Manuel Balce Ceneta Manuel Balce Ceneta / The Associated Press

WASHINGTON — L’administration Trump a dévoilé ses objectifs pour la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA): il s’agit d’une liste de thèmes généraux, comprenant certains indices d’irritants à venir.

Après avoir décrié l’ALÉNA pendant deux ans, Donald Trump a publié lundi la liste de ce qu’il souhaite modifier dans cet accord.

«Trop d’Américains ont souffert de la fermeture d’usines, de la délocalisation et des promesses politiques brisées. Sous le leadership du président Trump, (notre bureau) négociera une entente juste (…) Le président Trump réhabilite la prospérité des États-Unis et redonne au pays sa grandeur», a déclaré par communiqué le représentant au commerce des États-Unis, Robert Lighthizer.

Les États-Unis affirment vouloir un meilleur accès pour leurs exportations en agriculture — incluant les produits laitiers, le vin et les grains. L’administration Trump souhaite aussi une libéralisation des échanges et des achats en ligne, de nouvelles règles sur la manipulation des devises et une révision du système de règlement des litiges.

L’une des demandes pourrait braquer les consommateurs canadiens contre les détaillants ayant pignon sur rue au pays: les États-Unis veulent multiplier par 40 le montant au-delà duquel les Canadiens magasinant en ligne doivent payer une taxe à l’importation.

Le Canada compte l’un des systèmes les plus restrictifs au monde en matière de droits d’importation et sera exhorté à augmenter son plafond sans taxe à 800 $ par rapport au niveau actuel de 20 $, indique le document dévoilé lundi par le représentant au commerce.

Un expert en commerce installé à Washington qui conseille le gouvernement canadien n’a pas bronché lorsqu’il s’est fait demander ce que le dévoilement des objectifs américains signifie pour les négociations de l’ALÉNA, qui doivent débuter le mois prochain: «Plus longues, plutôt que plus brèves», a déclaré Eric Miller, un consultant de Rideau Potomac.

«Ce sera assez intense et un dur affrontement… Ne vous attendez pas à ce que cela soit terminé en moins de huit mois, a dit M. Miller. Et attendez-vous à ce que le Canada doive se battre avec acharnement pour des questions qui lui tiennent à coeur.»

L’expert canadien en commerce Peter Clark est du même avis: «Nous n’assisterons pas à une brève négociation», a-t-il soutenu.

Mais il estime qu’il ne faut pas tirer de trop grandes conclusions de la liste fournie par l’administration Trump.

«Ces demandes sont normales pour le début d’une négociation. Les objectifs sont toujours ambitieux — et ceux-ci sont très ambitieux, a-t-il dit. Le résultat final n’ira inévitablement pas aussi loin. Mais cela fonctionne de cette façon.»

Éléments contradictoires

La liste de 16 pages contient certains éléments qui pourraient sembler contradictoires ou porter à confusion.

Le document indique que les États-Unis demanderont davantage d’occasions d’affaires pour les fournisseurs américains des achats gouvernementaux à l’étranger, tout en insistant pour maintenir des règles «Buy American» qui restreignent les occasions pour les entreprises étrangères en sol américain.

Il appelle également à l’élimination du système de règlement des litiges, dans le cadre duquel une décision favorable a été rendue pour le bois d’oeuvre canadien. Toutefois, on ignore comment les États-Unis voudront remplacer le chapitre 19 — qui constituait un enjeu incontournable pour le Canada dans les négociations ayant mené à l’ALÉNA.

Le dévoilement de la liste de 16 pages ne présente pas de surprise pour le gouvernement du Canada. Le bureau du premier ministre était en contact avec la Maison-Blanche — des sources ont indiqué qu’Ottawa avait été informé avant le dévoilement officiel.

Le gouvernement du Canada ne dévoilera pas une liste du même genre. L’exigence inscrite dans la loi aux États-Unis ne l’est pas au Canada.

La loi américaine exige que l’administration publie une liste de ses objectifs au moins 30 jours avant d’entamer des négociations en matière de libre-échange. Ainsi, les discussions sur l’ALÉNA doivent s’amorcer aux alentours du 16 août.

Les législateurs américains auront désormais leur mot à dire. Ils devront être consultés tout au long du processus de négociations, et devront ultimement voter sur toute entente.

Dès mardi, la Chambre des représentants des États-Unis tiendra une audience sur l’ALÉNA.

Tenir compte des nouvelles réalités

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a affirmé lundi que le gouvernement était «ravi d’avoir l’occasion de moderniser l’ALÉNA afin de tenir compte des nouvelles réalités et d’y intégrer des approches progressistes, libres et équitables en matière de commerce et d’investissement».

«Nous continuons de consulter les Canadiens en ce qui concerne la modernisation de l’ALÉNA et nous invitons tous les Canadiens à partager leurs idées, leurs points de vue et leurs priorités, notamment dans le cadre de notre consultation en ligne», a indiqué la ministre par communiqué.

«Lorsque les négociations débuteront, nous serons prêts à collaborer avec nos partenaires afin de moderniser l’ALÉNA, tout en défendant nos valeurs et les intérêts nationaux du Canada», a-t-elle ajouté.

Les États-Unis semblent avoir une approche contradictoire dans ce dossier. Le président Trump menace de déchirer l’accord si les États-Unis n’arrivent pas à s’entendre sur une renégociation majeure avec le Canada et le Mexique. Son vice-président a toutefois fait l’éloge récemment de la collégialité et a promis que le nouvel ALÉNA serait avantageux pour toutes les parties.

De son côté, le gouvernement du Québec a dit avoir pris acte des objectifs liés à la modernisation de l’ALÉNA et affirme qu’il continuera d’être actif aux États-Unis pour sensibiliser les Américains aux avantages du commerce avec la province.

«Le Québec est un fervent partisan du libre-échange et entend contribuer de façon constructive à améliorer l’ALÉNA pour faciliter les échanges commerciaux sur notre continent», a fait valoir par communiqué Dominique Anglade, ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation.

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