MONTRÉAL — La crise de la conscription qui divisa profondément le Canada en 1917 et 1918 éclaire encore de nos jours les attitudes actuelles des Québécois envers les guerres et leur propre histoire militaire, soutient l’historien Desmond Morton, de l’Université McGill.

En voici un exemple.

En septembre 1916, au cours de la tristement célèbre et sanglante Bataille de la Somme qui s’étendit pendant cinq mois, un bataillon de Canadiens français établi à Courcelette, un village du nord de la France, contribua à changer le cours de la Première Guerre mondiale.

La majorité des Québécois n’ont sans doute jamais entendu parler de Courcelette, déplore M. Morton.

En fait, quelques villes de la province, comme Sherbrooke, Gatineau ou Longueuil, ont donné un nom de rue à la bataille.

«C’est une histoire militaire qui rendrait fier tout le monde», souligne l’historien.

Selon lui, les Canadiens français ont contribué à la victoire des Alliés.

«Ils ont découvert, sous les ordres de leur colonel, l’art de l’attaque, ajoute-t-il. L’essentiel est de continuer d’avancer sans égards à ceux qui meurent autour de soi.»

M. Morton raconte que le commandant en chef du corps expéditionnaire britannique, Douglas Haig, «remarqua que le seul succès qu’il obtint ce jour-là lui avait été réalisé par le bataillon canadien-français, le Royal 22e bataillon d’infanterie. Cette victoire permit au corps canadien d’être mieux placé pour tenter de conquérir la crête de Vimy.»

Selon Carl Bouchard, un historien de l’Université de Montréal, les Québécois parlent de la Première Guerre mondiale comme de «la guerre oubliée».

Pour les Canadiens anglais, la Grande Guerre est un temps de triomphe militaire, c’est «l’acte de naissance du Canada qui s’ouvrit au monde et amorça son essor».

M. Bouchard estime que cette version de l’histoire peine à obtenir la sympathie des Québécois.

«Tant et aussi longtemps que la Première Guerre mondiale sera considérée comme glorieuse par le Canada, les Québécois ne s’y sentiront pas attachés», souligne-t-il.

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