Mike McLaughlin Mike McLaughlin / La Presse Canadienne

SAINT-JÉROME, Qc — L’ancien entraîneur de ski Bertrand Charest, accusé d’avoir agressé sexuellement plusieurs jeunes skieuses sous sa responsabilité il y a une vingtaine d’années, a été reconnu coupable, jeudi, de 37 des 57 chefs d’accusation qui pesaient contre lui.

Charest, maintenant âgé de 52 ans, faisait face à 57 chefs d’accusation, notamment d’agression sexuelle et d’abus de confiance sur 12 skieuses qui étaient âgées entre 12 et 19 ans au moment des crimes et des crimes allégués, entre 1991 et 1998. Il a finalement été acquitté de 18 chefs d’accusation, et la Cour a également déterminé qu’elle n’avait pas juridiction sur deux autres chefs. Les verdicts de culpabilité concernent les crimes commis sur neuf des 12 plaignantes.

«L’accusé a agi comme un véritable prédateur, tissant sa toile soigneusement pour y attirer des jeunes femmes, adolescentes, et exercer sur elles un ascendant total», a conclu le juge Sylvain Lépine, de la Cour du Québec à Saint-Jérôme. «Sa recherche du plaisir sexuel n’avait aucune limite, alors qu’il était en situation d’autorité sur ces jeunes espoirs canadiennes du ski de compétition.»

Plusieurs des victimes étaient présentes, avec des proches, pour entendre la décision du juge Lépine, jeudi matin à Saint-Jérôme. Charest s’est tenu debout et a occasionnellement secoué la tête pendant que le juge rendait son verdict. L’ex-entraîneur était incarcéré depuis son arrestation en mars 2015.

La crédibilité des nombreux témoins était au coeur de ce procès. Là-dessus, le juge Lépine a conclu que les témoignages des plaignantes «sont crédibles et fiables».

La procureure de la Couronne, Caroline Lafleur, a quant à elle exprimé sa satisfaction. «Évidemment, au niveau de la crédibilité, le juge s’est penché sur la crédibilité de toutes les victimes, de tous les témoins et a dit que les victimes avaient une très grande crédibilité, donc je pense que c’est important de prendre en considération que même 20 ans plus tard, ces victimes-là ont porté plainte, ont rendu des témoignages et ont été crues par le tribunal», a-t-elle souligné, ajoutant qu’elle rencontrera les victimes pour se préparer pour la prochaine étape: la détermination de la peine.

Les faits allégués dataient des années 1990 et se sont produits au Québec, de même qu’à Whistler, en Colombie-Britannique, en Nouvelle-Zélande et aux États-Unis. Les crimes sont survenus avant et pendant les années où Bertrand Charest s’est occupé du développement des skieuses chez Canada Alpin, entre 1996 et 1998. Toutes les plaignantes, sauf une, étaient mineures.

Preuve «accablante»

L’un des avocats de Charest, Antonio Cabral, a indiqué jeudi que son client était «déçu» du verdict. «Il s’attendait peut-être à avoir moins de chefs sur lesquels il serait trouvé coupable, mais il a suivi le processus judiciaire du début à la fin et il accepte la décision du juge et donc dans ce sens-là, il est resté positif malgré tout», a-t-il commenté.

«On nous a remis la décision il y a quelques minutes, on l’a entendue comme tout le monde, puis on va l’analyser et décider par la suite», a-t-il par ailleurs précisé lorsque les journalistes lui ont demandé s’il pensait faire appel des verdicts.

Le juge Lépine, qui a qualifié la preuve de la Couronne d’«accablante», a par ailleurs félicité les plaignantes, qui sont venues témoigner avec aplomb et assurance sur des événements qui remontent à 20 ans, et qui ont su maintenir leur crédibilité même en contre-interrogatoire.

Plusieurs skieuses ont témoigné au procès qu’elles avaient eu des relations sexuelles avec Charest, et certaines ont dit que l’accusé était contrôlant et manipulateur avec les athlètes dont il gérait les carrières. Plusieurs des victimes ont déclaré qu’elles se croyaient amoureuses de Charest à l’époque mais en étaient finalement arrivées à la conclusion qu’elles avaient été manipulées par l’homme d’âge mûr.

Une jeune femme a raconté être devenue enceinte alors qu’elle était âgée d’une quinzaine d’années, après avoir eu plusieurs relations sexuelles non protégées avec son entraîneur Charest. L’inculpé l’a ensuite accompagnée à une clinique privée afin qu’elle y subisse un avortement. À la suite de cet avortement, Bertrand Charest lui aurait lui-même procuré des pilules contraceptives, et les relations sexuelles se sont ensuite poursuivies, a-t-elle relaté au procès.

La femme, dont l’identité est protégée par une ordonnance de non-publication comme pour les autres témoins, a raconté qu’elle était jeune et amoureuse de son entraîneur, et que Charest lui disait de ne pas parler de leur relation parce qu’il irait en prison si cela était connu.

Charest n’a pas témoigné au procès. L’un de ses avocats avait déclaré aux journalistes à la fin du procès que bien que Charest ne nie pas avoir eu des relations sexuelles «consensuelles» avec certaines des jeunes skieuses, il ne se reconnaissait pas dans le portrait que la Couronne et ses victimes alléguées ont dressé de lui.

«Il y a eu des relations sexuelles entre M. Charest et certaines des victimes (alléguées)», avait alors dit Antonio Cabral, en mars. «Ce que M. Charest n’était pas prêt à admettre est qu’il s’agissait d’un comportement généralisé et que c’était généralisé avec les 12 victimes (alléguées) tel que rapporté dans les accusations.» Me Cabral a dit que Charest croyait que les relations sexuelles qu’il avait eues avec les jeunes skieuses étaient «consensuelles».

Le juge Lépine a cependant conclu que les jeunes victimes n’auraient pu en aucune façon accorder leur consentement libre et éclairé dans cette relation basée sur la crainte de perdre leur entraîneur. «Le tribunal en vient à la conclusion que pour le cas des attouchements, de même que pour les relations sexuelles complètes, ces jeunes femmes étaient sous l’emprise de l’accusé et ne pouvaient pas consentir.»

Dans un communiqué, Canada Alpin a estimé que le verdict prononcé contre Charest rappelle que l’abus de pouvoir n’a pas sa place dans le sport ou dans la société en général.

Les observations sur la peine sont prévues pour le 23 août.

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