Marc Grandmaison

MONCTON, N.-B. — L’ancien commissaire de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a été «artificiel» dans son témoignage au procès de la police fédérale, selon la Couronne, qui argue que l’ancien dirigeant a été pleinement conscient pendant des années que ses agents étaient à risque avant qu’une fusillade mortelle ne survienne à Moncton.

Dans sa plaidoirie finale, mardi, le procureur Paul Adams a qualifié le témoignage du commissaire de la GRC à la retraite, Bob Paulson, de «pratiquement incompréhensible». Il lui a aussi reproché de s’être contredit en refusant catégoriquement de reconnaître que ses agents n’étaient pas formés et équipés adéquatement pour faire face à la fusillade, malgré les nombreuses preuves qui indiquent le contraire.

M. Paulson avait déclaré qu’il avait été impliqué dans les discussions initiales visant à fournir aux policiers des carabines C8, ce que la GRC avait approuvé en septembre 2011. Il a ajouté que les agents étaient formés en conséquence et que la distribution était raisonnable.

Me Adams a affirmé qu’il était «décevant» que M. Paulson serve des arguments «évasifs et artificiels».

Le juge de la cour provinciale du Nouveau-Brunswick, Leslie Jackson, a réservé sa décision jusqu’au 29 septembre.

La GRC fait face à quatre chefs d’accusation en vertu du Code du travail parce qu’elle n’aurait pas offert aux policiers la formation et l’équipement nécessaires pour faire face à un tireur lourdement armé et embusqué en pleine ville. Le 4 juin 2014, Justin Bourque avait réussi à tuer trois policiers et à en blesser deux autres à Moncton, au Nouveau-Brunswick.

Les carabines C8 — une version de fusil d’assaut semblable à un M16 — n’étaient pas à la disposition des agents lors des événements. Plusieurs témoins au procès civil ont soutenu que cette arme plus puissante et à plus longue portée aurait pu modifier le cours des événements ce soir-là.

Selon Me Adams, des décès et des blessures auraient pu être évités si la GRC avait fourni tout le matériel requis et la formation.

Plus tôt dans la journée, un des avocats de la GRC avait plaidé que le corps policier fédéral avait fait preuve de «diligence raisonnable» dans le déploiement de carabines au sein de ses détachements.

L’avocat de la GRC Ian Carter a soutenu que c’est la bureaucratie qui dicte la façon dont fonctionnent les gouvernements, et que pour plusieurs raisons, notamment budgétaires, le déploiement des carabines avait dû se faire de façon progressive. Ce qui ne veut pas dire que la GRC n’avait pas fait preuve de diligence raisonnable dans tout le dossier des carabines, a plaidé Me Carter.

«Ce n’est pas comme si (l’état-major de la GRC) s’était croisé les bras», a-t-il dit. «Est-ce qu’on aurait pu faire les choses un peu différemment? Peut-être, mais en rétrospective, tout est parfait.»

Un autre avocat de la GRC, Mark Ertel, avait plaidé plus tôt que le corps policier n’aurait pu raisonnablement prévoir ce type de fusillade dans le cadre de sa formation dispensée aux agents. Il a par ailleurs répété que la GRC ne pouvait être tenue responsable de la mort des policiers Fabrice Gevaudan, Dave Ross et Doug Larche.

Aussi dans National :

Nous sommes présentement en train de tester une nouvelle plateforme de commentaires sur notre site web. Grâce à Facebook Comments, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!