(Photo: TC Media - Archives)

QUÉBEC — La décision du ministre de la Santé Gaétan Barrette d’aller en appel d’offres pour obtenir des médicaments génériques à meilleur prix a fait bondir mercredi l’Association canadienne du médicament générique (ACMG), qui le somme de mettre un terme à ce processus «risqué».

Les coûts des médicaments génériques s’élèvent à 800 millions $ par année pour le gouvernement du Québec. Des enquêtes de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) obtenues par Radio-Canada l’automne dernier ont révélé d’importants écarts entre le prix d’achat et le prix de vente. Par exemple, un pot d’amlodipine contre l’hypertension payé 9 $ était vendu en pharmacie 179 $.

Mercredi, M. Barrette a affirmé que les négociations qu’il avait entreprises afin de faire baisser les prix ont achoppé, les représentants de l’industrie s’étant retirés sans donner d’explications.

Sa confiance envers l’industrie pharmaceutique «ébranlée», le ministre a donc annoncé qu’il lancera un appel d’offres le 1er juillet, tel que lui permet la loi 81 adoptée l’an dernier. Cela permettra au gouvernement de retenir l’offre du plus bas soumissionnaire.

«C’est un monde particulier, a affirmé M. Barrette en mêlée de presse. La meilleure démonstration de ça, c’est qu’on a besoin de lois pour avoir un levier pour avoir le meilleur prix possible.»

La «main invisible»

Le principe de base en économie, selon lequel le marché génère toujours le plus bas prix possible, n’opère manifestement pas dans le monde du médicament, a martelé le ministre Barrette.

Les prix sont souvent «très similaires d’une compagnie à l’autre, ce qui est très étonnant», selon le ministre, qui n’est toutefois pas allé jusqu’à accuser les compagnies pharmaceutiques de collusion.

M. Barrette a évoqué la théorie de la «main invisible» de l’économiste Adam Smith: l’ensemble des actions individuelles des acteurs économiques, guidées par l’intérêt personnel de chacun, doit contribuer normalement à la richesse et au bien commun.

«Faites apparaître la main, parce que moi j’ai une main invisible et la main a servi d’ailleurs à faire un appel d’offres», a-t-il lancé, sourire en coin.

M. Barrette a par ailleurs invité le Bureau de la concurrence à surveiller la situation de très près.

L’ACMG évoque le risque de pénuries

Pour Jim Keon, président de l’ACMG, le Québec s’engage dans un processus «risqué» pour lequel les économies réelles sont inconnues.

L’appel d’offres «perturberait l’approvisionnement actuel et futur en médicaments génériques moins chers, en plus de fragiliser les emplois et les investissements importants de cette industrie au Québec», a indiqué M. Keon par voie de communiqué.

Il est risqué de limiter le nombre de fabricants pour un produit donné, surtout si les plus bas soumissionnaires utilisent la même matière première, résume-t-on.

La proposition faite au ministre Barrette au début du mois aurait permis au Québec d’économiser 1,5 milliard $, a fait valoir M. Keon, tout en invitant le ministre à reprendre immédiatement la négociation.

Les fabricants de médicaments comme Pro Doc — propriété de Jean Coutu — craignent une érosion de leurs profits si d’autres distributeurs sont en mesure de décrocher des contrats exclusifs d’approvisionnement.

Plus complexe que l’on pense, selon l’Ordre des pharmaciens

Du côté de l’Ordre des pharmaciens du Québec, on reconnaît que les prix des médicaments sont trop élevés, mais on prévient qu’imposer un médicament plutôt qu’un autre à certains patients en raison de l’appel d’offres pourrait les perturber.

«Par exemple, les épileptiques, est-ce qu’on veut changer quelque chose qui fonctionne? Pas sûr. Est-ce qu’on veut changer des choses chez les patients en santé mentale pour qui juste changer un peu la couleur du comprimé dès fois ça débalance? Pas sûr», a résumé le président de l’Ordre, Bertrand Bolduc, en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.

«Allons-y de façon intelligente et progressive», a-t-il prévenu.

Pour sa part, l’analyste Keith Howlett, de Desjardins Marchés des capitaux, a soutenu mercredi que «la décision de lancer des appels d’offres plutôt que de conclure une entente négociée prolongera la réforme en cours concernant les médicaments génériques, fera grimper le niveau d’incertitude en plus d’élargir le spectre des potentiels dénouements.»

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