La Presse canadienne Julie Payette en compagnie du premier ministre Justin Trudeau.

OTTAWA — Julie Payette accepte avec «grande humilité» le poste de gouverneur général du Canada, un rôle qui lui offre une «incroyable occasion» de servir le Canada une deuxième fois, «sur terre», après l’avoir fait «comme astronaute à l’extérieur de la planète».

«Je suis ici au service des Canadiens. J’y mettrai tout mon enthousiasme, toute mon énergie», a-t-elle lancé, visiblement émue, en conférence de presse avec le premier ministre Justin Trudeau dans le foyer du Sénat, jeudi après-midi.

La Québécoise âgée de 53 ans a tenu à exprimer sa «sincère gratitude» à celui qui a choisi de lui confier les commandes de Rideau Hall ainsi qu’à la reine Elizabeth II, qui a approuvé la nomination lui ayant été recommandée.

Le premier ministre Trudeau avait profité de son audience avec la monarque britannique à Édimbourg, la semaine passée, pour lui parler de cette candidate «incontestablement qualifiée» pour être sa représentante au Canada.

«Je sais qu’elle sera une excellente gouverneure générale. J’attendrai avec impatience la cérémonie qui soulignera son installation cet automne», a-t-il affirmé jeudi, vantant la brillante carrière de celle qui, avec sa capacité à «rêver grand», incarne à merveille les valeurs canadiennes.

Londres a avalisé la désignation. «Sa Majesté la reine, sur recommandation du premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a approuvé la nomination de Julie Payette comme prochaine gouverneure générale du Canada», a signalé jeudi dans un communiqué le palais de Buckingham.

Quant à l’actuel titulaire du poste, David Johnston, il a salué celle qui deviendra en septembre la 29e gouverneure générale du Canada, et la quatrième femme à s’installer à Rideau Hall, après Michaëlle Jean, Adrienne Clarkson et Jeanne Sauvé.

«Mme Payette est l’une des citoyennes les plus remarquables et accomplies du Canada», a-t-il déclaré par voie de communiqué, se disant «convaincu qu’elle s’acquittera de son rôle avec intelligence, dignité et dynamisme».

La gouverneure générale désignée a signalé que la promotion d’une «société du savoir» figurerait parmi ses priorités, tout en plaidant qu’il fallait tout de même lui laisser «une petite chance d’arriver en poste» avant de réclamer une vision plus détaillée de sa mission.

Il est cependant «clair que je suis une personne qui croit fondamentalement en les faits, l’évidence, les données, la science, qui elle, supporte la prise de décision et qui nous permet de fonctionner dans la société», a exposé Mme Payette.

La future chef d’État du Canada a reconnu qu’il lui faudrait faire ses devoirs pour être bien au fait des importantes responsabilités constitutionnelles qui viennent avec le rôle symbolique du représentant de la reine au pays.

«Je vais m’atteler à la tâche. Avec un petit peu de travail, d’énergie et en allant chercher les connaissances, je devrais pouvoir me débrouiller, je l’espère bien», a-t-elle offert, réitérant qu’elle approchait cette «grande aventure» avec une «grande humilité».

Mais déjà, elle a fait étalage de ses aptitudes diplomatiques en évitant de tomber dans le piège lorsqu’on lui a demandé si la fonction de gouverneur général n’était pas un peu vétuste dans le système démocratique canadien.

«Je ne pense pas que c’est approprié pour moi de répondre à cette question-là», a-t-elle lâché, se contentant tout au plus de promettre de faire «de (son) mieux dans le cadre qui nous est offert présentement».

La nomination de Julie Payette, qui respecte la tradition d’alternance entre francophones et anglophones en vigueur depuis les années 1950, a été saluée par les leaders des deux principaux partis d’opposition en Chambre.

«Mme Payette est bien placée pour jouer un rôle de leadership comme prochaine gouverneure générale du Canada», et elle aura «la pleine confiance de notre caucus conservateur», a souligné dans une déclaration écrite le chef conservateur Andrew Scheer.

Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair a pour sa part qualifié de «génial» le choix de Mme Payette. En revanche, il a dit regretter que les clés de Rideau Hall n’aient pas été remises, pour la première fois de l’histoire du Canada, à un Autochtone.

Misant sur la détermination de Justin Trudeau à rebâtir la relation de nation à nation avec les peuples autochtones, qu’il qualifie régulièrement de «plus importante» pour son gouvernement, certains espéraient que le premier ministre pose un tel geste historique.

