Murray Brewster | La Presse Canadienne

OTTAWA — L’armée canadienne fera tout en son pouvoir pour se débarrasser de sa réputation ternie par l’intolérance et la misogynie. Pour ce faire, elle compte se présenter désormais comme une organisation accueillante pour les Canadiens de toute ethnie, religion ou orientation sexuelle.

Cette démarche — motivée par plusieurs facteurs, dont le besoin de grossir ses rangs — prévoit une démarche pour connecter avec les femmes, les néo-Canadiens, ainsi qu’avec les membres de la communauté LGBT.

La politique de défense du gouvernement Trudeau, qui est assortie d’un investissement de 62M$ supplémentaires dans l’armée d’ici les 20 prochaines années, comprend l’embauche de 3500 nouveaux employés à temps plein et de 1500 réservistes à temps partiel. Cela amènerait les effectifs de l’armée canadienne à leur plus haut niveau depuis la guerre froide.

Mais ce plan amène son lot de défi, en premier lieu celui d’attirer plus de Canadiens dans les Forces armées canadiennes (FAC).

Depuis des années, les FAC peinent à recruter des Canadiens; des milliers de postes demeurent vacants, dont certains de pilotes et de techniciens.

C’est pour cette raison que l’amélioration du système de recrutement est une priorité majeure, selon le lieutenant-général Charles Lamarre, qui dirige le Commandement du personnel militaire, responsable de superviser les ressources humaines dans l’armée.

L’objectif au coeur de cette initiative sera de faire de l’armée une institution plus inclusive, diverse et attrayante pour tous les Canadiens, peu importe leur historique personnel.

«Il n’y a pas seulement des hommes blancs dans notre population», a soutenu le lieutenant-général Lamarre en entrevue avec La Presse canadienne.

«Si on veut avoir les meilleures personnes — les plus intelligentes, les plus habiles, les plus dévouées et les plus ingénieuses — on doit voir plus grand et ne pas exclure des groupes qui pourraient nous être utiles.»

«Une exigence opérationnelle»
L’armée va plus loin que les embauches pour tenter d’améliorer son bilan en matière de diversité et d’inclusion.

Le Chef d’état-major de la défense Jonathan Vance a récemment publié une stratégie sur la diversité, soulignant dans celle-ci que le Canada devenait de plus en plus diversifié et que l’armée devait suivre cette tendance.

Améliorer ce portrait est nécessaire pour attirer et retenir les gens, mais l’armée doit aussi s’assurer de représenter les gens qu’elle a promis de protéger, a souligné le général Vance.

Les forces canadiennes semblent donc amorcer un virage majeur, puisque ses dirigeants reconnaissent la réelle importance de la diversité, a soutenu Alan Okros, un expert sur la diversité dans l’armée au collège des Forces canadiennes à Toronto.

«L’idée que les gens avec différentes perspectives, différentes expériences, différentes compétences feront une armée plus forte s’est formée au cours de la dernière année et demie», a-t-il indiqué.

«Ce n’est pas un luxe, ce n’est pas de l’ingénierie sociale, ce ne sont pas des manoeuvres politiques ou de la rectitude politique. C’est maintenant une exigence opérationnelle.»

Les FAC passent à l’action
Le général Vance a, depuis, pris l’initiative sans précédent d’ordonner à l’armée d’augmenter son pourcentage d’employées féminines de 25 pour cent dans les dix prochaines années, pour qu’il passe à 15 pour cent.

Les recruteurs ont maintenant lancé des campagnes de publicité ciblées vers les femmes qui ont précédemment manifesté l’intérêt de faire une carrière militaire, sans faire le saut.

Pendant ce temps, les hauts commandants révisent tout, allant de l’uniforme, jusqu’aux cérémonies, en passant par les accommodements qui pourraient être accordés sur la nourriture ou la religion, pour évaluer si ces éléments respectent les critères de diversité.

Le lieutenant-général Lamarre prévoit faire une allocution, lundi, à une cérémonie de citoyenneté à Ottawa afin d’expliquer aux néo-Canadiens ce qu’il décrit comme une «façon tangible d’aider leur pays».

Il espère aussi pouvoir rencontrer le chef national de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, et d’autres leaders autochtones afin de discuter des manières de rejoindre les gens de ces communautés.

D’autres dirigeants de l’armée passent à l’action. Le commandant de la Marine royale canadienne, Ron Lloyd, a diffusé une directive la semaine dernière pour encourager les militaires à participer aux défilés de la Fierté en uniforme.

Le général Vance devrait publier la même directive pour le reste de l’armée dans les prochains jours.

Ce n’est pas tout le monde qui est d’accord avec ce virage, dont des gens en uniforme, a admis le vice-amiral Lloyd. Mais changer l’image de l’armée n’est pas un exercice joyeux, a-t-il fait remarquer.

«Pour avoir du succès à l’avenir, nous devons recruter dans toute la population.»

Plusieurs autres chantiers
Il y a d’autres défis que celui de convaincre les militaires de l’importance de la diversité. L’armée tente encore de se distancier de plusieurs années de manchettes négatives sur le traitement des femmes et des membres de la communauté LGBT, notamment en adoptant une politique de tolérance zéro face à l’inconduite sexuelle.

Notons également une indifférence historique des communautés ethniques à l’égard de l’armée, surtout chez les immigrants qui viennent de pays où l’armée a une mauvaise réputation.

Mais il y a aussi le problème — déjà cerné par le vérificateur général Michael Ferguson — du système de recrutement, affecté par la bureaucratie et les compressions de l’ancien gouvernement conservateur.

«Nous sommes assurément encore au stade de la planification. Nous sommes au point de dire: « Que devons-nous faire? »», a souligné le lieutenant-général Lamarre.

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