QUÉBEC — La municipalité de Baie-Trinité a conclu une entente avec Caroline Lamarre, cette ex-employée qui a été agressée sexuellement par le maire Denis Lejeune.

Selon l’entente confidentielle signée le mois dernier, Mme Lamarre accepte d’abandonner ses démarches pour réintégrer son emploi à la municipalité en échange d’une compensation.

«J’ai décidé de baisser les armes, a-t-elle déclaré en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne, lundi. Il n’y pas de gagnant, il n’y a pas de perdant.»

Celle qui affirme «partir la tête haute» dit avoir retrouvé une «paix intérieure» et un «goût de liberté» après plusieurs années difficiles. «Je suis très fière d’avoir cru en mes valeurs, d’avoir cru en mes convictions», a-t-elle renchéri.

Mme Lamarre ne travaille plus depuis 2013, tandis que Denis Lejeune, lui, continue de siéger comme maire. Elle avait dénoncé la situation lors d’un point de presse fort en émotions le 17 mai dernier, à Québec.

Denis Lejeune a été reconnu coupable d’agression sexuelle en juillet 2015, mais a pu poursuivre son mandat, car la loi sur les élections et les référendums dans les municipalités permet à un élu coupable d’un tel délit et condamné à moins de 30 jours de prison de continuer d’exercer ses fonctions. Il avait écopé de 120 heures de travaux communautaires et d’une période de probation de deux ans, en plus de devoir faire un don de 4000 $.

En 2016, le ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, a fait adopter la loi 83 qui soumet les élus municipaux à des normes éthiques beaucoup plus sévères.

Les maires reconnus coupables d’une infraction au Code criminel seront à l’avenir aussitôt destitués. Denis Lejeune a jusqu’en août pour en appeler du refus de sa demande d’appel. S’il ne le pas fait dans les délais, un citoyen pourra alerter la Commission municipale, qui enclenchera le processus de destitution.

«Un très beau nouveau départ»

Mme Lamarre a préféré ne pas attendre jusqu’en août pour quitter Baie-Trinité. La plus jeune de ses cinq enfants est victime d’intimidation, a-t-elle affirmé.

Elle dit maintenant vouloir tourner la page et fonder sa propre entreprise de zoothérapie. Elle ouvrira prochainement un ranch à Pointe-aux-Anglais, entre Sept-Îles et Baie-Comeau, pour aider les gens aux prises avec des difficultés.

L’idée lui est venue naturellement. «Les gens viennent vers moi pour du support, ceux qui vivent la même chose, ils viennent vers moi, ils me tendent la main. Je peux donner au prochain», a-t-elle déclaré, se réjouissant d’être devenue un «modèle» pour plusieurs, y compris ses enfants.

«C’est un bagage extraordinaire que j’ai ramassé en quatre ans, mais mon Dieu qu’il a fallu que j’en bave pour ça.»

Cette fois, il n’y aura pas de «boss au-dessus de moi pour me faire du mal», a-t-elle ajouté, en promettant que l’endroit sera «magique», un «très beau nouveau départ».

Lundi, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), qui a appuyé Mme Lamarre dans sa cause, s’est dit satisfait de l’entente conclue avec la municipalité, qui met fin à une «histoire horrible».

«Lui (Denis Lejeune) est encore là. Ce que ça dit sur la société, je ne le sais pas, mais je suis contente que Caroline va pouvoir tourner la page», a affirmé Lisa Djevahirdjian, porte-parole du SCFP.

Un employé de Baie-Trinité contacté par La Presse canadienne lundi s’est refusé à tout commentaire.

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