En conférence de presse, il n’a pas voulu préciser si un Autochtone était en lice pour le poste de gouverneur général. Il a cependant argué que la responsabilité de travailler à la réconciliation incombait à tous — incluant à celle sur qui il a finalement jeté son dévolu.

«Comme ça a été dit bien souvent, la réconciliation, ce n’est pas juste une affaire entre les Autochtones et le gouvernement. C’est une chose qui doit impliquer les non-Autochtones à travers le pays aussi», a fait valoir le premier ministre.

«Et je sais que dans sa vision d’inclusivité (…) Mme Payette va être dévouée à la cause de la réconciliation», a-t-il indiqué.

L’un des députés libéraux qui avait invité le premier ministre à arrêter son choix sur un Autochtone, Robert-Falcon Ouellette, s’est rangé sans réserve derrière la nomination de l’ex-astronaute en chef de l’Agence spatiale canadienne (ASC).

Et ce, même si «à ce moment de notre histoire, nous avons certainement besoin de héros parmi la population autochtone, surtout pour nos jeunes», a exposé l’élu manitobain originaire de la Nation Red Pheasant, en Saskatchewan.

Le chef national de l’Assemblée des Premières Nations (APN), Perry Bellegarde, a félicité la future locataire de Rideau Hall par voie de communiqué.

«Certains voulaient voir un gouverneur général autochtone, et bien que nous sachions que nous pourrions voir cela de notre vivant, nous savons que quiconque occupe ce poste doit faire honneur à la Couronne, ce qui inclut la relation historique avec les Premières Nations», a-t-il déclaré.

«Ad astra!»

La date de la cérémonie d’assermentation de Julie Payette n’a pas été précisée. L’événement marquera le début d’un tout nouveau chapitre dans la vie de celle qui a passé plus de 20 ans au sein de l’Agence spatiale canadienne avant de prendre sa retraite de l’ASC, en 2013.

Née en 1963 à Montréal, la diplômée en génie électrique et informatique a été la deuxième Canadienne à voyager dans l’espace et la première à visiter la Station spatiale internationale et à y travailler.

Son premier vol remonte à 1999, alors qu’elle a pris part à la mission STS-96 à bord de la navette spatiale Discovery. Dix ans plus tard, en 2009, elle agissait en tant qu’ingénieure de vol au sein de l’équipage de la mission STS-127, dans la navette Endeavour.

À l’ASC, on a chaleureusement félicité cette «astronaute chevronnée» et «ambassadrice infatigable de la science et de la technologie» auprès des jeunes en lui offrant les «meilleurs voeux de succès» dans cette «nouvelle vie qui commence cet automne à Rideau Hall».

«Ad astra («Jusqu’aux étoiles»)!», conclut l’ASC dans son communiqué.

Julie Payette en bref

— Titulaire d’un baccalauréat international du United World College of the Atlantic, au pays de Galles, au Royaume-Uni, d’un baccalauréat en génie électrique de l’Université McGill et d’une maîtrise en sciences appliquées (génie informatique) de l’Université de Toronto;

— Détentrice d’une licence de pilote professionnel avec qualification sur hydravion;

— Parle couramment le français et l’anglais et peut converser en espagnol, en italien, en russe et en allemand;

— Pianiste, elle s’est notamment produite avec l’Orchestre symphonique de Montréal, le Piacere Vocale de Bâle, en Suisse, et avec le Tafelmusik Baroque Orchestra Choir à Toronto.

(Source: Agence spatiale canadienne)

Les plus récents gouverneurs généraux du Canada

David Johnston (2010-)

Michaëlle Jean (2005-2010)

Adrienne Clarkson (1999-2005)

Roméo LeBlanc (1995-1999)

Ramon John Hnatyshyn (1990-1995)

Jeanne Sauvé (1984-1989)

Responsabilités, rôles et salaire du gouverneur général

— Convoquer, proroger et dissoudre le Parlement;

— Prononcer le discours du Trône et accorder la sanction royale aux mesures législatives parlementaires;

— Représentant de la reine au Canada, chef d’État du Canada et commandant en chef du Canada;

— Effectuer des visites à l’étranger et accueillir les chefs d’État en visite au Canada;

— Le salaire du gouverneur général est de 290 600 $

(Source: sites internet du gouverneur général du Canada, Bibliothèque du Parlement)

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