TC Media/Archives

MONTRÉAL — Alors que les logements montréalais sur le site d’Airbnb s’envolent à l’occasion du Grand Prix de Montréal, des députés fédéraux et provinciaux demandent au gouvernement québécois d’intervenir pour mieux réglementer cette industrie, qui ferait perdre au gouvernement fédéral 200 000 $ en paiements de taxes seulement pour cette fin de semaine, en plus de déranger les résidants de longue date de plusieurs quartiers.

«En fin de semaine, c’est la F1, on ne sait pas à quoi s’attendre. Qui va débarquer ici ce soir? À quelle heure ils vont rentrer? À quelle heure ils vont partir demain?», a expliqué Georges, un habitant du Plateau-Mont-Royal qui dit vivre en dessous d’un logement loué illégalement par le site d’hébergement.

George et sa colocataire Patricia — qui ont préféré ne pas donner leur nom de famille pour ne pas avoir de problème — ont finalement choisi de déménager quelques rues plus loin parce qu’ils ne supportent plus le va-et-vient incessant.

«C’est catastrophique dans ma vie, ils m’ont épuisée. J’ai des problèmes de santé depuis deux ans et c’est exactement là que ça a commencé. Il faut que je parte d’ici. Mais après 17 ans, faire des boîtes…», a témoigné Patricia.

Le problème est d’autant plus grand qu’une bonne partie des logements affichés sur le site ne sont pas inscrits auprès du ministère du Tourisme comme l’exige la loi. La Presse canadienne révélait il y a quelques semaines que la majorité des Québécois qui placent leur propriété sur Airbnb ou d’autres sites de location ne sont pas inscrits.

Lors d’un point de presse impromptu vendredi après-midi en compagnie de ces résidants, la députée néo-démocrate Hélène Laverdière et le député solidaire Amir Khadir ont exhorté le gouvernement québécois à agir pour éviter de tels «drames humains» et récupérer tout l’argent de cette industrie, qui selon eux, dépasse l’économie de partage.

Par exemple, certains Montréalais se seraient vus forcés de quitter leur logement parce que le propriétaire souhaitait les reconvertir en habitation à louer sur un de ces sites.

«Ce n’est pas contre l’économie de partage. Ça n’a rien à voir avec quelqu’un qui loue une chambre deux semaines à un moment donné dans l’année. C’est juste pour éviter que ça reste le Far West complet, sans contrôle, sans cadre pour cette activité-là», a soutenu Mme Laverdière, qui représente la circonscription montréalaise de Laurier—Sainte-Marie.

«Il y en a d’autres pour qui c’est devenu une activité commerciale très lucrative qui ne respecte pas du tout l’esprit de l’économie de partage», a ajouté M. Khadir, qui est lui-même député de Mercier.

Amir Khadir a d’ailleurs déposé un projet de loi à l’Assemblée nationale qui obligerait les sites comme Airbnb à communiquer à Revenu Québec des renseignements sur les logements et à percevoir les taxes. Ces sites seraient aussi tenus de faire respecter la loi, sans quoi il y aurait des sanctions.

«Il faut que le gouvernement contraigne Airbnb d’être responsable de s’assurer qu’au-delà d’une certaine limite, tous les logements qui ne sont pas munis d’une attestation soient enlevés de leur site», a expliqué M. Khadir.

Selon Québec solidaire, 300 juridictions à travers le monde ont des ententes avec Airbnb pour que le site fasse respecter les lois et perçoive les taxes. À San Francisco, par exemple, la société perçoit une taxe hôtelière pour le compte de la ville.

En entrevue avec La Presse canadienne, le vice-président de Tourisme Montréal, Pierre Bellerose, a admis qu’il fallait «continuer à s’ajuster» à l’arrivée d’Airbnb dans le secteur du tourisme.

Selon lui, les ministères du Tourisme et du Revenu sont en train de réfléchir pour remédier au problème.

«Il faut améliorer les choses, c’est là pour rester, mais il faut mieux faire le « vivre ensemble »», a-t-il indiqué.

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