Graham Hughes | La Presse Canadienne

MONTRÉAL — Parmi les Montréalais qui célébreront la fête du Canada, samedi, on retrouvera un homme qui se souvient d’une époque lors de laquelle il avait marché dans les rues pratiquement seul.

Roopnarine Singh, un docteur montréalais né à Trinidad, a organisé le premier défilé de la fête du Canada en 1978. Il avait été horrifié de constater qu’il n’y avait aucune célébration pour marquer l’anniversaire de son pays d’adoption.

Le Québec avait élu son premier chef de gouvernement souverainiste, René Lévesque, et peu de personnes semblaient enthousiastes à l’idée de prendre part à un rassemblement patriotique envers le Canada.

Alors, quand les nuages ont surgi dans le ciel le jour «J», les quelques amis de M. Singh qui avaient accepté de l’accompagner ont presque reculé, a raconté l’homme aujourd’hui âgé de 80 ans.

«J’ai dit: « Si vous ne venez pas, j’ai un permis et un gros drapeau canadien, et, moi seul, je marcherai dans la rue »», a-t-il confié lors d’une entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.

Finalement, le défilé a eu lieu avec quelque 20 participants.

«Tout le monde a ri de nous.»

Malgré des débuts difficiles, M. Singh a ensuite organisé le rendez-vous annuel pendant 26 ans, se faisant surnommer «M. Canada».

À certains moments, il a fait face à des critiques pour son patriotisme sans retenue, dans une province où la fête du 1er juillet est traditionnellement synonyme d’ambivalence.

M. Singh se souvient d’années de lutte afin de maintenir le financement de son événement, lequel est parfois devenu une épine dans le pied de leaders politiques qui ne voulaient pas susciter l’ire des séparatistes dans les années précédant et suivant les deux référendums sur l’indépendance du Québec.

Le cardiologue à la retraite, qui est arrivé au Canada à l’âge de 24 ans, n’a jamais semblé avoir de réticence à exprimer son amour pour son pays.

Lors d’un séjour en camping, il a réalisé que «ce pays était dix pays (et que) ce pays avait le plus grand potentiel de tous les pays dans le monde», a-t-il dit.

«Et même si (ce pays) est limité en termes de population, de liberté, de sécurité, de prospérité et de paix, il n’y a pas de nation plus formidable que le Canada.»

Son opposition au mouvement séparatiste québécois lui a attiré, à l’occasion, des menaces qu’il a reçues au téléphone. Quelqu’un a en outre déjà lancé une brique affublée d’un message politique à la fenêtre de sa maison, selon M. Singh.

L’octogénaire souligne cependant qu’il a également reçu beaucoup d’aide de certains Québécois francophones, dont un qui aurait payé pour les prestations de groupes musicaux à l’occasion de la célébration du 1er juillet.

M. Singh partage aujourd’hui son temps entre Trinidad et Toronto, mais il a soutenu qu’il allait être à Montréal pour participer à ce qui pourrait être, pour lui, son dernier défilé de la fête du Canada.

«Cette année, j’aurai 81 ans, alors je ne sais pas pendant combien de temps encore je pourrai (participer), mais je suis ici parce que c’est la 150e année du Canada et je ne suis pas certain pendant combien d’années de plus je pourrai venir», a-t-il conclu.

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