QUÉBEC — Le gouvernement Couillard investira 1,5 milliard $ d’ici trois ans dans des projets verts afin de réduire la dépendance des Québécois au pétrole.

Le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, a dévoilé lundi un premier plan d’action qui découle de la Politique énergétique 2030.

Ce plan — qui reçoit un accueil mitigé — contient 42 mesures visant à accélérer la transition vers des sources d’énergie propre, notamment l’hydro-électricité, l’éolien, le solaire et le gaz naturel. Le but est de réduire de 40 pour cent le pétrole consommé dans la province d’ici 2030 et d’éliminer complètement l’utilisation du charbon.

Le gouvernement demandera entre autres à Hydro-Québec de développer son expertise en matière de production d’électricité solaire, d’aménager un parc solaire d’ici la fin de l’année et de prévoir un projet de démonstration d’une maison «intelligente et solaire».

Il augmentera sa capacité de production d’hydro-électricité, tout en ciblant la conversion des systèmes de chauffage au mazout dans 25 000 ménages au Québec d’ici 2020.

De plus, un pan majeur de l’action gouvernementale consiste à encourager les Québécois à acheter des voitures et des camions propres; le ministre Arcand se fixe un objectif de 100 000 véhicules électriques sur les routes du Québec en 2020.

Le Québec en compte actuellement 16 000.

Il s’engage donc à maintenir les subventions à l’achat, à continuer d’installer des bornes de recharge, à tester l’utilisation de voitures à l’hydrogène, à reconduire le programme Écocamionnage et à introduire des incitatifs pour l’achat et la conversion de camions. En 2020, le ministre espère voir sur les routes 15 000 camions roulant au propane et 12 000 au gaz naturel.

Québec imposera par ailleurs aux distributeurs de produits pétroliers un seuil minimal de 2 pour cent de contenu renouvelable dans le diesel et de 5 pour cent dans l’essence.

La Fédération des chambres du commerce du Québec (FCCQ) a accueilli favorablement le plan d’action. L’organisme a salué l’extension du réseau de gaz naturel dans les régions actuellement non desservies, notamment à Thetford Mines, Saint-Marc-des-Carrières et Saint-Éphrem-de-Beauce.

La FCCQ trouve aussi positive la conversion de camions, étant donné que 46 pour cent des émissions de gaz à effet de serre (GES) proviennent du secteur des transports.

«Nous croyons que la transition énergétique doit se faire en développant le portefeuille énergétique pluriel du Québec et c’est ce que l’on retrouve dans ce plan», a affirmé Stéphane Forget, président-directeur général de la FCCQ.

Il a du même souffle invité le gouvernement à poursuivre l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures car, selon lui, l’utilisation des hydrocarbures demeure nécessaire même dans un contexte de transition énergétique.

Le président-directeur général du Conseil du patronat, Yves-Thomas Dorval, a abondé dans le même sens. Il a applaudi le fait que le gouvernement veuille «doter le Québec de la bonne énergie au bon endroit, en combinant les qualités des énergies renouvelables et fossiles, et en valorisant le rôle joué par Hydro-Québec et Gaz Métro dans notre économie».

M. Arcand élaborera le cadre réglementaire applicable aux activités d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbures dès cet automne. Il permettra entre autres aux municipalités de désigner les zones qu’elles croient incompatibles avec l’extraction.

«Saupoudrage de mesures»

Si le plan a été bien accueilli par la communauté d’affaires, il en était tout autrement du côté du Parti québécois et d’au moins deux groupes environnementaux.

Ceux-ci ont jugé inatteignables les cibles mentionnées dans le plan.

«Nous, on pense que le gouvernement improvise, a affirmé en entrevue téléphonique le député péquiste Sylvain Rochon. C’est un saupoudrage de mesures. (…) Depuis des années, le gouvernement libéral tente de soutenir une multitude de projets-pilotes qui souvent deviennent des éléphants blancs.»

Le Québec s’est engagé non seulement à réduire de 40 pour cent sa consommation de pétrole, mais aussi de réduire de 37,5 pour cent ses émissions de GES d’ici 2030 par rapport à 1990, et de 80 à 95 pour cent d’ici 2050.

Rien dans le plan ne laisse présager que la province atteindra ces cibles, selon Patrick Bonin, de Greenpeace. «Il y a encore beaucoup trop de place qui est faite au gaz naturel, a-t-il dit. On se souvient qu’une bonne partie provient entre autres du gaz de schiste. On ne comprend pas non plus l’obsession de revenir avec des grands projets de barrage, des mini-centrales. (…) Ce sont des moyens de produire de l’électricité qui restent très dommageables pour l’environnement.»

Le plan aurait pu être beaucoup plus agressif, a pour sa part soutenu Sidney Ribaux, d’Équiterre.

«On pourrait dire que c’est un pas dans la bonne direction, mais en 2005 on aurait dit ça, en 2010 on aurait dit ça. En 2017, avec l’Accord de Paris qui a été signé, avec la réaffirmation par tous les gouvernements de la planète de l’importance de l’Accord de Paris, lorsque M. (Donald) Trump s’est retiré de cet accord-là (…) il faut se mettre sur une trajectoire où on atteint les objectifs de Paris», a-t-il déclaré.

Les groupes environnementaux soutiennent qu’il aurait été important d’inclure un volet sur le transport en commun.

M. Arcand, qui était en déplacement aux Îles-de-la-Madeleine lundi, n’a pas donné suite aux demandes d’entrevue de La Presse canadienne.

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