HO / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — Alors qu’ils doivent déjà composer avec le stress de manquer d’argent, l’incertitude et des paies parfois de 6 $ en raison des ratés du système de paie Phénix, des fonctionnaires fédéraux sont à bout, et doivent maintenant en plus dire adieu à leurs projets de vacances.

Pour Souad Elhaous, recevoir une paie ressemble à la loterie: une est de 1300 $, la suivante de 52$ et au pire, 6$.

«Ce n’est même pas le prix du ticket d’autobus que j’achète».

Depuis avril 2016, la femme, qui travaille comme adjointe administrative à Service correctionnel Canada, dit qu’elle ne sait jamais combien elle va être payée.

Pour les vacances d’été, elle n’est pas en mesure de faire son voyage habituel pour aller voir sa mère au Maroc, entre autres inconvénients et stress financiers. «Ce sera le strict minimum», avance-t-elle au sujet du congé estival.

Elle a participé à une manifestation mercredi, à Montréal, portant un autocollant sur lequel on pouvait lire: «Burnt by Phoenix» (Brûlée par Phénix) — une référence au nom du système et à l’oiseau mythique qui s’enflamme et renaît de ses cendres.

Quelques dizaines d’autres l’ont imitée mercredi, brandissant banderoles et faisant éclater une pinata de l’oiseau jaune et rouge devant le Complexe Guy-Favreau, qui loge quelques ministères du gouvernement fédéral, et aussi devant un édifice de l’Agence du Revenu du Canada.

Ces manifestations éclair ont été organisées par leur syndicat, l’Alliance de la Fonction publique du Canada, en cette semaine nationale de la fonction publique. Si, d’habitude, la semaine sert au gouvernement à remercier ses employés pour leur travail, ceux-ci veulent plutôt dénoncer le manque de respect dont ils estiment faire l’objet. D’autres activités de protestation auront lieu au cours de la semaine dans d’autres villes du pays.

Depuis le début de 2016, les problèmes du système de paie s’accumulent. Ce qui signifie plus d’un an pour certains employés. Si des cas ont été régularisés depuis, entre 80 000 et 90 000 employés reçoivent toujours des paies erronées, avance Magali Picard, vice-présidente exécutive régionale auprès de l’Alliance.

Caroline Allard n’a pas eu une paie exacte en un an.

La femme, qui est agente à l’examen des cas à la Commission des libérations conditionnelles, calcule que son employeur lui doit plus de 3500 $. Sur sa paie la plus maigre, il lui manquait 400 $. Un mois où il a été difficile de payer son loyer, dit-elle.

Et pour les vacances d’été, elle ne peut se le permettre. Son conjoint devra payer, confie-t-elle. Les vacances d’hiver ont été compromises, et sa carte de crédit se remplit.

«Je ne sais pas comment planifier des vacances, j’emprunte à mon conjoint. C’est beaucoup d’incertitude».

Et puis, pas moyen de savoir quand le problème sera réglé.

«J’ai appelé en janvier (Phénix) pour demander où était rendue ma situation et on m’a dit de ne pas rappeler parce que sinon mon dossier va se retrouver en bas de la pile.»

«Alors je n’ai pas rappelé», dit la femme, qui se dit insultée de la façon dont elle est traitée.

Selon Magali Picard, la situation ne s’améliore pas.

«Il y a de nouveaux cas à chaque période de paie», allègue-t-elle.

«On a la certitude qu’ils ont complètement perdu le contrôle sur la situation.»

Quelque 50 000 employés ont reçu en février des relevés d’impôts erronés, ce qui leur complique encore plus la vie. Un travailleur a vu trois corrections de paies en un an, même si sa situation n’a pas changé.

Et si certains reçoivent des paies incomplètes, d’autres sont payés en double. Ce qui entraîne son lot d’inconvénients, lance Mme Picard. Une augmentation de salaire — même erronée — fait grimper le tarif des garderies et diminue les allocations familiales. Et les fonctionnaires devront évidemment rembourser la totalité des sommes payées en trop — un employé a même reçu un surplus de 28 000 $, a indiqué Mme Picard.

Beaucoup de fonctionnaires souffrent, dit-elle, les problèmes financiers abondent, certains ne peuvent payer leur hypothèque ou se servent de leur marge de crédit pour le faire, ce qui crée un stress énorme: il y a des problèmes de dépression, des familles qui sont dans des situations très pénibles.

«Vous ne voulez pas savoir le nombre», a lancé Mme Picard.

Le gouvernement fédéral maintient que la résolution des problèmes de paie demeure une priorité absolue et qu’il travaille d’arrache-pied pour résoudre les problèmes et aider les employés touchés.

Il affirme avoir embauché 230 nouveaux employés pour les centres de service de paie, est-il précisé dans une récente mise à jour de la situation sur la page de Services publics et Approvisionnements Canada, datée du 2 juin.

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