RIDM Omar Khadr

TORONTO — Si les organismes de défense des droits de la personne ont applaudi la décision du gouvernement canadien, qui présentera ses excuses à Omar Khadr en plus de lui remettre 10,5 millions $ pour les traitements qu’il a subis à la prison militaire américaine de Guantanamo, d’autres se sont indignés à l’idée que le Canada indemnise un «terroriste» et un «meurtrier».

Omar Khadr a reconnu avoir tué un soldat américain en Afghanistan quand il avait 15 ans, ce après quoi il avait été capturé et emprisonné. M. Khadr, qui est né au Canada, a été détenu entre autres dans la tristement célèbre prison de Guantanamo où, selon la Cour suprême du Canada, il a été interrogé dans des «circonstances abusives».

M. Khadr sera dédommagé selon les termes d’une entente intervenue le mois dernier entre ses avocats et le gouvernement fédéral, a révélé un responsable sous le couvert de l’anonymat.

Amnistie internationale, qui décrit Omar Khadr comme un «enfant soldat», a salué la décision du gouvernement fédéral, rappelant que les droits du jeune homme avaient été «constamment violés».

«Enfin!», a lancé Anne Sainte-Marie, responsable des communications pour Amnistie internationale Canada francophone, en entrevue avec La Presse canadienne.

«Comme la Cour suprême l’a dit à trois reprises, de façon unanime, le gouvernement canadien s’est trouvé à manquer à ses obligations à l’égard d’Omar Khadr, et a été même complice des violations des droits humains qu’il a subies aux mains des Américains à Bagram et à Guantanamo. Le Canada ne peut pas décider que dans certains cas, (il) respecte ses obligations comme signataire de traités, et que dans certains cas, il ne les signe pas. Quand on est contre la torture, on est contre la torture en toutes circonstances.»

Pascal Paradis, de l’organisation Avocats sans frontière, estime que le Canada a «participé à la violation des droits fondamentaux» d’Omar Khadr, notamment lorsqu’il était à la prison de Guantanamo, où «c’était connu du Canada» que le jeune homme recevait des «traitements cruels, inhumains et dégradants».

Selon Me Paradis, le Canada s’est rendu «responsable» de ces violations, dont le fait que M. Khadr n’ait pas eu droit à un procès en tant que mineur, ce qu’il était à l’époque.

«Lorsqu’il a été capturé en Afghanistan, c’était un mineur. Il fallait déjà le traiter comme un mineur parce que le droit international a établi que ces personnes-là sont autant des victimes des graves conflits qui ont cours sur la planète», a-t-il affirmé en entrevue téléphonique.

Maher Arar, un ingénieur canadien qui avait lui aussi été dédommagé par le gouvernement fédéral pour son traitement dans une prison syrienne, s’est également réjoui de la nouvelle.

«Ces bigots qui se plaignent de l’argent qu’obtiendra Omar Khadr demanderaient sans doute 1 milliard $ si une fraction de ce qu’il a vécu leur arrivait», a-t-il écrit sur Twitter.

La Fédération canadienne des contribuables outrée

Or, d’autres considèrent M. Khadr comme un «terroriste» et un «meurtrier» et s’expliquent mal pourquoi le Canada lui versera une compensation.

La Fédération canadienne des contribuables a lancé une pétition pour s’opposer au versement de millions de dollars.

«M. Khadr a admis avoir tué un soldat américain alors qu’il combattait avec Al-Qaïda en Afghanistan. La notion que les contribuables canadiens doivent être responsables de payer 10 millions $ à une telle personne est choquante», affirme la fédération par communiqué.

L’ex-député conservateur et actuel chef de l’Association progressiste-conservatrice de l’Alberta, Jason Kenney, s’est tourné vers les médias sociaux pour manifester son désaccord, se disant «outré» qu’un «terroriste» se voie «donner 10 millions $ par Justin Trudeau».

Le député conservateur Tony Clement a même exhorté M. Khadr à donner l’argent qu’il recevra à la famille du défunt soldat américain.

Omar Khadr avait plaidé coupable en 2010 d’avoir lancé la grenade qui a tué le soldat Christopher Speer. Il avait été condamné à huit ans de prison, en plus du temps déjà passé derrière les barreaux. Il est rentré au Canada deux ans plus tard pour purger le reste de sa peine et a été libéré en mai 2015 pendant que ses avocats contestaient ses aveux de culpabilité — qui, selon lui, ont été faits sous la contrainte.

La Cour suprême du Canada a tranché en 2010 que des agents canadiens du renseignement avaient obtenu des renseignements d’Omar Khadr dans des «circonstances abusives», comme la privation de sommeil, lors d’interrogatoires menés à Guantanamo en 2003. Ces renseignements ont ensuite été partagés avec les États-Unis.

M. Khadr a été le plus jeune et le dernier Occidental détenu à la prison militaire américaine de Guantanamo, à Cuba.

Poursuite de 20 millions $

Ses avocats avaient intenté une poursuite de 20 millions $ pour emprisonnement injustifié contre le gouvernement canadien, à qui ils reprochaient d’avoir contrevenu au droit international en ne protégeant pas un citoyen et en complotant avec les États-Unis pour maltraiter Omar Khadr.

Un porte-parole du ministre de la Justice n’a pas immédiatement répondu aux demandes d’entrevue à ce sujet.

«Il y a depuis plusieurs années un processus judiciaire qui se déroule sur ce cas-là, et nous anticipons, comme d’autres gens le font aujourd’hui dans les journaux, que ça va venir à son terme très bientôt», a pour sa part déclaré le premier ministre Justin Trudeau mardi lors d’une conférence de presse à Dublin, où il a rencontré son homologue irlandais Leo Varadkar.

La veuve de Christopher Speer et un autre soldat américain devenu aveugle à la suite de l’explosion de la grenade en Afghanistan ont intenté une poursuite contre Omar Khadr pour homicide délictuel et blessures, en 2014.

Un juge américain leur a accordé 134,2 millions $ US en dommages en 2015, mais les plaignants étaient conscients qu’ils avaient peu de chance d’obtenir quoi que ce soit étant donné que M. Khadr réside au Canada.

Les avocats du Canadien ont longtemps dit que leur client avait été forcé de faire la guerre par son père, Ahmed Saïd Khadr, dont la famille a habité brièvement avec Oussama ben Laden quand Omar Khadr était enfant. Le père Khadr, un homme originaire de l’Égypte, a été tué en 2003 lorsqu’un hélicoptère militaire pakistanais a frappé la maison où il résidait avec des agents d’Al-Qaïda.

À sa sortie de prison en Alberta en 2015, Omar Khadr s’était excusé auprès des familles des victimes. Il a indiqué qu’il rejetait l’idée d’un djihad violent et qu’il souhaitait obtenir un nouveau départ afin de terminer ses études et travailler dans le domaine de la santé. Il réside actuellement dans un appartement d’Edmonton.

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