La présence accrue des toxicomanes près des locaux de l’organisme Cactus sur la rue Sainte-Catherine, où se trouve l’un des trois nouveaux sites d’injection supervisée (SIS) de Montréal, inquiète des résidants de l’arrondissement Ville-Marie.

La ministre de la Santé publique Lucie Charlebois était accompagnée du maire de Montréal Denis Coderre et du député fédéral Joël Lightbound pour inaugurer ces nouveaux centres, lundi.

On part de la base que le service existe, que nous sommes présents et que oui: des gens vont circuler et utiliser le service. On accorde une importance à s’assurer que notre présence demeure calme et respectueuse. – Sandhia Vadlamudy, directrice générale de Cactus

Des voisins du nouveau SIS de l’organisme Cactus, ouvert depuis une semaine, ont profité de l’occasion pour interpeller le maire et se plaindre des nuisances engendrées par la nouvelle «piquerie». «Il n’y avait jamais de seringues sur la rue, maintenant il y en a plein. Les gens attendent leurs vendeurs en avant, il y a des prostitués qui prennent des clients», s’est exclamé Daniel Marangère, un voisin.

«On est dans des logements sociaux, nous. On ne peut même pas déménager, on est pris avec ça. On ne dort plus, on a plus de patience», a ajouté Chantal Beauregard, une résidante de la rue Berger, où est situé le SIS.

M. Coderre s’est voulu rassurant: «On veut s’assurer que ça soit sécuritaire. Il y a un travail qui va se faire avec les professionnels de la santé, a-t-il répondu. Les gens ne se piqueront pas à l’extérieur, ils vont faire ça en dedans».

La directrice générale de Cactus, Sandhia Vadlamudy, a rappelé que le SIS n’en était encore qu’à ses débuts et que des ajustements seraient apportés. «Dans l’exercice de la chose au quotidien, on découvre comment ça se passe. On a des ajustements à faire avec notre voisinage, nos voisins immédiats, qui assistent à notre arrivée. La semaine dernière, on a échangé avec les voisins et on tente d’établir un équilibre, mais un équilibre mutuel.»

Depuis l’entrée en fonction des SIS, les organismes ont enregistré quelques dizaines d’usagers par jour. Ils s’attendent toutefois à ce que ce chiffre augmente dans les prochaines semaines.

Des avantages pour la population
En conférence de presse, le maire et la ministre de la Santé publique ont précisé qu’ils entendaient les préoccupations des citoyens, mais que les SIS demeuraient la meilleure solution pour protéger les plus vulnérables. «Elles sont déjà là, ces personnes [toxicomanes], a répondu Lucie Charlebois. Il y a des gens qui peuvent être en surdose [à l’extérieur], alors que là, on va être capable de les aider sur place, éviter les surdoses, le partage de seringues et la présence de seringues [sur le sol]».

En plus de prévenir les infections transmises par le sang, de stabiliser l’état des toxicomanes et de mieux les soutenir dans le traitement de leur dépendance, l’arrivée de ces SIS devrait amener plusieurs avantages pour l’ensemble de la population, a répété la ministre: «Un avantage qu’on ne nomme pas beaucoup, c’est qu’on va  réduire la nuisance causée par la consommation de drogues dans l’espace public.»

Avant l’ouverture des SIS, des organismes distribuaient des seringues stériles aux toxicomanes. Ceux-ci ne pouvaient toutefois pas s’injecter sur place.

L’organisme Dopamine, situé dans Hochelaga et l’unité mobile L’Anonyme offrent aussi les services d’injection supervisée depuis le 19 juin dernier. La proximité d’un quatrième site à une école, avait aussi soulevé les inquiétudes de la Commission scolaire de Montréal. Son ouverture est prévue pour la rentrée.

Le gouvernement du Québec a investi 12 M$ dans la mise en place des SIS de la métropole.

Un exemple à suivre
Ces quatre nouveaux centres montréalais, résultats d’un «travail de longue haleine» des trois paliers gouvernementaux, devraient pouvoir servir de modèle aux autres régions touchées par les problèmes de consommation, avance Mme. Charlebois.

«Je pense que ça va servir à d’autres endroits [dans la province], comme projet novateur», a annoncé la ministre de la Santé publique. La ville de Québec se prépare d’ailleurs à former son premier plan d’action en prévoyance d’un éventuel SIS. «Ça va être beaucoup plus facile pour eux d’élaborer leur plan de travail, parce que quelqu’un d’autre avant eux qui a cette expertise-là et la patience».

Selon les données des organismes présents à l’inauguration, 4000 personnes s’injectent à Montréal.

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