Ron Ward / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — Une quatrième association de professionnels de la santé demande aux gouvernements d’étudier avec sérieux la proposition de fixer à 21 ans l’âge où la marijuana sera légalisée au Canada.

Cette fois, c’est l’Association des spécialistes en médecine d’urgence du Québec (ASMUQ) qui monte au front en invoquant une panoplie de problèmes de santé liés à la consommation de cannabis auxquels les urgentologues sont confrontés sur une base quotidienne.

«Dans les urgences du Québec, on en voit à tous les jours», a expliqué la présidente de l’Association, la docteure Élyse Berger Pelletier, en entrevue avec La Presse canadienne.

«Parfois ce n’est vraiment pas drôle: on voit des troubles de comportement sévères avec de l’agressivité et il faut même attacher les gens», a-t-elle précisé.

«En majorité ce sont des problèmes de santé mentale, mais on voit aussi d’autres problèmes de santé associés du type asthmatique, soit le patient qui fume continuellement du cannabis et qui vient à l’urgence pour une exacerbation aiguë de son asthme, et une maladie qu’on ne voyait à peu près pas auparavant mais qu’on voit maintenant de façon mensuelle, l’hyperémèse, qui est le vomissement excessif relié à la consommation de cannabis», a ajouté l’urgentologue

Quant aux problèmes de santé mentale, Mme Berger Pelletier souligne qu’elle affecte beaucoup les jeunes de 16 à 20 ans et que les conséquences sont souvent plus sévères que l’on pourrait le croire.

«S’il y a une chose qui est scientifiquement prouvée, c’est qu’un sujet qui est déjà enclin à avoir des problèmes de santé mentale et que vous y ajoutez du THC, c’est certain que ça va exacerber ses symptômes. On parle beaucoup de psychose, mais on parle aussi de dépression, d’idées suicidaires, de troubles de comportement, de troubles de personnalité.»

Légalisation? Oui, mais…

«L’espèce de pensée magique voulant que le cannabis c’est relaxe, les gens sont biens là-dessus, nous on dit non, c’est faux. Il y en a plusieurs qui vivent des choses qui ne sont pas proches de l’espèce de légende urbaine qui veut que tout va bien quand on fume un joint», avertit la spécialiste.

Elle précise que son association n’est pas opposée à la légalisation, mais insiste sur le besoin de ne pas banaliser la chose et de l’encadrer de façon intelligente.

Quant à l’argumentaire voulant que les 18 à 20 ans se tournent vers le marché noir pour consommer quand même et perpétuent ainsi le trafic de cannabis comme source de revenu du crime organisé, elle réplique que c’est l’aspect médical qui préoccupe d’abord ses membres.

«Je comprends très bien ce point de vue, mais nous on se rattache sur le point de vue du développement du cerveau jusqu’à l’âge de 25 ans. On préférerait que le message soit clairement envoyé aux jeunes de consommer plus tard.»

Les spécialistes en médecine d’urgence joignent leur voix à celle de l’Association des médecins psychiatres du Québec (AMPQ) qui a demandé le 5 juin dernier des mesures similaires de la part des gouvernements du Canada et du Québec. En avril, l’Association des psychiatres du Canada (APC) avait émis les mêmes commentaires, s’inspirant du mémoire présenté en juin 2016 par l’Association médicale canadienne (AMC).

Ces professionnels de la santé réclament tous qu’il ne puisse y avoir d’achat légal de marijuana avant l’âge de 21 ans. Ils demandent aussi une interdiction de la publicité sur la marijuana de même qu’une concentration maximale de tétrahydrocannabinol (THC) avec une mention du dosage sur les emballages.

Le THC est l’ingrédient qui provoque les effets recherchés par les consommateurs de cannabis.

L’Association des spécialistes en médecine d’urgence du Québec espère aussi l’implantation d’outils de prévention et des programmes d’éducation aux risques de l’utilisation, de même qu’un financement des ressources pour traiter les maladies reliées à la consommation de cannabis.

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