lundi soir, l’ancienne députée provinciale d’Ottawa-Vanier soutenait qu’elle n’avait «absolument pas» l’intention de se récuser du poste, qui est assorti d’un salaire de 314 100 $.

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), qui avait initialement salué la nomination avant de faire marche arrière, a déclaré qu’il était «tout à l’honneur de Madeleine Meilleur, dans les circonstances, d’avoir choisi de retirer sa candidature».

«Avec cette décision, elle a fait passer son engagement envers la dualité linguistique et la francophonie avant ce qu’elle aurait personnellement souhaité. Nous l’en remercions», a déclaré par voie de communiqué la présidente de la FCFA, Sylviane Lanthier.

Du côté de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), où l’on s’apprêtait à déposer une demande de contrôle judiciaire devant la Cour fédérale pour tenter de bloquer la nomination, on s’est dit «soulagé», mercredi.

Mais cette requête, «on va la garder sur le coin du bureau» afin de s’assurer que le processus de nomination «soit repris» et «qu’on ne va pas juste chercher le candidat numéro deux», a prévenu le président de l’organisation, Kevin Arseneau, en entrevue téléphonique.

L’un des candidats écartés en cours de route qui avait publiquement dénoncé le processus de nomination, Michel Doucet, a dit espérer que le gouvernement libéral tirerait des enseignements de cet épisode.

«Ce qui m’intéresse, c’est de voir ce que le gouvernement va faire par la suite sur le plan du processus. Pour moi, Mme Meilleur est une victime du processus comme tel», a-t-il fait valoir à l’autre bout du fil.

Le juriste acadien pense que le fédéral devrait s’inspirer de ce qui se fait du côté du Nouveau-Brunswick, où «ce sont des personnes indépendantes qui font l’évaluation des candidats et des compétences».

Certains ont sourcillé lorsqu’il a été révélé que des hauts fonctionnaires du gouvernement — dont des sous-ministres — avaient participé au processus d’embauche et que c’est Mélanie Joly elle-même qui avait réalisé les entrevues avec les deux derniers candidats en lice.

La ministre du Patrimoine n’a pas précisé quelles étaient les intentions du gouvernement en ce qui a trait au processus de nomination.

«C’est un processus rigoureux et pour nous, le poste de commissaire aux langues officielles est un poste important et j’aurai l’occasion, au cours des prochains jours de vous informer quelles vont être les prochaines étapes», a-t-elle affirmé.

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