THE CANADIAN PRESS Jean-Pierre Blais.

OTTAWA — Le président du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), Jean-Pierre Blais, secoue le gouvernement et toute l’industrie médiatique dans son dernier discours. Celui qui termine son mandat le 17 juin — après cinq ans à la tête de l’organisme — a profité de la tribune du Festival mondial des médias de Banff, mardi, pour faire passer son message. La Presse canadienne a pu s’entretenir avec lui.

Faire tomber les murs
Les crédits d’impôt sont «tout aussi dépassés dans le monde actuel que les machines à vapeur et les calèches», soutient Jean-Pierre Blais. Le hic? Les divisions historiques entre la radiodiffusion et les télécommunications. Les crédits d’impôt sont attribués aux producteurs de contenu pour la télévision, alors que les téléspectateurs se trouvent de plus en plus sur les plateformes numériques. «Si les gens sont sur d’autres plateformes, ça ne sert à rien de créer du contenu pour les anciennes plateformes, dit-il. On devrait tout mettre en oeuvre pour s’adapter à l’avenir plutôt que regarder nostalgiquement vers le passé.»

Parlementaires 2.0
Outre les producteurs de contenus, les élus doivent aussi se renseigner sur les nouveaux modèles d’affaires qui voient le jour grâce à cette révolution numérique. «Ils écoutent et passent un petit peu trop de temps avec ceux qui se font bouleverser par les nouvelles technologies», remarque Jean-Pierre Blais qui les invite à se tourner vers les nouveaux créateurs de contenu.

Radio-Canada
Un diffuseur public fort est l’antidote aux radios poubelles de Québec et autres incarnations du phénomène de caisses de résonance, selon Jean-Pierre Blais. Malgré la surabondance de contenus d’informations et d’opinions, les citoyens ont tendance à consulter des sources avec lesquelles ils sont d’accord. Un phénomène accentué par les algorithmes qui amènent les utilisateurs des réseaux sociaux vers du nouveau contenu comparable à celui déjà consulté. Jean-Pierre Blais est d’avis que le diffuseur public a un rôle important à jouer en ligne, mais qu’il devrait investir ses efforts sur la nouvelle et non sur le commentaire. «Tout le monde veut des clics parce que les clics, veulent dire de la publicité, note-t-il. Donc, quand un diffuseur public court après des revenus publicitaires plutôt que la marque qui fait sa raison d’être, c’est-à-dire l’objectivité, la qualité, la référence dans le domaine des nouvelles, on met à risque la marque fondamentale du radiodiffuseur public.»

Indépendance
Jean-Pierre Blais plaide pour que le CRTC devienne encore plus indépendant du pouvoir politique et perméable à ceux qui tenteraient d’influencer ses décisions. L’organisme de réglementation est sans vice-président depuis novembre 2015. Aucun conseiller permanent n’a été nommé depuis l’élection du gouvernement Trudeau. «On a eu un vice-président temporaire, mais quand on commence à nommer des gens pour 3, 4 ou 6 mois, ce n’est pas vecteur d’indépendance», remarque-t-il. Et le gouvernement précédent ne s’est pas gêné pour mettre le CRTC en garde lors des audiences sur l’avenir de la télévision en 2014 contre l’imposition d’une taxe sur les services de vidéo en ligne comme Netflix. «Tant qu’à faire une réflexion sur la Loi sur la radiodiffusion et les télécommunications tel qu’a annoncé le gouvernement, il faudrait peut-être aussi en même temps regarder la gouvernance et particulièrement l’indépendance du CRTC», souligne-t-il.

Série + et Historia
Le CRTC n’a pas l’intention de revoir sa décision sur le renouvellement des licences des services de télévision des grands groupes de propriété de langue française comme l’a demandé le gouvernement du Québec à la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly. Le Bloc québécois a également fait parvenir lundi une lettre à la ministre affirmant que le CRTC nuit aux créateurs québécois. Le CRTC a récemment annulé l’obligation des diffuseurs d’offrir de la programmation originale de langue française, ce qui a mené à l’annulation de trois séries québécoises sur la chaîne Série +. Jean-Pierre Blais note que le gouvernement du Québec n’a participé ni aux audiences sur l’avenir de la télévision ni à celles sur le renouvellement des licences même si dans ce cas, l’intention du CRTC était déjà connue. «S’il y avait un problème, ils auraient pu participer dans le renouvellement des licences, constate-t-il. Ils ne l’ont pas fait.»

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